Jacques Malié, pédagogue et ancien recteur : «Les 3 credits, c’est du leurre»
Par
Jameela Jaddoo
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Jameela Jaddoo
Baisse du taux de réussite au SC 2025, incertitudes sur les critères d’admission et débat relancé sur les
« 3 credits ». Dans cet entretien, Jacques Malié, ancien recteur et pédagogue, nous livre son analyse sans détour.
Le taux de réussite du SC 2025 est à 69,28 % (en baisse). Selon vous, qu’est-ce que cela dit sur le système aujourd’hui : accident de parcours ou signal d’alarme ?
Ce pourcentage de réussite est plus qu’alarmant et déroutant. Et là encore, nous ne parlons pas de la qualité des résultats chez ceux qui ont réussi. C’est un constat d’échec de notre système pédagogique, qui ne cesse de se dégrader. Il y a bien sûr beaucoup de raisons : des réformes qui s’accumulent sans apporter rien de concret, les « marking schemes » des examens au niveau national toujours revues à la baisse, le laisser-aller et le laisser-faire des autorités, la démission des parents, le manque de rigueur et l’absence totale d’engagement de nos étudiants, qui ont perdu le goût de l’effort et leurs repères dans une société permissive.
Quand on parle des « 3 credits », de quoi parle-t-on exactement ?
Ce sont tout simplement des décisions politiques pour plaire au plus grand nombre. Bien souvent, avec trois credits, les enfants n’ont pas un grand choix de sujets et procèdent à des « raccommodages ». On n’a qu’un but : dire qu’on est en Grade 12 pour s’inscrire aux examens du HSC. Les parents obtempèrent aux vœux des enfants sans mesurer les paramètres et sont peu soucieux des résultats. On ne fait que repousser les problèmes.
Vous avez déjà dit que les « 3 credits » permettaient à plus d’enfants de réussir, mais que la qualité pouvait laisser à désirer. Qu’est-ce qui vous inquiète le plus, concrètement ?
J’ai l’impression que c’est du leurre. On leur donne de l’espoir qu’ils réussiront. En réalité, ils éprouvent beaucoup de difficultés. Certains abandonnent en cours de route, d’autres n’ont pas de feuille de route claire et nette et naviguent à vue.
Il y a trop d’improvisations et, pour compliquer le tout, le ministère a envoyé une nouvelle circulaire aux chefs d’établissement, reçue aujourd’hui, où l’on note des critères différents de ceux publiés en 2025.
À titre d’exemple :-À l’alinéa 1.3, le paragraphe « Exceptional Case » a disparu.
-Pour la littérature, c’est-à-dire l’anglais au niveau principal, il faut maintenant « a credit in Literature in English at SC or Grade C at GCE ‘O-Level’ ». Donc un credit ou même une distinction en anglais ne suffirait plus !
Encore de nouveaux critères, de nouvelles acrobaties à exécuter et des situations qui sèment le doute et la confusion.
Selon vous, où est le « bon » seuil : 3, 4 ou 5 credits ? Et pourquoi ?
Il ne fait nul doute que cinq credits ouvrent la voie à un bon choix de sujets en HSC. Les élèves ont déjà fait leur
« subject combination ». Mais on peut, avec quatre credits, faire le HSC à la condition sine qua non qu’il faut avoir un credit dans la matière au niveau principal.
Il y a une autre réalité qu’on oublie : refaire une classe – c’est-à-dire le « repeat » – n’a jamais fait de tort à personne. Il n’y a aucune honte à doubler une classe. On a parfois besoin d’une meilleure assise : c’est reculer pour mieux sauter. Ce n’est malheureusement plus la perception, et les parents ne font que suivre les désirs des enfants pour ne pas les déplaire : c’est le monde à l’envers.
Le passage en Grade 12 avec trois credits crée-t-il un effet d’entonnoir : on laisse entrer davantage d’élèves, mais on augmente ensuite l’échec et le décrochage ?
Votre question résume parfaitement la situation. On ne fait que repousser l’échec à plus tard et, ce qui est désolant, dans bien des cas, on termine le cycle scolaire non pas avec un certificat de HSC, mais seulement avec un SC peu reluisant, assorti d’un « aggregate » également faible.
Et je n’aborde pas le fait que, au-delà du parcours purement académique, les enfants ne voient pas d’autres options attractives, telles que les collèges techniques, les institutions pouvant les former à des corps de métiers, les lycées préprofessionnels, etc.
Le « 2 credits pour repeaters » (exceptionnellement) : bonne mesure de seconde chance ou risque réel de déplacer le problème ?
Comme déjà mentionné, la possibilité de redoubler – c’est-à-dire de « repeat » – peut être une solution, car on se donne une nouvelle chance, à condition de la saisir, de prendre de bonnes résolutions et de remettre l’ouvrage sur le métier.
Mais il est aussi important de se sentir bien entouré, avec un meilleur accompagnement scolaire et un environnement réellement propice à l’épanouissement de l’enfant. Il ne faut surtout pas considérer un « repeater » comme un fardeau à transporter.
Sur l’admission au tertiaire et aux polytechnics : est-ce qu’on est réellement prêt, en termes de capacité d’accueil et de niveau d’exigence, à absorber davantage d’élèves avec trois credits ?
Qu’avons-nous comme informations réelles sur les polytechnics ? Que savons-nous des cas d’échecs précédents orientés vers certains centres ? Il n’y a aucun retour structuré, aucun feedback.
Or, il existe des institutions d’enseignement supérieur qui acceptent des élèves avec deux credits, leur proposent un « foundation course », puis les dirigent vers des diplômes. C’est aussi le cas des TAFE schools en Australie, où les élèves admis s’en sortent très bien. Chez nous, en revanche, il existe cette hantise persistante de ne pas décrocher le HSC.
Est-ce qu’il faut, selon vous, maintenir les trois credits, mais en durcir les conditions (anglais obligatoire, mathématiques, credits dans des matières clés) ?
Au vu des points énoncés, maintenir les trois credits ne résout pas les problèmes. Il y a aussi le cas d’un élève qui a décroché ses trois credits dans des matières principales. On a souvent vu les mérites être appréciés sur une base « case by case ». Libre aux chefs d’établissement de faire le choix le plus judicieux.
On ne peut pas généraliser. Concrètement, le critère des trois credits entraîne beaucoup d’embarras dans le choix des élèves et contribue, en plus, à un nivellement par le bas de notre système éducatif.