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Insécurité - Metro Express : fraudes et intimidations s’invitent à bord

Par Fernando Thomas
Publié le: 19 May 2026 à 14:00
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Le problème dépasse désormais la simple question du ticket non payé. Pour de nombreux usagers, c’est toute la question de la sécurité et du respect dans les transports publics qui est aujourd’hui posée.
Le problème dépasse désormais la simple question du ticket non payé. Pour de nombreux usagers, c’est toute la question de la sécurité et du respect dans les transports publics qui est aujourd’hui posée.

Les contrôleurs du Metro Express sont confrontés, depuis plusieurs mois, à des comportements de plus en plus hostiles. Aux classiques techniques d’évitement s’ajoutent désormais des menaces à l’arme blanche et l’usage de seringues comme instrument de pression psychologique.

Le Metro Express devait incarner une rupture dans les habitudes de déplacement des Mauriciens. Inauguré avec ambition, ce réseau de transport en commun fait aujourd’hui face à des dérives qui ternissent son image. Nos observations, menées sur une période de deux semaines, dépeignent un quotidien dégradé à bord de certaines lignes, où la fraude s’est progressivement structurée et où les agents de contrôle se heurtent à des formes d’intimidation de plus en plus préoccupantes.

Les méthodes d’évitement des contrôles témoignent d’une certaine sophistication. Certains voyageurs changent rapidement de wagon dès qu’ils aperçoivent une équipe de vérification à quai. D’autres exploitent les flux de passagers aux heures de pointe pour se fondre dans la foule et descendre précipitamment avant tout contrôle. D’autres encore simulent le sommeil, le malaise ou une indifférence totale afin de décourager les agents.

Mais ce qui frappe davantage, c’est le degré d’organisation que semblent avoir atteint certains groupes. Plusieurs usagers, sous couvert d’anonymat, évoquent des réseaux de fraudeurs qui communiqueraient entre eux à l’approche des contrôleurs. « Un simple signal suffirait pour permettre à plusieurs personnes sans ticket de descendre rapidement ou de changer de compartiment », rapporte l’un d’eux.

La ligne Rose-Hill–Barkly, épicentre des tensions

Si la fraude dans les transports publics n’est pas un phénomène nouveau à l’île Maurice, plusieurs employés de Metro Express Ltd (MEL) indiquent que l’ambiance à bord s’est « considérablement dégradée » ces derniers mois sur certaines lignes. Le trajet reliant Rose-Hill à Barkly revient systématiquement dans les témoignages comme l’un des plus problématiques. « On sent parfois une vraie tension dans certaines rames. Dès qu’un contrôle commence, certains deviennent agressifs ou cherchent à provoquer les officiers », confie un agent, sous couvert d’anonymat.

Les disputes au moment de la vérification des titres de transport seraient devenues fréquentes. Certains fraudeurs refuseraient d’obtempérer ; d’autres répondraient par des insultes, des menaces ou des gestes d’intimidation. À cela s’ajoute un phénomène plus discret mais tout aussi inquiétant : une minorité de passagers transporterait des objets dangereux dans leurs bagages. Marginal en apparence, ce comportement suffit à entretenir, selon les agents, « un sentiment d’insécurité grandissant » parmi les usagers réguliers.

C’est toutefois un autre objet qui concentre aujourd’hui toutes les craintes du personnel de contrôle : la seringue. Non pas comme arme physique à proprement parler, mais comme instrument de pression silencieuse. Brandies au moment du contrôle, ces seringues – rarement visibles à l’avance, dissimulées dans des sacs ou glissées dans des poches – imposent, selon les témoignages recueillis, une capitulation immédiate. « Dès qu’on demande un ticket, certains mettent la main dans leur poche. On comprend tout de suite », raconte un agent. Le geste seul suffit, dans bien des cas, à faire reculer le contrôleur.

Ce qui inquiète le plus le personnel, c’est moins la seringue en elle-même que l’incertitude qu’elle génère : a-t-elle été utilisée ? Est-elle contaminée ? Contient-elle une substance ? « On ne peut pas prendre ce risque. Personne ne veut se faire piquer », souffle l’un d’eux. Dans ce contexte, le contrôle devient un exercice à haut risqué, et il est parfois tout simplement abandonné. « On laisse passer. La sécurité passe avant tout », conclut un agent.

Ces tensions ont récemment franchi un nouveau seuil. Lundi matin, à l’entrée de la station de Beau-Bassin, deux employés de la MEL ont été pris à partie par un individu tentant d’accéder au réseau sans s’acquitter de son titre de transport. Selon des témoins, les agents seraient intervenus pour l’interpeller ; l’individu aurait alors sorti un couteau, proféré des menaces à leur encontre et pris la fuite. Les deux victimes ont déposé une plainte au poste de police de Beau-Bassin. Aucun blessé grave n’a été signalé à ce stade. Une enquête a été ouverte afin d’identifier le suspect et d’établir les circonstances exactes de l’agression.

Cet incident illustre une réalité que le personnel de la MEL évoque depuis plusieurs mois avec une inquiétude croissante : le travail de contrôle dans les transports en commun mauriciens est devenu, dans certaines conditions, un exercice à haut risque, où la menace ne vient plus seulement de la fraude, mais de ceux qui entendent, par tous les moyens, y échapper.


Une révision du système d’inspection à l’étude

Du côté de Metro Express Ltd, l’on indique que des discussions seraient actuellement en cours afin de revoir en profondeur la méthodologie du système d’inspection à bord des rames. Des changements importants devraient ainsi être introduits dans les prochaines semaines afin de renforcer les contrôles. Par ailleurs, MEL exhorte les passagers à signaler tout comportement suspect en alertant immédiatement un membre du personnel grâce au bouton d’urgence disponible dans les wagons, facilitant ainsi une intervention plus rapide des équipes concernées.

 

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