Indice de corruption - Recul de Maurice : un avertissement pour les institutions
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Avec un score de 48 points sur 100, l’île Maurice enregistre son plus bas niveau dans le classement de Transparency International. Une érosion progressive qui interroge la solidité de ses institutions et menace son attractivité économique.
L’heure n’est plus aux demi-mesures à Maurice. Le dernier indice de perception de la corruption (CPI) publié par Transparency International sanctionne le pays avec un score de 48 sur 100, marquant un nouveau recul dans le classement mondial. Ce recul soulève une question essentielle : celle de la confiance dans les institutions mauriciennes et dans la solidité de leur gouvernance.
Le CPI ne comptabilise pas le nombre d’arrestations ni les condamnations prononcées. Il repose sur la perception qu’ont les experts, les investisseurs et les milieux économiques du niveau de corruption dans le secteur public. Il s’agit donc d’un indicateur de crédibilité institutionnelle et de transparence.
Pour Laura Jaymangal de Transparency Mauritius, ce recul n’est pas une surprise. « Le CPI se fait sur dix à quinze ans. Maurice a perdu environ deux points chaque année. Nous sommes aujourd’hui à l’un des niveaux les plus bas jamais enregistrés. » Cette érosion graduelle démontre qu’aucune stratégie cohérente et durable n’a été mise en place pour traiter la corruption à la racine. Elle pointe notamment l’absence de progrès en matière de protection des lanceurs d’alerte. « Sans cadre solide pour protéger ceux qui dénoncent les irrégularités, il est difficile de créer un environnement de transparence. »
L’avocat Dev Ramano s’inquiète de la banalisation progressive de la corruption. « Au fil des dernières années, nous avons vu une série d’affaires liées à la corruption. L’ancien Premier ministre ainsi que le Premier ministre actuel font face à des affaires similaires. L’argent des valises et l’argent du coffre traduisent la réalité actuelle. »
Ces épisodes contribuent à nourrir une perception de fragilité institutionnelle. « Ce recul démontre l’incapacité de nos institutions à faire face à la corruption de moyenne et grande échelle », poursuit-il. « Nous ne sommes pas face à des cas isolés, mais face à un problème qui touche les fondements mêmes de la gouvernance. »
L’affaire impliquant l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, avec 150 compagnies enregistrées à Maurice, illustre comment la corruption peut infiltrer l’économie mauricienne, alors que le pays est supposé être un modèle sur le plan africain.
Haniff Peerun, président du Mauritius Labour Congress, dénonce un système à deux vitesses. « Ces situations rendent plus difficile la crédibilité du combat contre la corruption. Trop souvent, ce sont les petits poissons qui tombent, tandis que les grandes figures semblent moins inquiétées. »
Au-delà des affaires individuelles, c’est la question de l’indépendance institutionnelle qui se pose. Laura Jaymangal estime que « remplacer la FCC par une autre institution n’est pas la solution si l’organisme lui-même n’est pas indépendant et s’il agit sous des ordres plutôt que de manière autonome. »
Haniff Peerun partage ce diagnostic : « Nos institutions prônent la transparence, mais dans la réalité, les pratiques semblent parfois différentes. La corruption est présente dans presque toutes les sphères de notre société et, dans certains cas, elle paraît tolérée, voire institutionnalisée. » Il insiste sur la nécessité d’un leadership exemplaire : « L’exemple doit venir d’en haut. »
Cette perception négative a un coût économique direct. Laura Jaymangal souligne : « Nous avons perdu des points sur des indicateurs économiques. Lorsque la confiance diminue, le climat des affaires se fragilise. Certains investisseurs craignent le pire. »
Dans une économie ouverte qui se positionne comme centre financier régional, la perception de l’intégrité publique joue un rôle stratégique. Dev Ramano met en garde : « Déjà que nous voyons nos jeunes partir, bientôt nous verrons aussi les investisseurs nous quitter par manque d’espoir et de confiance. Il faut se réveiller, sinon il sera trop tard. »
Pour inverser cette spirale, Dev Ramano identifie une réforme incontournable : celle du financement politique. « Il faudra faire un money trail un jour ou l’autre. Il faudra déterminer d’où vient cet argent et comment il a réussi à financer les partis. »
Le recul de Maurice dans l’indice 2025 s’inscrit dans une trajectoire descendante qui ne peut être ignorée. La corruption se mesure dans la solidité des institutions, dans l’indépendance des organes de contrôle et dans la capacité de l’État à prévenir les dérives. La question n’est plus de savoir si Maurice doit agir, mais à quelle vitesse et avec quelle détermination le pays choisira de corriger sa trajectoire.