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Indiren Parasuraman, Chief Executive Officer Bella Amigo : «La hausse des coûts devient financièrement et économiquement insoutenable»

Par Le Défi Plus
Publié le: 23 May 2026 à 14:30
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Indiren Parasuraman

À l’approche du Budget 2026-2027, les attentes du secteur privé se structurent autour de priorités jugées essentielles pour soutenir une économie mauricienne sous pression. Pour Indiren Parasuraman, quatre axes doivent guider l’action gouvernementale : la discipline budgétaire, la montée en compétences, la transition énergétique et la protection des secteurs productifs face au ralentissement de la croissance.

Le CEO de Bella Amigo insiste d’abord sur la nécessité d’un réalisme économique. « Soyons honnêtes ! Les problèmes auxquels le pays fait face aujourd’hui sont “man made”. Les solutions doivent aussi être “man made” », affirme-t-il, appelant à une responsabilité collective. Selon lui, le Budget ne peut plus se limiter à des ajustements techniques, mais doit engager une transformation structurelle portée par l’ensemble des acteurs économiques.

Première priorité : rétablir une discipline budgétaire solide. Dans un contexte où la dette publique limite les marges de manœuvre de l’État, Indiren Parasuraman plaide pour une meilleure efficacité fiscale. Il estime que la solution passe par une amélioration de la collecte et un élargissement de l’assiette fiscale, notamment en intégrant davantage le secteur numérique. Sans cela, prévient-il, les contraintes budgétaires continueront de peser sur la capacité d’investissement du pays.

Deuxième priorité : les compétences et la formation. Pour le dirigeant, le défi est clair. « L’IA continue de transformer le secteur offshore qui représente 25 % du PIB », rappelle-t-il, soulignant que ce secteur stratégique fait face à un manque de ressources humaines qualifiées. Alors que près de 5 000 professionnels en IT seraient nécessaires, seuls 20 % des étudiants se dirigent vers les filières STEM.

« Il y a un besoin de upskilling », insiste-t-il, estimant que le prochain Budget doit massivement investir dans la reconversion professionnelle et la formation technique. À défaut, Maurice risque une érosion de son avantage compétitif dans les services à forte valeur ajoutée.

Troisième priorité : l’énergie et la résilience face aux chocs externes. Les tensions géopolitiques internationales, notamment les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, continuent de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales. « La hausse des coûts devient financièrement et économiquement insoutenable », avertit-il.

Dans son secteur, les impacts sont déjà visibles : hausse des coûts de transport, pression sur l’électricité, rareté des devises et augmentation de la masse salariale. Pour y répondre, il appelle à accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, notamment le solaire et la biomasse, ainsi que dans les transports propres comme les bus électriques.

Quatrième priorité : la productivité et la crise de la main-d’œuvre. Le CEO décrit une situation préoccupante sur le marché du travail local. Il évoque des difficultés de recrutement persistantes et une faible rétention des candidats. « Sur 100 personnes interviewées, à peine cinq se présentent le jour J », rapporte-t-il, citant une réalité devenue structurelle dans plusieurs secteurs.

Dans le seafood, la situation serait encore plus critique. « Sans les expats, ce secteur serait confronté à une crise existentielle », affirme-t-il, tout en reconnaissant que le recours à la main-d’œuvre étrangère entraîne des coûts croissants. Bella Amigo travaille ainsi sur un projet de centre d’hébergement moderne pour améliorer les conditions de vie des travailleurs expatriés, en lien avec les autorités concernées.

Enfin, le dirigeant appelle à ne pas freiner la dynamique entrepreneuriale. « Il faut soutenir au maximum les initiatives entrepreneuriales », insiste-t-il, estimant que toute mesure budgétaire doit éviter d’étouffer une croissance déjà ralentie.

Parmi ses propositions, il plaide pour une révision de la TVA sur certains produits de la mer consommés localement. « Il est temps d’enlever la VAT sur des produits tels que le poulpe, le calamar et les crevettes », propose-t-il, soulignant leur importance dans la consommation des ménages.

Il suggère également un mécanisme de remboursement partiel de TVA pour les dépenses liées aux événements familiaux organisés dans des établissements formels. Une mesure qui, selon lui, permettrait à la fois de soutenir le secteur formel et de renforcer la transparence fiscale.
 

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