Suspension à la MCB : des messages attribués à Sithanen et à un haut cadre alimentent la controverse
Par
Christina Vilbrin
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Christina Vilbrin
Le secteur bancaire est secoué en ce début de semaine par des allégations de représailles contre une ex-employée de la Mauritius Commercial Bank (MCB), Deepshikha Gowreesunker. Des messages WhatsApp attribués à Rama Sithanen, ancien gouverneur de la Banque de Maurice, et à Ashvin Deena, haut cadre de la MCB, ont circulé ce lundi 16 février, suscitant une vive polémique.
Ces échanges proviendraient d’un employé de la Banque de Maurice qui aurait reçu les messages « par erreur » de Rama Sithanen. Les captures d’écran et un enregistrement vidéo montreraient que Rama Sithanen et Ashvin Deena évoqueraient une enquête interne « urgente » contre Deepshikha Gowreesunker, une amie de Stéphane Adam (voir détails plus loin). Le 10 mars 2025, Deepshikha Gowreesunker aurait reçu une lettre de suspension immédiate.
Selon les éléments rapportés, Rama Sithanen se serait rendu compte qu’il avait envoyé les messages au mauvais destinataire et aurait immédiatement demandé leur suppression, précisant qu’ils étaient « destinés uniquement à la direction » et que « toute utilisation ou divulgation non autorisée aurait de graves implications ». Malgré cette demande, l’employé aurait conservé les messages aujourd’hui rendus publics.
Contactée, Deepshikha Gowreesunker se dit « choquée, mais pas surprise » et évoque « la vengeance ». Quant à Rama Sithanen et Ashvin Deena, ils démentent farouchement ces allégations. L’affaire Menlo Park, déjà controversée, s’enrichit ainsi d’un nouveau chapitre. À suivre !
Deepshikha Gowreesunker, Relationship Executive comptant 10 ans de service à la MCB, a été suspendue le 10 mars 2025 sans avertissement préalable avant d’être licenciée en décembre 2025. Elle dénonce une injustice et espère que l’Employment Relations Tribunal qui a repris le dossier fera éclater la vérité.
Le 10 mars 2025, vous avez été suspendue. Racontez-nous les circonstances de votre suspension.
Je me suis rendue au bureau comme d’habitude. À mon arrivée, on m’a appelée pour me remettre, sans aucun avertissement préalable, une lettre de suspension. Ce fut un véritable choc. Mes collègues ne comprenaient rien à la situation, mais tout le monde a immédiatement fait le lien avec mon amitié avec les Adam.
Avez-vous fait ce qu’on vous reproche dans votre lettre de suspension ?
La lettre est restée très vague quant aux accusations portées contre moi. Il est question qu’on allait mener une enquête sur moi, sans explications claires ni faits précis. On a écrit : « You may have performed an unwarranted business query on Menlo Park without any apparent business rationale ». Par la suite, j’ai fourni des explications montrant qu’il existait effectivement des « business rationales » valables.
Pour vous, il s’agit d’une vengeance par rapport à votre amitié avec Stéphane Adam, un des directeurs de Menlo Park… Comment le connaissez-vous et qu’est-ce qui vous fait dire qu’il s’agit d’une vengeance ?
C’est un ami de longue date. Nous avons travaillé à la banque, lui, sa sœur (NdlR : Mary-Queenie Adam) et moi. Ils sont tous les deux d’anciens employés de la MCB avec neuf années de service chacun. Je parle de vengeance car les dates mentionnées dans les échanges WhatsApp, notamment celle du 10 mars 2025, me paraissent particulièrement troublantes et soulèvent d’importantes questions. Au vu du contexte, je considère que cette décision pourrait être liée à cette amitié. C’est très grave !
Votre dossier est devant l’Employment Relations Tribunal. Dites-nous en plus.
J’ai déjà reçu ma lettre de convocation. J’espère que la Mauritius Commercial Bank analysera la situation avec sérieux et responsabilité, et prendra les décisions nécessaires afin que toute injustice soit réparée.
Vous avez eu connaissance du communiqué de la MCB ce lundi 16 février sur l’affaire. Vos commentaires ?
J’ai été amenée à assister à des comités disciplinaires. Mon contrat a été résilié le 31 décembre, mais j’ai engagé une procédure en vue de ma réintégration. L’affaire est actuellement examinée par l’Employment Relations Tribunal. Je considère avoir été injustement licenciée et je conteste fermement cette décision.
Avez-vous consulté vos hommes de loi ? Que vous ont-ils recommandé ?
Je dois les consulter et déterminer la suite. Il s’agit d’un dossier impliquant quand même un grand groupe du pays. Mais, aujourd’hui, cette affaire est connue d’une large partie de la population. Depuis la diffusion des informations, j’ai reçu de nombreux appels et messages de soutien de mes collègues. Certaines personnalités du pays ont également été informées de cette situation. La vérité doit pouvoir émerger dans un cadre juste, équitable et transparent. Je tenais aussi à remercier l’employé de la Banque de Maurice qui a révélé cet échange WhatsApp. Sans lui, personne n’aurait rien su.