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Investissements en Afrique subsaharienne : des projets de Rs 6 Md financés à travers l’offshore mauricien 

Quatre des six compagnies sont basés à Ébène.

Depuis 2018, l’International Finance Corporation (IFC), institution de financement de la Banque mondiale, a financé six compagnies offshores basées à Maurice à hauteur de Rs 6 milliards pour des projets de développement en Afrique. Un processus qui priverait les pays africains de la taxe que ces compagnies devraient normalement y payer selon leurs détracteurs.

De janvier 2018 à ce jour, six compagnies offshore basées à Maurice ont obtenu un prêt total de USD 170,5 millions, soit Rs 6 milliards au taux de change actuel, de l’International Finance Corporation (IFC), l’institution de financement privé de la Banque mondiale. Cet argent doit servir à des projets de développement en Afrique subsaharienne. Le problème : la majorité de ces entreprises n’ont pas de présence substantielle à Maurice, étant représentées par des management companies et leurs données ne sont pas publiques au Registrar of Companies. Ce qui a donné lieu à des critiques au niveau international, notamment du fait que ces entreprises aurait dû payer leurs taxes dans leur pays d’origine, même si elles évitent de le faire par des procédés tout à fait légaux.

La plus grosse somme est allée à Barak Fund Management Ltd, avec USD 60 millions (Rs 2,1 milliards). Contrairement à la majorité des compagnies offshore, Barak Fund Management n’est pas basée à Ébène, mais à Floréal. Et contrairement au reste des entreprises sur lesquelles nous avons enquêté, il n’y a pas de Management Company qui s’occupe de ses affaires : une grande maison de style colonial lui sert de quartier général. Les Rs 2,1 milliards sont un prêt qui a pour objectif de « provide trade and commodity finance to enterprises operating in Africa ». Le principal objectif est de soutenir les PME dans le secteur de l’agriculture. L’IFC décrit Barak comme un fonds, créé en 2009 par Jean Craven et Prieur Du Plessis, qui finance des transactions dans 30 pays africains différents.

Suit Helios Investors, avec une enveloppe de USD 50 millions (Rs 1,8 milliard). Contrairement à Barak, cette firme offshore n’a pas de présence physique sur le territoire Mauricien et est représentée par le Management Company Intercontinental Trust Ltd, sise à Ébène. Les Rs 1,8 milliard doivent servir de placement en actions dans un des fonds gérés par Helios, « a Cayman Islands exempted limited partnership targeting US$1.25 billion in third-party commitments » nous dit l’IFC. Helios a investi USD 3,6 milliards sur les 13 dernières années dans les business africains de son quartier général londonien. Helios a été créée en 2004 par les Nigérians Temitope Lawani et Babatunde Soyoye. Son quartier général est à Londres.

La firme African Development Partners (ADP) suit avec un prêt de USD 20 millions (Rs 708 millions). Par contre, le Registrar of Companies n’indique pas d’adresse et nous n’avons pu déterminer l’identité de sa Management company. « The Fund has a pan-African generalist strategy and will make growth equity investments in established and growing companies with an emphasis on those benefitting from Africa’s growing middle class », précise le site Web de l’IFC. ADP est une filiale de Development Partners International, à Londres.

Skeya Investments compte deux décaissements à son actif ; un premier de USD 8 millions (Rs 283 millions) et un deuxième de USD 10 millions (Rs 354 millions). C’est la firme Mauritius International Trust Co. Ltd. (MITCO), à Ébène, qui gère les affaires de l’entité offshore à Maurice. Les deux prêts sont pour le même projet : soutenir la construction d’une usine au Nigéria pour de la nourriture thérapeutique destinée aux personnes souffrant de malnutrition dans des zones de conflits. Skeya est en fait le holding mauricien de la compagnie nigérienne Ariel Foods FZE Ltd.

Standard Bank Trust Company, du groupe de la Standard Bank, gère les affaires de Verod Capital Management, firme offshore qui a bénéficié de USD 15 millions (Rs 531 millions) de l’IFC. Voici la description que fait l’IFC du projet : « targeting mid-market companies in Nigeria, Ghana, and opportunistically in Gambia, Liberia and Sierra Leone ». Le quartier général de Verod Capital Management, fondé en 2008, est à Lagos, au Nigéria.
Le dernier sur la liste est Investisseurs et Partenaires (I&P) Afrique Entrepreneurs, représentée par Globefin Management Services, filiale de Rogers. L’entreprise reçoit USD 7,5 millions (Rs 265,5 millions) pour investir dans des PME en Afrique de l’Ouest, de l’Est et Central, ainsi que dans la région océan Indien. Le quartier général de I&P, créée en 2002, est à Paris.

Le Défi Plus s’est rendu aux bureaux de toutes ces entreprises, mais la réponse que nous avons obtenue était partout la même : les Management Companies sont tenues au secret et ne peuvent répondre à aucune question relative à leurs clients. Nous avons envoyé des courriels à chacun, à leur requête, mais n’avions pas encore obtenu de réponse au moment de boucler notre article. Au Registrar of Companies, vu qu’il s’agit de sociétés offshore, les chiffres sur les performances financières ne sont pas non plus disponibles.

Nos demandes de clarifications auprès de la Banque mondiale et de l’IFC n’ont pas obtenu de réponse non plus. Le site de l’IFC précise toutefois que « Bank Group exercises due diligence to confirm that the structures in which it invests are chosen for legitimate reasons » et que « The World Bank Group is committed to advancing the international tax transparency agenda by addressing the potential risks posed to its Private Sector Operations and to the global financial system by jurisdictions with weak regulation, low or no tax, and a lack of transparency ».

Samade Jhummun, CEO de Global Finance Mauritius : « Maurice contribue au développement du continent africain »

Pour Samade Jhummun, CEO de Global Finance Mauritius, qui représente le secteur financier mauricien, il y a beaucoup d’articles de presse sur le global business qui ne reflètent pas la réalité. Concernant l’IFC, il explique : « L’IFC mène un exercice rigoureux de vérification avant de décaisser ses fonds, les entreprises doivent avoir déjà établi leur présence ailleurs. Le seul rôle que joue Maurice, c’est de proposer l’encadrement légal approprié. »

Samade Jhummun explique que la plupart de ces compagnies offshore doivent investir dans des projets dans plusieurs pays africains. « Elles ne peuvent créer une société dans chacun de ces pays, explique-t-il, c’est plus simple d’avoir un holding à Maurice, où il n’y a pas de problème pour échanger les devises étrangères. »

C’est la raison pour laquelle la majorité des institutions financières utilisent Maurice pour aller en Afrique, selon lui. « La taxe est secondaire, surtout avec l’entrée en vigueur du MLI (NdLR : Multilateral Instrument de l’OCDE qui pour but d’uniformiser les traités de non-double imposition et éviter la fuite des profits), insiste-t-il, en fait, Maurice contribue au développement du continent africain. »

Les chiffres derrière le global business

  • Contribution au PIB : 5,9%
  • Taux de croissance : 3.8%
  • Contribution aux impôts : 6,4%
  • Contribution à l’emploi : 0,5%
  • Nombre de compagnies offshore GBC 1 : 12 056
  • Nombre de management companies : 184

 

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