Shaivi Tarini Boodhun : la force d’une orpheline devenue lauréate
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
Shaivi Tarini Boodhun, lauréate du collège Lorette de Quatre-Bornes dans la filière science, symbolise à la fois la résilience, le courage et l’excellence académique. Derrière son sourire et son humilité profonde se cache une histoire bouleversante : celle d’une jeune fille qui a su transformer une perte tragique en une source d’inspiration et de détermination.
Le mois de février 2018 est à marquer d’une pierre noire pour Shaivi. En l’espace d’une seule semaine, elle a perdu ses deux parents. « J’avais 12 ans quand j’ai perdu mon papa d’une crise cardiaque... et une semaine plus tard, ma maman est décédée d’une maladie rare », confie-t-elle. Ces mots traduisent à la fois la douleur et la maturité d’une enfant confrontée trop tôt à l’inimaginable.
Depuis ce jour, Shaivi vit avec sa petite sœur Edha chez leur grand-mère paternelle. Toutes deux bénéficient aussi du soutien de ses tantes maternelles. Ce cocon familial, tissé d’amour et d’encouragement, est devenu son pilier. « Sans ma sœur, mes grand-mères et mes tantes, je ne serais pas là aujourd’hui », dit-elle. Malgré une enfance marquée par la perte, Shaivi n’a jamais laissé les circonstances définir sa destinée. « C’était dur au début, mais c’est vraiment grâce au soutien de ma famille et de mes enseignants que j’ai pu arriver là », raconte-t-elle.
Toutefois, elle reconnaît que le chemin n’a pas toujours été linéaire : « Il y a eu beaucoup de fois où je n’ai pas eu les résultats que j’attendais, mais mes professeurs ont su me remettre ‘back on track’ quand c’était nécessaire ». Cette capacité à rebondir, à persévérer malgré les échecs, l’a menée vers le sommet.
Au-delà de ses prouesses académiques, Shaivi s’est aussi distinguée par son engagement scolaire. « Je faisais du badminton, je participais aux clubs de l’école, au MUN... toutes les opportunités que l’école m’a offertes, je les ai prises », affirme-t-elle. Une implication qui lui a permis de cultiver un équilibre rare entre les études et activités parascolaires. Passionnée par les sciences et la recherche, Shaivi est lucide sur l’usage des nouvelles technologies. « Il ne faut pas laisser ChatGPT ou l’IA penser pour nous, parce que c’est la pensée critique qui nous mène à avoir de meilleurs résultats », fait-elle ressortir. Par ces mots, elle rappelle l’importance de l’esprit d’analyse et du discernement dans un monde où l’intelligence artificielle prend une place croissante.
Shaivi inscrit son parcours dans la continuité de celui de son père. « Mon papa a aussi été boursier. Je pense que c’est lui qui m’a poussée à toujours donner le meilleur de moi-même », relate la jeune fille. Elle dédie ce succès à ses parents, qui la protègent et l’inspirent chaque jour depuis le ciel : « C’est définitivement grâce à eux que j’ai été poussée sur ce chemin vers l’excellence », soutient la jeune lauréate qui envisage de poursuivre ses études en ingénierie.
Ansooya Ramiah, la tante maternelle de Shaivi : « Elle est toujours très stable et systématique »
Pour Ansooya Ramiah, la tante maternelle de Shaivi, cette dernière est une nièce modèle. « Elle a toujours excellé dans tout ce qu’elle entreprenait, et nous sommes immensément fiers d’elle », confie-t-elle, soulignant la constance et la discipline de la jeune fille. Cette dernière a toujours était très stable et systématique. « Elle savait ce qu’elle avait à faire, elle a accompli son devoir, et voilà le résultat », ajoute-t-elle. La fierté familiale est palpable et humble. La tante rappelle aussi l’épreuve personnelle traversée par Shaivi. « Malgré le décès de ses parents, la jeune fille a trouvé appui et chaleur au sein d’un cercle familial étendu. Je suis sûre qu’ils doivent être fiers d’elle », affirme Ansooya Ramiah.
Edha Boodhun, sœur de la lauréate : « Elle a toujours respecté son planning »
« J’ai été très surprise, car la filière scientifique est réputée pour sa compétitivité, mais ma sœur mérite pleinement cette distinction. Elle a travaillé avec acharnement pour atteindre ce résultat. Rigoureuse et appliquée, elle a toujours respecté son planning. De plus, elle a travaillé régulièrement sur des questionnaires d’examen. Elle s’investit également dans le sport, notamment le badminton, où elle est très active ».
Jacques Daniel Sungaren, manager du Collège Lorette de Quatre-Bornes : « Depuis toujours, elle nourrit l’ambition de décrocher une bourse d’études »
« Je connais Shaivi depuis deux ans et je peux affirmer qu’elle a choisi de rester parmi nous, malgré les opportunités qu’elle aurait pu saisir ailleurs. Depuis toujours, elle nourrit l’ambition de décrocher une bourse d’études. C’est une jeune fille généreuse, toujours prête à aider ses amis, et jamais égoïste. Elle incarne pleinement les valeurs de Mary Ward ».
Lucie Leve Hang, rectrice du Collège Lorette de Quatre-Bornes : « C’est le plus beau cadeau que Dieu puisse me donner à ma retraite »
« Je suis extrêmement contente pour Shaivi. Depuis qu’elle est arrivée chez nous, elle a été bien encadrée vu qu’elle avait perdu ses parents en l’espace d’une semaine. Tout le personnel l’a encadré, car elle avait du potentiel », déclare Lucie Leve Hang, rectrice du Collège Lorette de Quatre-Bornes.
Elle souligne que Shaivi s’est pleinement investie dans ses études et dans la vie scolaire, qualifiant son parcours de constance remarquable. « Ce n’est pas en Grade 13 qu’elle a commencé à travailler. Depuis la Grade 7, Shaivi a constamment brillé par ses excellents résultats, maintenant un niveau élevé année après année. Parallèlement, elle s’est pleinement impliquée dans toutes les opportunités offertes par l’école, que ce soit dans le domaine sportif ou dans d’autres activités extrascolaires. Elle a toujours été présente », ajoute la rectrice.
Lucie Leve Hang évoque un souvenir poignant : « Au lendemain du décès de sa mère, Shaivi m’a surpris en disant : 'Madame, je tiens à assister à la cérémonie de levée du drapeau pour la fête de l’indépendance'. J’ai tenté de l’en dissuader, mais elle a persisté. Pour moi, cette dévotion pour ses études et son attachement à l’école sont les clés de sa réussite ». À l’heure de son départ à la retraite, la rectrice considère cette réussite comme un cadeau. « Couronner ma carrière avec une lauréate est le plus beau cadeau que le destin pouvait m’offrir. Shaivi incarne l’élève modèle : sérieuse, disciplinée, exemplaire. Son parcours devrait inspirer ses camarades. De plus, elle a su surmonter avec brio les obstacles que la vie a dressés sur son chemin », affirme-t-elle.