Santé - patients agressifs : hôpitaux ligotés par l’ombre d’un protocole
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Un patient ligoté a mis le feu à son lit le 14 février à l’hôpital Jeetoo. Cet incident relance le débat sur l’existence d’un protocole officiel pour gérer les patients agressifs dans les hôpitaux régionaux.
Branle-bas de combat dans la soirée du 14 février à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Un patient « ligoté », car « agressif », admis pour une infection pulmonaire, a mis le feu à son lit en tentant de se libérer. Cet incident pose une question : existe-t-il un protocole concernant la contention de patients agressifs dans le service hospitalier ? Si le ministère de la Santé répond par l’affirmative, la Nursing Association conteste cette version.
La contention des patients agressifs est une « pratique courante » dans le service de santé publique, selon le Dr Tavisha Hemoo, Regional Health Director de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo : « La contention d’un patient est protocolaire si le patient est un danger pour lui-même ou autrui. Cette mesure est utilisée en dernier recours. »
Ce protocole est appliqué strictement sur prescription médicale du médecin traitant et/ou d’un psychiatre après un examen minutieux du patient. « Il existe un protocole bien établi au ministère de la Santé », affirme-t-elle. L’immobilisation du patient s’effectue avec du matériel adapté pour limiter les mouvements dangereux avec attache-poignets et attache-chevilles. « Tous les patients avec un historique agressif bénéficient d’un suivi psychiatrique et/ou psychologique sur recommandation de leur médecin traitant », ajoute la Dr Hemoo. Cette mesure n’est pas l’apanage des hommes. Elle a également lieu dans les salles des femmes, selon des infirmières. « Il arrive que les patientes veulent tout arracher », confie une infirmière qui n’a pas souhaité être citée. C’est sous les instructions du médecin traitant que ce genre de mesure est appliqué, dit-elle.
Une autre infirmière ajoute que cette mesure peut être prise quand les patients sont agités, avant qu’ils ne soient référés à un psychologue ou psychiatre. Dans certains cas, un sédatif est administré afin de les calmer.
Cependant, alors que le ministère parle de protocole bien établi, le président de la Nursing Association, Ram Nowzadick, conteste cette version. « Il n’y a pas de protocole officiel qui a été approuvé par le ministère de la Santé à cet effet », insiste-t-il, tout en faisant remarquer que les procédures sont claires au Brown Séquard Mental Health Care Centre pour les cas de behaviour disorder.
Une des deux infirmières interrogées confirme que le « physical restrain » n’est pas un protocole établi et ne figure pas dans la formation des infirmiers. Les patients violents sont normalement placés devant le Station Office des infirmiers pour une surveillance plus rapprochée car un « continuous monitoring » est important : « Les patients violents ont tendance à se cogner la tête. »
Ram Nowzadick souligne qu’il n’y a pas de « physical arrangement » dans les salles communes des hôpitaux où il y a plusieurs lits et patients, et où ces derniers sont exposés et peuvent être blessés par le comportement agressif de l’un d’eux. Le président de la Nursing Association précise que les infirmiers ne peuvent prendre sur eux-mêmes pour « restrain » un patient agressif, mais peuvent le faire s’il est confus, qu’il est difficile de le retenir pour lui administrer des médicaments intraveineux et autres traitements. Des « straps » sont alors utilisés dans ces cas précis. Mais cette pratique n’est pas possible en cas d’agressivité, souligne-t-il.
Et bien que les policiers affectés dans les hôpitaux puissent être appelés en renfort, ils ne peuvent pas toucher les patients. « Il n’y a aucun protocole ni du côté de la police ni du côté du personnel hospitalier qui stipule comment gérer un patient agressif et les mesures à prendre. Nous devons ‘deal’ avec du mieux qu’on peut. Et quand ce n’est pas possible, ce sont les infirmiers qui subissent cette violence », déplore Ram Nowzadick. Des infirmiers ont été blessés dans l’exercice de leur fonction, fait-il savoir.
Le président de la Nursing Association déplore que le ministre de la Santé se contente de condamner les cas d’agressions envers le personnel hospitalier sans que des mesures concrètes soient prises pour enrayer ce genre de problème. « Nous devons prendre en considération que dans les hôpitaux, ce ne sont pas seulement les patients qui sont agressifs mais aussi les membres du public qui les accompagnent », rappelle-t-il.
La Nursing Association est ainsi d’avis qu’un protocole devrait être établi et bien défini : comment aborder les patients qui deviennent agressifs durant leur hospitalisation, ce qu’un infirmier en charge doit faire pour protéger les membres de son personnel, et si le patient doit être transféré dans une autre institution.
À noter que le patient qui avait été admis des suites d’une infection pulmonaire et plusieurs autres comorbidités se porte mieux.