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Toxicomanie à Maurice : une menace silencieuse

Par Le Défi Plus
Publié le: 30 May 2026 à 10:24
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Toxicomane
Les Mauriciens considèrent la toxicomanie comme le deuxième problème le plus grave du pays.

Me Ida Dookhy-Rambaran, Senior Assistant Director of Public Prosecutions et responsable de la Drugs Unit, tire la sonnette d’alarme face à l’aggravation de la crise de la drogue à Maurice.

Selon elle, malgré le développement économique et institutionnel du pays depuis l’indépendance, la toxicomanie constitue aujourd’hui une menace majeure pour la cohésion sociale et la résilience nationale. Elle décrit ce phénomène comme un « tueur silencieux » qui détruit progressivement les individus, les familles et les communautés, tout en fragilisant les fondements sociaux et économiques du pays.

Elle cite l’enquête d’Afrobarometer publiée en juillet 2024, selon laquelle les Mauriciens considèrent la toxicomanie comme le deuxième problème le plus grave du pays.

Les chiffres du National Drug Observatory illustrent également cette progression inquiétante. Les poursuites pour infractions liées à la drogue sont passées de 1 761 cas en 2023 à 2 058 en 2024.

Parallèlement, les condamnations pour infractions liées aux stupéfiants ont augmenté de 1 422 en 2023 à 1 747 en 2024. Parmi ces condamnations :
• 81,2 % concernaient la possession de stupéfiants ;
• 8,2 % la consommation ;
• 6 % la culture de cannabis ;
• 4 % le trafic de stupéfiants ;
• et seulement 0,6 % l’importation de drogues.

Pour Me Ida Dookhy-Rambaran, ces données montrent que le système judiciaire traite principalement les petits consommateurs et petits trafiquants plutôt que les grandes organisations criminelles.

Toutefois, le cadre légal mauricien s’est considérablement durci. Les personnes reconnues coupables de trafic de stupéfiants risquent jusqu’à 60 ans de prison, ainsi que de lourdes amendes.

Mais la législation mauricienne ne repose pas uniquement sur la répression. La création du Drug Users Administrative Panel permet d’orienter certains usagers vers des traitements et des programmes de réhabilitation plutôt que vers des poursuites pénales.

Selon elle, les récentes réformes autorisant l’usage contrôlé du cannabis médical traduisent aussi une évolution vers une approche plus équilibrée, combinant répression, santé publique et réduction des risques.

Cependant, elle estime que les politiques répressives, centrées sur l’arrestation et l’emprisonnement, restent insuffisantes si elles ne s’attaquent pas aux causes profondes du problème : pauvreté, chômage, exclusion sociale, traumatismes et manque d’opportunités.

Drogue chez les ados et les enfants

Un autre sujet d’inquiétude : l’exposition croissante des adolescents et des enfants à des drogues de synthèse bon marché et extrêmement puissantes. Cette situation entraîne l’absentéisme scolaire, les troubles du comportement, la baisse du niveau académique et le décrochage scolaire précoce.

Pour Me Ida Dookhy-Rambaran, la crise de la drogue dépasse désormais le simple cadre du droit pénal. Elle doit être considérée comme une urgence de santé publique, d’éducation et de développement social.

Elle plaide ainsi pour une stratégie nationale axée sur la prévention, la réadaptation, les soins en santé mentale, l’intervention précoce et la protection éducative, tout en appelant à une approche policière et judiciaire plus intelligente et mieux ciblée.
 

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