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Suren Surat, de SKC Surat : produire davantage localement pour mieux faire face aux crises

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 2 May 2026 à 18:00
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Suren Surat

À la tête de SKC Surat, acteur incontournable de l’importation et de la distribution de fruits et légumes à Maurice, Suren Surat incarne une génération de dirigeants façonnés par l’expérience du terrain. De ses débuts dans l’entreprise familiale à son accession au poste de CEO, il a traversé crises sanitaires, turbulences économiques et bouleversements mondiaux. Il nous parle de son parcours, des défis énergétiques actuels, des tensions sur l’importation et livre une vision claire : celle d’un avenir où production locale et innovation seront les piliers de la résilience mauricienne.

Parcours & leadership

Pouvez-vous nous raconter votre parcours jusqu’à devenir CEO aujourd’hui ?
J’ai rejoint l’entreprise familiale en 1987, juste après mes études, même si j’y participais déjà pendant ma scolarité. Au fil des années, j’ai évolué dans plusieurs départements : ventes et marketing, opérations, logistique, approvisionnement… J’ai occupé différents postes, notamment dans le développement des affaires, puis celui de Managing Director du groupe SKC, avant de devenir CEO en 2013.

Quel a été le moment décisif qui a changé votre trajectoire professionnelle ?
Ma nomination en tant que Managing Director, après 15 années de travail au sein de l’entreprise, a été un véritable tournant.

Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées en chemin ?
La deuxième vague de la COVID-19, en mars 2021, a été particulièrement difficile. Tout notre personnel ainsi que nos familles ont été mis en quarantaine pendant trois semaines, alors que nous avions en stock des produits hautement périssables d’une valeur de Rs 50 millions.

Quelles valeurs guident votre manière de diriger une entreprise ?
La confiance est essentielle : envers les employés, les clients, les fournisseurs et les consommateurs.

Comment définiriez-vous votre style de leadership aujourd’hui ?
Je privilégie un management basé sur l’autonomisation des équipes à tous les niveaux. Il est important de communiquer clairement la vision, tout en restant adaptable et centré sur la satisfaction du client.

Crise énergétique & stratégie d’entreprise

Comment la crise énergétique actuelle impacte-t-elle concrètement votre entreprise ?
Elle affecte directement nos coûts, notamment au niveau de la distribution et du stockage en chambres froides.

Avez-vous déjà ressenti une hausse significative de vos coûts opérationnels ?
Oui, les coûts ont considérablement augmenté, surtout pour la logistique et le stockage. Malheureusement, nous ne pouvons pas répercuter ces hausses sur nos clients.

Quelles mesures avez-vous mises en place pour réduire votre consommation d’énergie ?
Nous sensibilisons notre personnel à garder les chambres froides fermées autant que possible. Nous optimisons également la logistique et les livraisons.

Avez-vous investi dans des solutions alternatives comme le solaire ou l’efficacité énergétique ?
Un projet d’investissement dans l’énergie solaire est actuellement en préparation.

Pensez-vous que les entreprises mauriciennes sont suffisamment préparées face à cette crise ?
Certaines le sont, mais d’autres doivent impérativement envisager un plan B.

Quels conseils donneriez-vous aux PME pour faire face à cette hausse des coûts énergétiques ?
Je recommande fortement d’investir dans des solutions alternatives, notamment le solaire.

Importation de fruits & contexte mondial

Comment la situation mondiale, notamment les conflits internationaux, affecte-t-elle l’importation de fruits ?
Elle perturbe fortement les flux commerciaux et complique l’approvisionnement.

Avez-vous constaté des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement ?
Oui. Les coûts du fret ont fortement augmenté, les délais de transit ont parfois doublé et certains pays refusent désormais d’expédier vers Maurice pour des raisons de qualité.

Les prix à l’importation ont-ils fortement augmenté ces derniers mois ?
Oui, en raison notamment de la hausse du fret et du coût des intrants comme les fertilisants.

Comment gérez-vous ces fluctuations pour rester compétitif sur le marché local ?
Nous misons davantage sur la production locale en collaborant étroitement avec nos planteurs.

Est-ce que vous diversifiez vos sources d’approvisionnement pour réduire les risques ?
Oui, c’est devenu indispensable dans le contexte actuel.

Le consommateur mauricien ressent-il déjà l’impact de cette situation ?
Oui, les prix ont augmenté par rapport aux années précédentes, même si nous absorbons une partie de ces hausses.

Vision & économie

Comment voyez-vous évoluer votre secteur dans les prochaines années ?
Nous devrons diversifier nos sources d’approvisionnement tout en renforçant la production locale.

Quelles opportunités peuvent émerger malgré ce contexte difficile ?
Des pays, comme Madagascar, ont une réelle opportunité de développer davantage la production de fruits et légumes frais.

Pensez-vous que Maurice doit repenser sa dépendance aux importations ?
Absolument ! Il est essentiel de mettre en place un plan stratégique pour augmenter la production locale.

Inspiration & jeunesse

Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes qui rêvent de devenir entrepreneurs ?
Ils doivent s’intéresser à la mécanisation et à la technologie, notamment dans le secteur agricole.

Quelles qualités sont essentielles pour réussir aujourd’hui ?
Il faut être visionnaire, tout en ayant la capacité de s’adapter à un environnement en constante évolution.

Comment gérer l’échec quand on débute dans le business ?
Avec persévérance.

Si vous pouviez revenir en arrière, quel conseil donneriez-vous au jeune que vous étiez ?
Je lui dirais de rester constant, d’apprendre de chaque expérience et de ne jamais craindre le changement.

Qu’est-ce qui vous motive encore aujourd’hui à continuer et à innover ?
La passion pour les fruits et légumes frais, et la volonté de promouvoir un mode de vie sain auprès de tous les Mauriciens.

Dans un monde secoué par les crises, Suren Surat garde le cap. Entre lucidité économique et engagement pour une agriculture plus locale, il défend une vision pragmatique : produire davantage, consommer mieux et anticiper les chocs.

Car derrière chaque fruit posé sur une table mauricienne, il y a désormais une bataille invisible — celle de la résilience.

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