Santé publique - Leptospirose : la Santé redoute une aggravation de la situation

Par Jean-Marie St Cyr
Publié le: 26 février 2026 à 09:16
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Leptospirose

Avec dix cas confirmés et déjà trois décès depuis le début de l’année, le ministère de la Santé met en garde. Les fortes pluies pourraient provoquer une hausse des infections, comme le rappelle le Dr Fazil Khodabocus.

Depuis le début de l’année, dix cas de leptospirose ont été confirmés à Maurice, avec trois décès à déplorer. Le ministère de la Santé reste en alerte, craignant une aggravation de la situation à l’issue des prochaines fortes pluies. « Maurice étant un pays tropical, c’est lors de la saison des pluies que la recrudescence de la leptospirose survient », souligne le Dr Fazil Khodabocus, directeur par intérim du service de santé.

La situation est similaire, voire plus préoccupante, chez nos voisins réunionnais, où 32 cas ont été recensés depuis janvier, dont 19 en janvier et 13 en février, avec un décès enregistré. À Maurice, le dernier patient recensé est actuellement à l’unité des soins intensifs de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Le Dr Khodabocus rappelle que lors du passage du cyclone Belal en 2024, 80 cas et 18 décès – dont 12 directement attribués à la maladie – avaient été enregistrés, tandis qu’en 2025, 41 cas et neuf décès avaient été rapportés. « La leptospirose est une maladie bactérienne grave avec un taux de mortalité qui peut aller jusqu’à 10 % », insiste-t-il.

La maladie est présente partout dans le monde et son principal vecteur est le rat, qui transmet la bactérie par son urine. Parmi les premiers symptômes figurent la fièvre, des frissons, des maux de tête ainsi que des douleurs musculaires et articulaires. Certaines complications graves peuvent toucher les reins, le foie, entraînant la jaunisse, ou encore les poumons.

« Il est important de consulter un médecin dès les premiers symptômes afin d’avoir les soins appropriés », rappelle le Dr Khodabocus. Il recommande de signaler le métier exercé et tout contact avec des rats pour faciliter le diagnostic. Le traitement repose sur des antibiotiques, à prendre rapidement sous prescription médicale, tout retard pouvant entraîner des complications.

Les personnes les plus à risque sont les travailleurs manuels : agriculteurs, éleveurs, éboueurs. « Il est important de prendre des précautions, comme porter des gants et des bottes, pour éviter le contact avec la bactérie présente dans l’eau ou sur des surfaces souillées par l’urine de rat », avertit le Dr Khodabocus. Il insiste sur le fait que tout le monde doit être vigilant : la bactérie peut se trouver sur une cannette de boisson, d’où la nécessité de la laver avant consommation. Les personnes avec une plaie ou une blessure sont particulièrement exposées, cette porte d’entrée permettant à la bactérie de pénétrer l’organisme.

Lors de la réunion multisectorielle du 23 février, le ministre de la Santé, Anil Bachoo, a annoncé des mesures visant à nettoyer toutes les localités et à prévenir la prolifération des rats, notamment aux abords des marchés et dans les caniveaux. Des protocoles de protection doivent être mis en place pour les travailleurs à risque, et toutes les institutions concernées sont appelées à collaborer. 

« Nous constatons que le problème est bien présent et peut prendre de l’ampleur, notamment pour ceux qui ont une petite plaie non soignée », rappelle le Dr Khodabocus. Le port d’équipements de protection et la bonne cicatrisation des blessures sont essentiels pour limiter la contamination.

Le directeur par intérim exhorte enfin la population à bien disposer de ses déchets et à s’assurer que les poubelles soient fermées afin de ne pas attirer les rongeurs. « Si on ne prend pas des précautions, cela va attirer les rats près des habitations », avertit-il. Un environnement propre et des fruits et légumes soigneusement lavés restent des gestes simples mais essentiels pour prévenir l’infection.


80 cas et 12 décès en 2024

Le nombre élevé de cas de leptospirose en 2024 est attribué au passage du Cyclone Belal. Au total, 80 cas ont été recensés, soit le double des 40 cas enregistrés en 2023. Douze décès liés à la maladie ont été rapportés au cours de l’année, avec une concentration marquée à Plaine Wilhems. Parmi les cas signalés en 2024, 73,8 % concernaient des hommes, contre 26,2 % de femmes.

Des cas ont été recensés dans tous les districts de Maurice. Les Plaines-Wilhems arrivent en tête avec 26 cas, soit près d’un tiers du total. Port Louis et Pamplemousses suivent avec 9 cas chacun, tandis que Savanne en compte 8. Rivière-du-Rempart et Flacq ont enregistré 7 cas chacun, et Moka, 6. Les chiffres les plus bas ont été observés à Grand-Port et à Black-River, avec 4 cas chacun.

La répartition géographique met en évidence une concentration plus importante des cas dans les régions densément peuplées et urbanisées, notamment dans les Plaines-Wilhems.

