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Secteur en difficulté : les signaux d’alerte se multiplient dans le textile

Par Leena Gooraya-Poligadoo
Publié le: 28 May 2026 à 15:42
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Selon les opérateurs, Maurice fait face à une concurrence directe de pays comme le Bangladesh, la Chine et l’Inde.
Selon les opérateurs, Maurice fait face à une concurrence directe de pays comme le Bangladesh, la Chine et l’Inde.

Le placement sous administration volontaire de World Knits augmente les inquiétudes dans le textile. Entre une hausse des coûts, une concurrence internationale et un manque de modernisation, les opérateurs alertent sur un secteur sous tension. Industriels et PME appellent à des réformes urgentes pour préserver la compétitivité et soutenir la relance industrielle.

Le secteur textile mauricien traverse une période de turbulences, marquée par le placement sous administration volontaire de World Knits à Quartier-Militaire. Pour les acteurs de l’industrie, cet épisode n’est pas isolé, mais reflète des fragilités structurelles qui s’accentuent depuis plusieurs années.  

Selon Nitish Rama, directeur de V Formula, cette situation révèle une tendance plus large. « Le placement sous administration volontaire de World Knits est un signal inquiétant pour l’ensemble du secteur textile mauricien », affirme-t-il. Selon lui, plusieurs entreprises font face à des difficultés croissantes liées à un environnement économique de plus en plus contraignant. Il souligne que le textile mauricien reste fragilisé par des facteurs multiples, allant de la pression sur les coûts à la transformation rapide des marchés internationaux. 

Le président de la SME Chambers, Ajay Beedassee, partage ce constat. Il estime que World Knits n’est qu’un exemple parmi d’autres entreprises confrontées à des difficultés financières. « Plusieurs usines ont déjà délocalisé leurs opérations vers Madagascar. D’ailleurs, World Knits dispose aussi d’une branche là-bas », rappelle-t-il.


Budget 2026-27 : les propositions de la MEXA 

Dans le cadre de l’exercice budgétaire de cette année, la Mauritius Export Association (MEXA) a mis en avant quatre principales priorités :

  • Renforcer la compétitivité extérieure
  • Accroître l’efficacité interne à travers la modernisation industrielle, l’intelligence artificielle et l’intégration des nouvelles technologies
  • Accélérer la transition du secteur exportateur vers les énergies renouvelables
  • Encourager le développement de nouveaux segments d’exportation et de la production locale.

Les cinq défis majeurs du secteur aujourd’hui 
1. La pression de la concurrence internationale

L’un des défis majeurs identifié est celui de la compétitivité mondiale. Nitish Rama explique que Maurice fait face à une concurrence directe de pays comme le Bangladesh, la Chine et l’Inde, où les coûts de production sont nettement inférieurs. « Maurice ne peut plus rivaliser uniquement sur les prix », souligne-t-il. Un avis que partage Ajay Beedassee. « Nous ne sommes plus compétitifs », déplore-t-il. Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette situation : la hausse des prix de l’électricité, de l’eau et des loyers, entre autres.

2. L’augmentation continue des coûts

La hausse des coûts constitue un frein majeur. Énergie, transport, matières premières et main-d’œuvre pèsent lourdement sur les entreprises. Ajay Beedassee insiste également sur les charges additionnelles supportées par les employeurs, notamment celles liées aux travailleurs expatriés : logement, salaires et avantages divers. « Ce sont surtout les coûts qui continuent à augmenter », dit-il, estimant que cela réduit fortement les marges des PME.

3. Le manque de modernisation et d’innovation

Pour Nitish Rama, certaines entreprises souffrent d’un retard technologique. « Le marché mondial évolue vers des produits plus techniques, durables et à forte valeur ajoutée, alors que certaines unités restent orientées vers la production de masse », déplore-t-il.  Selon lui, cette situation limite la capacité du secteur à se repositionner sur des segments plus rentables.

4. La difficulté de recrutement

Un autre défi majeur concerne la main-d’œuvre. Le secteur peine à attirer les jeunes travailleurs, de moins en moins enclins à intégrer les usines textiles. Selon les opérateurs, cette tendance fragilise encore davantage les capacités de production locales.

5. Les contraintes logistiques

Pour les grands opérateurs, les défis sont aussi externes. Avinash Goburdhun, directeur de Wensum Textile, met en avant le coût élevé du fret comme un facteur critique. « Le plus grand défi demeure le coût du fret, qui échappe au contrôle des fabricants », explique-t-il.


François de Grivel, industriel : « Trouver de nouveaux marchés et renforcer la compétitivité »

Le placement sous administration volontaire de World Knits est-il le signe d’un essoufflement plus large du secteur textile mauricien ?
Le secteur textile souffre effectivement depuis un certain temps. Depuis plus d’un an, les entreprises évoluent dans une situation compliquée, surtout à cause des ventes qui deviennent plus difficiles et des prix qui restent élevés. Plusieurs compagnies mauriciennes ont d’ailleurs choisi de délocaliser une partie de leur production vers des pays comme l’Inde ou Madagascar afin de réduire leurs coûts de fabrication. 

