Une semaine après le meurtre de sa fille Sneha - Renuka : «Kifer personn pa’nn fer nanye ?»
Par
Le Dimanche /L' Hebdo
Par
Le Dimanche /L' Hebdo
Une semaine après la mort de Sneha, 23 ans, sa mère Renuka tente encore de comprendre l’incompréhensible. Entre chagrin, colère et souvenirs, elle raconte le dernier jour de sa fille, et ce pressentiment qui ne l’a jamais quittée.
Une semaine après le meurtre de sa fille, Prageena Jootun, dite Sneha, 23 ans, tuée de 21 coups de couteau, Renuka peine toujours à trouver les mots pour décrire l’horreur qu’elle a découverte, le vendredi 5 juin à Les Salines, Port-Louis. Mais surtout, une question la hante : « Kifer personn pa’nn fer nanye ? »
Pravesh Changiah, dit Mavin, suspect principal, a déjà avoué à la police avoir tué la jeune femme lors d’une dispute. C’est Renuka qui a donné l’alerte après avoir constaté que la porte de la maison de Pravesh était fermée et que sa mère se trouvait sur place en pleurs. À la MCIT, il a déclaré avoir agi par jalousie, soupçonnant Sneha de communiquer avec un autre homme.
Dans la cour familiale des Jootun, située à quelques mètres du lieu du drame, la douleur est omniprésente. Les photos de la jeune femme, affichées un peu partout, rappellent une vie brutalement interrompue. Renuka revit sans cesse cette matinée de vendredi qui avait pourtant commencé comme les autres. « Vandredi matin mo ti pe prese pour al travay. Mo’nn al pran taxi. Mo pe sonn Sneha, me li pa pe reponn », raconte-t-elle, la voix chargée d’émotion. Surprise de ne pas parvenir à joindre sa fille, elle appelle alors Pravesh : « Mo’nn sonn garson-la. Li dir mwa Sneha kot li pe dormi. »
Mais un détail la trouble : sa fille ne dormait jamais chez lui, même si elle le fréquentait.
« Sneha ti abitie ale vini, me zame li al dormi laba. » Les minutes passent, les appels restent sans réponse. « Apre mo’nn resonn li, li pa reponn ditou. »
Au travail, l’angoisse monte. « Mo gagn enn presantiman. Mo ti pe santi mwa malad sa ler-la. Koumadir nanye pa bon. Mo santi mo lestoma pe vire », confie-t-elle. Incapable d’ignorer ce pressentiment, Renuka quitte son travail pour rentrer chez elle. De retour aux Salines, elle ne trouve aucune trace de sa fille.
Pravesh Changiah lui répète que Sneha dort chez lui. Sans attendre, la mère se rend sur place. « Deswit kouma mo kit mo sak lakaz, mo’nn al kot garson-la. » Quelques instants plus tard, tout bascule : « Kouma mo’nn monte, mo’nn trouv rido rouz disan. Mo’nn panike, mo’nn kriye. »
Le jour du drame, des habitués du quartier, notamment du cimetière en face de la maison, auraient entendu une violente dispute : « Bate, kalot, ena tapaz. Pik kouto, ena lot tapaz. Kifer personn pa finn fer narien ? » Selon elle, la mère du suspect se trouvait aussi dans la maison au moment des faits : « Dimounn dan simitier pe tann kriye. Inpe drol ki li dan lakaz pa tande kan pe lager... »
Renuka ne comprend pas pourquoi personne n’a alerté les secours plus tôt. Des témoins ont été entendus par la police. Elle exprime son amertume envers l’homme accusé d’avoir tué sa fille. « 21 kout kouto li’nn donn li... ki kalite dimounn sa ? » Elle affirme aussi qu’après les faits, Mavin serait allé acheter des dholl puris avant de revenir sur les lieux. Entre colère et chagrin, Renuka dit attendre que toute la lumière soit faite. « Mo dimann lapolis fer travay-la bien. Bondie pou deal ar seki responsab. »
En attendant, Renuka préfère se souvenir de la jeune femme ambitieuse qu’était Sneha. Employée à Port-Louis, elle avait de nombreux projets. « Sneha ti anvi kontign so letid ek travay. »
La relation avec son compagnon durait depuis environ deux ans, mais ces derniers mois étaient marqués par des tensions. « Sa bann dernie tan-la, li ti pe gagn lager. Misie-la zalou akoz li abiye bien li al travay. »
Selon sa mère, Sneha voulait désormais se concentrer sur son avenir et s’éloigner de cette relation. Elle lui avait aussi confié ne plus vouloir être dérangée sur son lieu de travail. Lors des funérailles, des collègues et amis de Sneha lui ont confié que la jeune femme voulait mettre fin à cette relation. « Mo tifi ti dir zot li nepli anvi sa relasion-la akoz manier garson-la fer ar li. »
Aujourd’hui, il ne reste que les souvenirs et une immense douleur. Dans la cour familiale des Jootun, le silence s’impose souvent, tandis que la mémoire de Sneha reste omniprésente à travers les photos affichées dans la maison.