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Leptospirose-info
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Leptospirose
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Leptospirose
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Affiche Leptospirose
Glossaire
  • Anictérique : forme de la maladie sans ictère (sans jaunisse).
  • Ictère (jaunisse) : coloration jaune de la peau et du blanc des yeux due à un trouble du foie.
  • Hépatosplénomégalie : augmentation du volume du foie et de la rate.
  • Suffusion conjonctivale : rougeur des yeux causée par la dilatation des vaisseaux sanguins, sans écoulement purulent.
  • Pétéchies : petites taches rouges ou violacées sur la peau dues à de minuscules saignements.
  • Méningite aseptique : inflammation des membranes entourant le cerveau, sans infection bactérienne détectable.
  • Uvéite : inflammation d’une partie de l’œil pouvant provoquer douleur et troubles de la vision.
  • Maladie de Weil : forme grave de la leptospirose associant jaunisse, atteinte rénale et forte fièvre.

Une menace persistante sous pression climatique

Endémique dans les zones tropicales et tempérées, la leptospirose demeure une maladie préoccupante. Si la majorité des cas restent bénins, certaines formes sévères peuvent entraîner une défaillance multiviscérale et un risque élevé de mortalité en l’absence de traitement rapide.

La leptospirose est une zoonose causée par des spirochètes pathogènes du genre Leptospira. Ces bactéries en forme de spirale sont responsables d’une infection dont près de 90 % des cas sont asymptomatiques ou bénins, évoluant généralement favorablement. Toutefois, entre 5 % et 15 % des patients développent une forme grave, marquée par une défaillance de plusieurs organes et un taux de mortalité élevé en l’absence de prise en charge précoce, souligne l’Operational Plan Leptospirosis 2024 du ministère de la Santé.

La maladie est aujourd’hui considérée comme réémergente, en raison de l’évolution des groupes à risque, de l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des flambées, ainsi que de l’apparition de nouveaux sérovars prédominants.

À l’échelle mondiale, l’incidence est en hausse. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus d’un million de personnes sont touchées chaque année, avec un taux de mortalité supérieur à 10 %. Cette progression s’explique par des facteurs climatiques, sociodémographiques et environnementaux : le changement climatique, les inondations, la croissance démographique et l’urbanisation rapide, souvent associée à des conditions d’insalubrité comme une gestion inadéquate des déchets, ainsi que les activités agro-pastorales, contribuent à accroître les risques de transmission.

Les rongeurs constituent les principaux réservoirs de la bactérie dans la majorité des contextes, indique encore l’Operational Plan Leptospirosis 2024. L’infection touche également divers mammifères sauvages et domestiques, notamment les bovins, porcins, chiens, chevaux, moutons et chèvres, tandis que les chats sont rarement concernés. Les bactéries peuvent survivre plusieurs jours, voire plusieurs mois, dans des sols ou des eaux douces contaminés par l’urine d’animaux infectés.

La transmission à l’être humain survient principalement par contact avec de l’eau ou des sols souillés par de l’urine contaminée, comme les eaux d’inondation, étangs, rivières, ruisseaux ou égouts. L’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés, ainsi que le contact direct avec l’urine ou les fluides reproductifs d’animaux infectés, constituent également des modes de transmission.

Certaines catégories de personnes présentent un risque accru : agriculteurs, employés d’abattoirs, bouchers et travailleurs des égouts. Les amateurs de baignade en eau douce, les personnes pratiquant le jardinage, marchant pieds nus ou exposées fréquemment à l’eau dans un cadre récréatif figurent aussi parmi les groupes vulnérables.

L’Operational Plan Leptospirosis 2024 précise par ailleurs les mesures mises en place pour assurer la surveillance de la maladie. Dans la gestion de la leptospirose, une coordination étroite entre différents départements et ministères est jugée essentielle. Les dispositions à prendre ont été passées en revue lors d’une rencontre multisectorielle tenue au siège du ministère de la Santé le lundi 23 février, afin de s’assurer que toutes les collectivités locales — municipalités et conseils de district — prennent les mesures nécessaires pour assainir les zones propices à la prolifération des rats, notamment sous les ponts ou dans les drains.

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contamination Leptospirose

Signes et symptômes de la leptospirose

La leptospirose se manifeste le plus souvent par des formes bénignes, spontanément résolutives, voire asymptomatiques. Parmi les patients présentant des symptômes, la majorité développe une forme dite anictérique selon les informations de l’Operational Plan Leptospirosis 2024. La leptospirose anictérique est classiquement décrite comme une maladie biphasique. Elle débute par une phase aiguë, suivie environ une semaine plus tard d’une phase dite « immune ».

Durant la phase aiguë, les symptômes peuvent inclure de la fièvre, des frissons intenses (rigors), des douleurs musculaires (myalgies), des maux de tête, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, une toux sèche, des douleurs articulaires, des douleurs osseuses, des maux de gorge, des douleurs abdominales ainsi qu’une éruption cutanée.

Parmi les signes cliniques notables figurent une hépatosplénomégalie et une hyperémie conjonctivale – également appelée « suffusion conjonctivale », caractérisée par une dilatation des vaisseaux conjonctivaux sans écoulement purulent – ainsi que la présence de pétéchies. Au cours de la phase « immune », les patients peuvent présenter une méningite aseptique et/ou une uvéite.

La forme ictérique de la leptospirose survient dans environ 5 à 10 % des cas symptomatiques. Il s’agit d’une atteinte multisystémique à évolution rapide, associée à un taux de mortalité estimé entre 5 et 15 %. Elle se caractérise généralement par la présence de fièvre, d’ictère et d’insuffisance rénale. Cet ensemble de manifestations est connu sous le nom de « maladie de Weil ».

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contamination Leptospirose

 

 

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