Innovation maritime - Biofouling : un drone mauricien s’impose auprès de l’Organisation maritime international
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Par
Ajagen Koomalen Rungen
Dans la rade de Port-Louis, une technologie sous-marine conçue à Maurice a franchi un cap historique. Sélectionné par l’Organisation maritime internationale, le drone EAGLON place l’ingénierie mauricienne sur la carte mondiale de l’innovation maritime.
Dans la rade de Port-Louis, le 28 janvier, une démonstration technique discrète a marqué une étape inédite pour Maurice. EAGLON, un véhicule sous-marin téléopéré conçu et fabriqué entièrement sur l’île, a réalisé avec succès l’inspection de la coque du Mauritius Trochetia devant des experts internationaux. Une performance qui vaut une reconnaissance : cette technologie mauricienne a été sélectionnée par l’Organisation maritime internationale (OMI) dans le cadre du Transfer of Environmentally Sound Technologies (TEST) Biofouling Project, un programme stratégique de lutte contre le biofouling.
C’est une première pour Maurice. L’enjeu dépasse largement la prouesse technique : il s’agit pour le pays de basculer du statut d’importateur de solutions à celui de créateur de technologies exportables.
Le biofouling – l’accumulation d’organismes marins sur les coques – représente bien plus qu’une nuisance. Ce phénomène propage des espèces invasives, perturbe les écosystèmes et augmente la consommation de carburant des navires, donc leurs émissions de CO2. Face à ces enjeux, l’OMI ne se contente plus de recommandations ; elle cherche des solutions opérationnelles, testées en conditions réelles.
EAGLON répond à cette exigence. Conçu comme un outil d’inspection et d’évaluation, EAGLON permet aux ports et aux opérateurs maritimes de contrôler l’état des coques, d’identifier la présence de biofouling et de prendre des décisions éclairées en matière de maintenance. Contrairement aux inspections traditionnelles par plongeurs – limitées par la visibilité, la profondeur et les risques humains – ce drone offre une continuité opérationnelle et une traçabilité des données.
Sous les yeux attentifs des observateurs, EAGLON a été déployé dans l’eau, glissant le long de la coque du navire avec une stabilité remarquable. Les images transmises en temps réel ont permis une inspection détaillée, sans interruption des opérations portuaires, sans risques humains, et sans impact environnemental.
« Il y a aujourd’hui une course mondiale pour le développement de ce type de technologie, et ce drone sous-marin fait exactement ce qu’on lui demande de faire », souligne le commandant Babacar Diop, consultant auprès de l’OMI. « C’est une belle réussite en matière de manœuvrabilité et de qualité d’images », ajoute-t-il, saluant une technologie « entièrement conçue et fabriquée à Maurice ».
Derrière cette innovation se trouve Shani Ghurburrun, fondateur d’Emergent Maritime Technologies (EMT). Cet ingénieur a développé EAGLON sans financement public massif, en utilisant l’environnement maritime local comme laboratoire. « Ce n’est pas seulement une réussite d’entreprise. C’est la preuve que Maurice est capable de créer des technologies maritimes de niveau mondial », affirme-t-il. « C’est exactement ce qu’ambitionne la Vision 2050 : passer de la consommation à la création, et de l’importation de technologies à l’exportation de services à forte valeur ajoutée fondés sur l’ingénierie mauricienne. »
Mais l’entrepreneur pointe un défi plus grand que le financement : « La vraie question est de savoir si notre cadre institutionnel et juridique permet à ce type d’innovation d’être conservée, développée et industrialisée à partir de Maurice. »
La solution d’EMT repose sur l’exportation de services plutôt que la vente de matériel. EAGLON est déjà en phase de déploiement dans trois ports internationaux, tandis que le contrôle technique et stratégique reste à Maurice. Cette approche permet de maintenir la valeur ajoutée sur le territoire mauricien, tout en servant un marché mondial.
Le ministre Arvin Boolell y voit un alignement avec les ambitions nationales : « Nous sommes fiers qu’une telle technologie ait été développée entièrement à Maurice », a-t-il déclaré lors de la démonstration, soulignant que le pays travaille en étroite collaboration avec l’OMI pour trouver des solutions aux défis maritimes mondiaux.
Avec le renforcement réglementaire prévu par l’OMI – l’inspection des coques pourrait devenir obligatoire d’ici deux ans – des solutions comme EAGLON passent du statut d’option à celui de nécessité. Pour Maurice, l’enjeu est désormais de transformer cet essai en position durable sur le marché mondial de l’innovation maritime.