Stephen Doughty, ministre britannique à la House of Commons : «Nous sommes engagés dans l’accord qui protège la base militaire à Diego Garcia»

Par Patrick Hilbert
Publié le: 28 janvier 2026 à 11:00

Face aux critiques et aux tensions diplomatiques, le ministre britannique Stephen Doughty a confirmé à la Chambre des communes l’engagement du Royaume-Uni à restituer les Chagos à Maurice, tout en garantissant la protection durable de la base militaire stratégique UK–US de Diego Garcia.

Le gouvernement britannique reste fermement engagé à procéder à la rétrocession de l’archipel des Chagos à Maurice afin de protéger la base militaire conjointe UK–US sur Diego Garcia, malgré les controverses parlementaires et les critiques internationales. Lundi soir, lors d’une question urgente au Parlement, le ministre d’État au Foreign, Commonwealth and Development Office, Stephen Doughty, a réaffirmé cette position avec clarté : « Le Gouvernement est engagé dans l’accord qui protège la base militaire conjointe UK–US sur Diego Garcia. Nous sommes concentrés sur la mise en œuvre de ce projet de loi pour protéger notre sécurité nationale. »

Le débat portait sur le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill, qui vise à mettre en œuvre le traité signé le 22 mai 2025 entre le Royaume-Uni et Maurice. Ce traité transfère la souveraineté de l’archipel des Chagos (British Indian Ocean Territory) à Maurice, tout en garantissant la location à long terme (pour des générations, souvent évoquée comme 99 ans) de l’île de Diego Garcia pour la base militaire stratégique partagée avec les États-Unis.

Stephen Doughty a rappelé l’importance vitale de cette base : « La base […] est essentielle à la sécurité du Royaume-Uni et de nos principaux alliés, y compris les États-Unis. Elle est essentielle pour assurer la sécurité des Britanniques. Elle constitue également l’une de nos contributions les plus significatives au partenariat transatlantique de défense et de sécurité, car elle permet un déploiement rapide d’opérations et de forces à travers le Moyen-Orient, l’Afrique de l’Est et l’Asie du Sud, contribuant à combattre certaines des menaces les plus difficiles, y compris les menaces du terrorisme et des États hostiles. Sa localisation stratégique unique crée un réel avantage militaire dans l’Indo-Pacifique. L’installation a également aidé à la collecte de données utilisées pour soutenir les opérations antiterroristes contre, par exemple, des cibles de valeur élevée de l’État islamique ces dernières années. »

Il a insisté sur le fait que le gouvernement ne transigera jamais sur la sécurité nationale : « Comme nous l’avons clairement indiqué à maintes reprises à la Chambre, le Royaume-Uni ne transigera jamais sur notre sécurité nationale », et « l’accord que nous avons conclu est vital pour protéger notre sécurité nationale, garantir l’avenir à long terme d’une base qui est vitale pour le Royaume-Uni et les États-Unis, et qui était menacée ».

Le traité a été initialement bien accueilli par les États-Unis, l’Australie, les partenaires Five Eyes, ainsi que l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. Cependant, des tensions récentes sont apparues, notamment à la suite de déclarations du président américain Donald Trump critiquant l’accord comme un « act of total weakness » et un « act of GREAT STUPIDITY », affirmant que « China and Russia have noticed » cette cession. Le gouvernement britannique maintient que des discussions quotidiennes se poursuivent avec les États-Unis afin d’apaiser les préoccupations et de finaliser la mise à jour de l’accord d’échange de notes UK–US de 1966 (mis à jour à plusieurs reprises par le passé : 1972, 1976, 1987, 1999).

Stephen Doughty a expliqué que la ratification du traité nécessite plusieurs étapes : « Avant que le Royaume-Uni puisse ratifier le traité, nous devrons faire ce qui suit : adopter une législation primaire et secondaire ; mettre à jour l’accord UK–US — l’échange de notes ; et mettre en place des arrangements sur l’environnement, la sécurité maritime et la migration. » Il a réfuté les accusations d’oubli ou de violation de l’accord de 1966, qualifiant les attaques conservatrices de « simple coup politique » et de « profondément irresponsables ».

Le débat a été marqué par des échanges vifs. Priti Patel (conservatrice) a accusé le gouvernement de « capitulation » et de violation des obligations internationales, citant l’accord de 1966 stipulant que le British Indian Ocean Territory « shall remain under the United Kingdom’s sovereignty ». Elle a interrogé le ministre sur les contacts récents avec l’administration américaine et les implications du changement de position des États-Unis.

Stephen Doughty a répondu en soulignant que les négociations sur la mise à jour de l’accord UK–US étaient en cours depuis longtemps et avaient été communiquées au Parlement (notamment en décembre 2025 à la Chambre des lords). Il a dénoncé les tactiques de l’opposition aux lords, qui ont déposé un amendement « destructeur » retardant l’examen du texte : « C’est un comportement irresponsable et téméraire de la part de l’opposition officielle dans la seconde Chambre, utilisant des tactiques de procédure pour entraver la mise en œuvre d’un traité sur une question critique de sécurité nationale. »

D’autres interventions ont porté sur les coûts (estimés à une valeur présente nette de 3,4 milliards de livres, soit une moyenne annuelle de 101 millions de livres), les droits des Chagossiens (expulsés dans les années 1970-1980), ainsi que les amendements libéraux-démocrates visant un référendum chagossien ou un contrôle parlementaire annuel des paiements à Maurice. Stephen Doughty a reconnu les torts historiques et les engagements envers les communautés chagossiennes (via un fonds fiduciaire), mais a rappelé que les cours et l’avis consultatif de la CIJ de 2019 considèrent le droit à l’autodétermination comme relevant de Maurice dans ce contexte.

Malgré les critiques internes (y compris celles d’un député Labour, Dan Carden, opposé au deal au nom de la souveraineté) et externes, le ministre a conclu que le traité offre de meilleures protections que celles négociées précédemment (zone tampon, restrictions sur les forces étrangères présentes sur les îles extérieures) et protège les opérations de la base contre les menaces existantes.

Le gouvernement britannique, a conclu Stephen Doughty, reste « concentré sur l’adoption du Bill pour sécuriser la base », qualifiée d ’« atout de sécurité nationale inestimable ». Les débats aux lords reprendront en temps voulu, et les échanges avec les États-Unis se poursuivent quotidiennement.

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