Innovation : Emergent Maritime Technologies dévoile la première technologie maritime locale reconnue par l’OMI
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Emergent Maritime Technologies a présenté, la semaine dernière, dans la rade de Port-Louis une technologie maritime locale, EAGLON, sélectionnée par l’Organisation maritime internationale. Ce véhicule téléopéré permet l’inspection des coques de navires sans plongeurs, alliant sécurité, performance et contrôle environnemental. Il marque un jalon inédit pour l’ingénierie mauricienne à l’international.
La semaine dernière, la rade de Port-Louis a été le théâtre d’une première historique pour Maurice : la démonstration d’une technologie maritime entièrement conçue, développée et construite localement par Emergent Maritime Technologies (EMT) a retenu l’attention de l’Organisation maritime internationale (OMI). Baptisé EAGLON, ce véhicule téléopéré (ROV) est conçu pour inspecter et évaluer les coques de navires sans recourir à des plongeurs, permettant aux ports et opérateurs maritimes de gérer le biofouling de manière plus sûre et efficace.
Selon EMT, le biofouling, accumulation d’organismes marins sur les coques des navires, représente un défi opérationnel et environnemental majeur. Il favorise la propagation d’espèces invasives et accroît la consommation de carburant. Le programme TEST Biofouling Project de l’OMI vise à identifier et valider des solutions respectueuses de l’environnement et performantes dans des conditions réelles, et EAGLON s’est distingué comme l’une des premières technologies locales à répondre à ces critères à l’échelle internationale. « Ce n’est pas seulement une réussite d’entreprise. C’est la preuve que Maurice est capable de créer des technologies maritimes de niveau mondial. C’est exactement ce qu’ambitionne Vision 2050 : passer de la consommation à la création, et de l’importation de technologies à l’exportation de services à forte valeur ajoutée fondés sur l’ingénierie mauricienne », souligne Shani Ghurburrun, fondateur et directeur d’EMT.
Développé et testé dans l’environnement maritime local, EAGLON a utilisé la rade de Port-Louis comme terrain d’expérimentation grandeur nature avant d’être préparé pour un déploiement international. Aujourd’hui, le ROV est déjà en phase d’implémentation dans trois ports étrangers, tandis que l’entreprise maintient son contrôle stratégique, technique et financier à Maurice. L’OMI recommande actuellement l’inspection des coques de navires, mesure qui devrait devenir obligatoire d’ici deux ans pour mieux lutter contre le biofouling. Selon le commandant Babacar Diop, consultant en formation pour l’OMI, « la capacité opérationnelle des plongeurs est limitée et leur inspection n’est pas toujours fiable. Il y a donc une course mondiale pour le développement de ce type de technologie, et ce drone sous-marin fait exactement ce qu’on lui demande : manœuvrabilité, qualité d’images et sécurité. » Il ajoute sa satisfaction de constater que cette technologie est entièrement mauricienne et en constante amélioration.
Le rayonnement international d’EAGLON s’inscrit dans la stratégie de croissance à long terme d’EMT. « Notre technologie a été entièrement autofinancée. Nous ne demandons ni financement public, ni subventions », précise Shani Ghurburrun. Et d’ajouter : « La vraie question n’est pas financière. Elle est de savoir si notre cadre institutionnel et juridique permet à ce type d’innovation d’être conservé, développé et industrialisé à partir de Maurice. »
Au-delà de la seule démonstration, ce projet met en lumière un défi plus vaste pour les petits écosystèmes d’innovation : un marché local limité mais indispensable pour valider et apprendre, souvent exposé à la concurrence internationale avec des solutions importées. « Les pays qui réussissent dans l’innovation ne laissent rien au hasard. Ils séquencent l’ouverture des marchés, incubent leurs capacités stratégiques et mettent en place des cadres réglementaires proportionnés. La question n’est donc pas de savoir si cette technologie réussira à l’international, mais si Maurice restera le berceau de celle-ci », affirme Shani Ghurburrun.