Tuberculose à Maurice : la vigilance reste de mise avec 130 nouveaux cas par an
Par
Jean-Marie St Cyr
Par
Jean-Marie St Cyr
Malgré une situation stable, les autorités sanitaires renforcent le dépistage précoce. Le Dr Rajiv Kumar insiste sur l’importance du suivi des traitements et de la surveillance des groupes jugés vulnérables.
Maurice enregistre en moyenne 120 à 130 nouveaux cas de tuberculose par an. « La situation est stable depuis ces cinq dernières années », affirme le Dr Rajiv Kumar, consultant en charge du département des maladies respiratoires au ministère de la Santé. « Il y a un programme national de contrôle de la tuberculose à Maurice qui garantit une surveillance de la maladie. »
Cette maladie contagieuse se transmet par les gouttelettes en suspension dans l’air émises par une personne infectée. Certains profils sont plus vulnérables que d’autres : les personnes immunodéprimées, celles atteintes du VIH, les grands consommateurs d’alcool et les fumeurs présentent un risque accru de contracter la maladie et d’en développer des complications.
La présence croissante de travailleurs étrangers à Maurice constitue également un facteur de risque supplémentaire. Le Dr Kumar assure cependant que le dépistage a été renforcé auprès de cette catégorie de personnes, et que toutes les dispositions ont été prises pour assurer une bonne surveillance de la maladie.
Sur le plan clinique, le diagnostic repose sur plusieurs signes d’alerte : une toux persistante, une perte de poids et d’appétit, des sueurs nocturnes et une fièvre en fin d’après-midi. « À travers un X-ray et l’analyse de leur crachat, il est possible de savoir s’ils ont la tuberculose », explique le consultant. Les patients dépistés positifs sont admis à l’hôpital spécialisé de Poudre-d’Or, où ils sont pris en charge jusqu’à ce que leur test devienne négatif. Le diagnostic et le traitement sont également assurés à la Chest Clinic de Port-Louis.
Une fois le diagnostic confirmé, un traçage des contacts est systématiquement effectué par une équipe dédiée, basée à la Chest Clinic. « Si une personne a attrapé la tuberculose sur son lieu de travail ou en milieu scolaire, c’est là que le ‘contact tracing’ va être effectué », précise le Dr Kumar.
Quant au traitement, il est efficace à condition d’être rigoureusement suivi. D’une durée d’environ six mois, il repose sur une antibiothérapie prolongée. « Si le traitement est bien suivi, la personne peut être complètement guérie », assure le médecin. En revanche, en cas de négligence, la maladie peut s’avérer fatale, avec un risque de décès plus élevé chez les patients présentant des antécédents médicaux tels que le VIH/sida. Dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, dont le thème est « Oui ! Nous pouvons mettre fin à la tuberculose ! », le Dr Kumar insiste sur l’importance du dépistage précoce chez les personnes à risque comme levier essentiel de prévention.
La tuberculose, causée par une bactérie, se manifeste principalement par une toux persistante, qu’elle soit sèche ou accompagnée de flegmes. Lorsque cette toux dure plus de deux à trois semaines, y compris malgré un traitement, elle constitue un signe d’alerte. Dans certains cas, le patient peut également présenter du sang dans ses crachats. D’autres symptômes viennent compléter ce tableau : de la fièvre, particulièrement en fin d’après-midi, une perte d’appétit et des sueurs abondantes la nuit.
Concernant les personnes les plus exposées, le Dr Kumar précise que la tranche d’âge de 20 à 60 ans est la plus à risque, en raison d’une plus grande exposition aux facteurs de risque tels que la cigarette, l’alcool et la drogue, mais aussi le diabète et le VIH/sida. La maladie se transmet par voie aérienne, à travers les gouttelettes projetées lorsqu’une personne infectée tousse sans se couvrir la bouche, ou même lorsqu’elle parle. Toutefois, le Dr Kumar tient à nuancer : « La tuberculose est une maladie transmissible, mais il faut avoir passé beaucoup de temps avec la personne malade pour être infecté à son tour. La contamination ne se fait pas rapidement comme c’est le cas pour la grippe. » Il rassure par ailleurs que la maladie ne se transmet pas par simple contact physique.
Sur le plan de la prévention, le vaccin BCG (Bacille Calmette et Guérin) est administré dès l’âge d’un mois à tout nourrisson. Il protège contre les formes graves de la tuberculose chez les jeunes enfants, avec une immunité qui s’étend jusqu’à environ 15 ans. Au-delà de cet âge, toute personne devient potentiellement à risque.
La tuberculose demeure présente dans la population, bien que sa prévalence reste relativement faible comparée à de nombreux pays. Selon le Dr Shameem Jaumdally chercheur à l’Institut Pulmonaire de l’Université de Cape Town, le taux d’incidence national est estimé à environ 12 cas pour 100 000 habitants, nettement inférieur à la moyenne mondiale.
Parmi les principaux facteurs de risque, il cite l’augmentation des voyages internationaux, qui accroît le risque d’importation de nouveaux cas sur l’île, ainsi que la hausse du taux de diabète, facteur connu pour favoriser le développement de la maladie.
Les données du Health Statistics Report de 2024 viennent illustrer cette réalité. Sur les 515 nouveaux cas diagnostiqués en consultation spécialisée externe pour les maladies thoraciques durant l’année 2024, 10 cas, soit 1,9 %, relevaient de la tuberculose pulmonaire. En 2024, la tuberculose pulmonaire figurait parmi les principales causes d’admission dans les hôpitaux publics généraux et spécialisés à Maurice.
À l’hôpital de Poudre-d’Or, établissement spécialisé dans les affections thoraciques, 378 patients ont été hospitalisés au cours de la même période, dont 232 hommes, soit 61,4 % des admissions. La tuberculose pulmonaire y constitue la pathologie la plus fréquente, ayant concerné 104 patients - 85 hommes et 19 femmes -, devant l’asthme, diagnostiqué chez 51 patients, et la bronchiectasie, qui a touché 22 patients. Au cours de cette année, 21 patients sont décédés au sein de l’établissement, représentant un taux de létalité de 5,6 %.
Ces données confirment, selon le document, que la tuberculose pulmonaire demeure la première cause d’hospitalisation dans les services de maladies respiratoires des hôpitaux publics généraux et spécialisés à Maurice pour l’année 2024.
| Annee | No. de cas |
| 2014 | 119 |
| 2015 | 128 |
| 2016 | 118 |
| 2017 | 119 |
| 2018 | 123 |
| 2019 | 116 |
| 2020 | 85 |
| 2021 | 86 |
| 2022 | 118 |
| 2023 | 100 |
| 2024 | 100 |