Ugadi : les six saveurs de la vie au cœur du Nouvel an télougou
Par
Le Défi Quotidien
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Ce jeudi 19 mars, la communauté télougoue de Maurice célèbre l’Ugadi, marquant l’entrée dans une nouvelle année. Entre rituels ancestraux, partage du symbolique Ugadi Pachadi et lecture des prédictions du Panchangam, cette fête sacrée commémore la création du monde par le dieu Brahma.
«Ugadi, terme issu de Yuga, l’âge, et de Adi, le commencement — marque le début d’une nouvelle ère et d’une nouvelle année selon le calendrier lunaire. Ce jour commémore la création du monde par le dieu Brahma », souligne-t-il. « Cette nouvelle année lunaire est placée sous le signe de Paraa-Bhava », souligne Archaka Iswarah Venkatasami.
L’Archaka explique que les célébrations commencent par le bain sacré, appelé le ‘Mangala Snanam’. « Ce bain rituel exclut tout usage de savon ou de shampoing. Il est préparé à partir d’un mélange dhall écrasé et de safran que nous avons préalablement écrasés », précise-t-il.
Les membres de la communauté se consacrent ensuite à la prière et à la confection du muggulu (ou rangoli). Ce motif traditionnel est tracé à l’entrée du domicile à l’aide de poudre de riz et du riz coloré. Pour compléter ce décor, ils installent le toranam — une guirlande de feuilles de manguier — au seuil de la maison, en signe de prospérité et de bénédiction pour l’année à venir.
« Le toranam que nous installons au linteau de la porte symbolise la nature, la santé et la vitalité à travers la verdure des feuilles », explique-t-il.
Ensuite, place à la préparation de l’Ugadi Pachadi, un mélange de six ingrédients en quantités égales : piment, sucre, sel, mangue ou fruit de Cythère, fleurs de lilas de perce et tamarin.
« Chacun de ces ingrédients représente un goût distinct - amer, sucré, pimenté, salé, aigre et acidulé. Ce mélange symbolise les différentes étapes de la vie, les moments heureux comme les moments difficiles. Il est essentiel d’accepter chaque facette de la vie et de ne pas se laisser décourager par les obstacles », explique le prêtre.
Avant le petit déjeuner, chaque membre de la famille déguste l’Ugadi Pachadi, et une petite portion est offerte aux dieux sur l’autel à la maison. Cette tradition s’applique également aux gâteaux préparés pour les célébrations. Parmi les douceurs traditionnelles, on retrouve des gâteaux comme l’ariselu à base de riz (adourson chez les Tamouls), l’Aplu, le Pat Kai llu.
Le rendez-vous est ensuite donné au mandiram pour les prières et la lecture du Panchangam, un calendrier lunaire qui guide les prévisions astrologiques. Selon Iswarah Venkatasami, chaque individu naît à un jour et une heure spécifique, sous une étoile particulière. En consultant les nouvelles prédictions du Panchangam, chacun pourra découvrir les prédictions de son horoscope, notamment dans les domaines financiers et du bien-être.
Après la cérémonie au mandiram, l’Archaka Iswarah Venkatasami précise que la communauté se rendra au MGI pour apprécier un spectacle culturel. Ce dernier met en lumière la richesse de la culture télougoue à travers des chants, des danses et des poèmes, offrant ainsi un moment de partage et de célébration de cette tradition.
De retour à la maison, un repas végétarien est privilégié pour clore cette journée.
Pour Shrivani Timmiah-Mathiah, habitante de Rose-Belle, la célébration de l’ Uggadi est un rendez-vous qu’elle prépare avec minutie. Pour cette habitante du Sud, l’événement revêt une dimension spirituelle et communautaire profonde.
« C’est une fête très importante pour la communauté télougou. Nous avons d’ailleurs commencé les préparatifs depuis deux mois avec le nettoyage de la maison et du mandiram, sans oublier l’achat des habits neufs », confie-t-elle.
Le jour J, elle observe scrupuleusement les rituels, à commencer par le bain sacré aux huiles. Le rituel se poursuit avec la décoration de la maison, où elle trace le rangoli et installe le toranam. En cuisine, la préparation du Ugaadi Pacchadi et des douceurs traditionnelles reste un moment fort. « Il est essentiel pour nous de suivre les traditions. Nous le faisons chaque année en respectant l’intégralité des rituels », souligne Shrivani Timmiah-Mathiah.
Après avoir accompli les prières au mandiram, et écouter la lecture du Panchangam, elle se dirigera vers le Mahatma Gandhi Institute (MGI) pour assister aux célébrations culturelles nationales. La journée s’achèvera par un partage familial. « De retour à la maison, nous dégusterons un repas végétarien, notamment le kichiri accompagné de rougaille et d’aubergines entre autres », conclut-elle.
Pour Davisha Appadu Kamiah, habitante de Saint-Pierre, Ugadi est synonyme de renouveau et de partage. Les préparatifs ont débuté par le nettoyage complet du domicile, l’achat de vêtements neufs et de cadeaux. Dès la veille, elle a confectionné avec sa sœur le muggulu à l’entrée de la maison, ainsi que le toranam.
« Le muggulu vise à apporter de la positivité, tandis que le toranam agit comme une barrière, empêchant les énergies négatives d’entrer dans la maison », explique Davisha Appadu Kamiah.
Le jour des festivités, la matinée commence avant l’aube par le bain sacré, suivi d’une prière familiale. La famille prépare ensuite ensemble l’Ugadi Pachadi et des gâteaux traditionnels, avant de se rendre au mandiram.
Après le volet spirituel, la journée se poursuit dans une atmosphère plus festive. La famille se rendra au Mahatma Gandhi Institute (MGI) pour assister au spectacle culturel national, avant de conclure la journée à la plage. « C’est une fête très familiale. Nous allons rencontrer toute la famille, que ce soit lors des célébrations au MGI ou à la plage. C’est un moyen de renforcer les liens », indique notre interlocutrice.
Pour Videsh Venkatasami, Ugadi symbolise avant tout un nouveau départ. « C’est un renouveau avec une nouvelle année », confie-t-il. Accompagné de son épouse et de ses deux enfants, il entamera la journée tôt le matin pour les prières rituelles et la préparation des gâteaux traditionnels, avant de se diriger vers le mandiram.
La dimension spirituelle occupe une place centrale. « Pour nous, c’est un moment très important. Nous effectuons nos prières et écoutons le Panchangam. Cela nous permet de savoir vers quoi nous nous dirigeons cette année », explique Videsh Venkatasami.
Après, la famille partagera un repas composé d’un briani de légumes. L’après-midi sera consacré au volet culturel avec une visite au Mahatma Gandhi Institute (MGI). « Cette année, nous allons assister au spectacle culturel car des artistes viennent de l’Inde. C’est un moment que nous partageons en famille », conclut-il.