Cependant, Maurice conserve des atouts importants. Le pays reste un centre de production attrayant pour des produits haut de gamme et de qualité. Il ne faut donc pas conclure que tout est perdu. Dans le cas de World Knits, l’administration volontaire peut justement offrir une possibilité de relance. Mais cette relance dépendra avant tout du marché et de la capacité à redynamiser l’activité commerciale.

Les marchés européens demeurent importants, mais il faut aussi regarder vers les États-Unis et l’Afrique. Je suis convaincu qu’il existe des solutions, mais elles doivent être accompagnées par des institutions comme l’Economic Development Board afin d’aider non seulement World Knits, mais aussi d’autres entreprises du secteur à retrouver une dynamique de croissance.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis qui fragilisent les entreprises textiles mauriciennes ?
Le premier défi reste le développement commercial et le marketing. Les entreprises doivent trouver de nouveaux marchés et renforcer leur compétitivité. Mais il y a aussi la question des coûts d’opération qui deviennent très lourds pour les industriels. Pour rester compétitives, les entreprises doivent investir davantage dans la mécanisation et les équipements modernes. 

Or, ces investissements coûtent cher, d’autant plus que les taux d’intérêt ont augmenté récemment avec la hausse du Repo Rate de 4,5 % à 4,75 %. Les entreprises doivent payer davantage d’intérêts sur leurs prêts, leurs facilités bancaires ou encore les discounted bills liés aux exportations. La productivité représente également un enjeu majeur. La performance des employés sur les sites de production est essentielle pour améliorer la compétitivité du secteur. 

Finalement, ce n’est pas un seul problème qui fragilise le textile mauricien, mais un ensemble de facteurs économiques, financiers et opérationnels qui se cumulent.

Quelles sont vos attentes concernant le Budget pour soutenir le secteur ?
Je pense que les mesures à prendre dépassent largement le seul secteur textile. Il faut réfléchir à une stratégie nationale. À mon avis, il est nécessaire de réduire les coûts d’opération de l’État et de trouver de nouvelles formules d’investissement pour stimuler l’économie. Le pays doit aussi s’ouvrir davantage à des secteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, les nouvelles technologies et d’autres activités à forte valeur ajoutée. L’industrie manufacturière reste importante, mais elle ne peut plus être l’unique moteur de développement.

Aujourd’hui, tout le monde parle de la dette publique et des difficultés économiques, mais il faut surtout développer un état d’esprit collectif. La réussite du pays ne dépend pas uniquement du gouvernement. Il faut une volonté commune entre les autorités, les entreprises et les travailleurs pour construire une relance durable. Maurice doit avancer avec une vision nationale et un véritable partenariat entre les différents acteurs économiques.


Les attentes des opérateurs dans le Budget 2026-27

À l’approche du Budget 2026-27, les opérateurs économiques du secteur textile expriment des attentes claires et urgentes face à un environnement jugé « de plus en plus contraignant ». Pour le président de la SME Chambers, Ajay Beedassee, la priorité est de soulager les entreprises, en particulier les PME, confrontées à une accumulation de charges fragilisant leur survie. Il appelle à une révision des coûts existants et à la mise en place de mécanismes de soutien plus efficaces. 

Selon lui, des subventions mieux ciblées sont indispensables pour permettre aux petites structures de maintenir leurs activités dans un contexte international difficile. « Cette guerre économique nous tue sans tirer une seule balle », illustre-t-il, pour décrire la pression constante subie par les opérateurs. Il estime que l’État doit renforcer son rôle protecteur, notamment envers les PME, qui disposent de marges de manœuvre limitées.

De son côté, Nitish Rama met l’accent sur la nécessité d’un repositionnement stratégique du secteur textile. Il plaide pour des mesures favorisant la modernisation des usines, l’adoption de nouvelles technologies et une transition vers un modèle plus durable et haut de gamme. « Maurice doit miser davantage sur la qualité, le ‘Made in Mauritius’ et le textile durable plutôt que sur la production de masse », affirme-t-il. Il propose également de s’inspirer de certains modèles internationaux, notamment celui de l’Inde, où des dispositifs d’incitation et de remboursement, tels que les ‘drawback’, soutiennent les exportateurs. Ces mécanismes, selon lui, améliorent la compétitivité des entreprises et renforcent leur stabilité financière. Il insiste sur la nécessité de faire du financement et de la restructuration du secteur textile une priorité nationale.

Pour sa part, Avinash Goburdhun espère le maintien du Trade Promotion & Marketing Scheme (TPMS) dans sa forme actuelle. Il estime que ce dispositif reste essentiel pour soutenir les efforts commerciaux des entreprises exportatrices. « Toute modification pourrait accentuer la prudence des opérateurs déjà confrontés à un climat économique incertain », dit-il.
 

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