Mise à jour: 11 janvier 2026 à 08:11

Sa mère meurt au travail, le chauffeur s’en sort avec une amende : Satish Ramduth, le fils, réclame justice après ce verdict

Par Le Défi Plus
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Sossil Ramduth était une mère aimante pour ses quatre enfants. Les normes, selon le fils, n'avaient pas été respectées avec pour  conséquence le décès de sa mère.
Sossil Ramduth était une mère aimante pour ses quatre enfants. Les normes, selon le fils, n'avaient pas été respectées avec pour conséquence le décès de sa mère.

Cinq ans après la mort de sa mère, Satish Ramduth, 40 ans, n’a jamais surmonté sa douleur ni sa colère. Il peine à accepter le verdict rendu contre le chauffeur impliqué dans le décès de Sossil Ramduth, 60 ans, décédée le 4 mars 2020 dans un accident de travail à Princess Tuna.

Le 12 décembre 2025, la cour intermédiaire a condamné le chauffeur du camion, Raj Kamal Dawooky, âgé de 50 ans à une amende de Rs 100 000 et à une disqualification de son permis de conduire pour dix mois (voir encadré). Une peine que Satish Ramduth qualifie de profondément injuste. « Mo kont sa verdict-la. Eski Rs 100 000 kapav ranplas mo mama ? Eski so lavi val sa ? Li finn perdi so lavi akoz neglizans sa chauffeur-la ek so enfle », confie-t-il, le visage fermé, la voix chargée d’amertume.  

Cet habitant de La Tour Koenig, maintenance officer de profession, refuse de se taire. Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’un verdict, mais de la mémoire de celle qui fut le pilier de la famille. Trois jours après la décision de la Cour, soit le 15 décembre 2025, les proches ont écrit au Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me Rashid Ahmine, Senior Counsel, pour exprimer leur profond désaccord face à un verdict qu’ils estiment « clément et inapproprié ».

La famille souhaite que le DPP fasse appel de la sentence. Satish Ramduth affirme également que de nouveaux éléments et preuves pourraient être versés au dossier afin de pousser la justice à reconsidérer la décision rendue. « C’est uniquement le DPP qui peut contester ce verdict », dit-il, le cœur lourd. Il ajoute, par ailleurs, avoir tout le temps assisté au procès intenté au chauffeur de camion jusqu’au verdict.

Retour sur le jour du drame

Le 4 mars 2020 reste gravé dans sa mémoire comme si c’était hier. La veille encore, il avait vu sa mère, qui habitait à seulement quatre pâtés de maisons de chez lui. « L’accident s’est produit à 6 h 08. À 6 h 20, j’ai reçu un appel m’informant que ma mère était blessée et qu’il fallait se rendre à l’hôpital SSRN à Pamplemousses. On est arrivé vers 7 h 45, mais elle était déjà décédée », raconte-t-il, la gorge nouée.

Ce qui le hante encore, c’est que le véhicule de l’usine Princess Tuna Fishing (Mauritius) Ltd, au lieu de conduire sa mère à l’hôpital Dr A.G. Jeetoo, plus proche, aurait fait demi-tour pour l’emmener au SSRN à Pamplemousses, rallongeant inutilement ce trajet fatal.

Le même jour, Satish Ramduth se rend sur le lieu de travail de sa mère et demande à visionner les caméras de surveillance. Sa requête est refusée. Ce n’est que quatre ans plus tard, à la suite d’une démarche entreprise par son avocat de l’époque, Me Gavin Glover, Senior Counsel, que les images seront enfin visionnées.

Le rôle du chauffeur mis en cause

Selon son récit, le chauffeur du camion, Raj Kamal Dawooky, effectuait une marche arrière pour pénétrer dans l’enceinte de l’usine. Le bras mécanique du camion, destiné à ramasser des bacs d’ordures, aurait percuté un mur. Sossil Ramduth se trouvait juste derrière. Le mur et la porte en fer se sont alors effondrés sur elle. Coincée sous les décombres, elle sera extraite avant d’être transportée à l’hôpital, où elle succombera à ses blessures.

Pour Satish Ramduth, plusieurs négligences sont évidentes. L’aide-chauffeur aurait dû guider la manœuvre. Le chauffeur, lui, aurait dû attendre d’être complètement à l’intérieur de la cour avant d’actionner le bras mécanique. « Si chacun avait pris les précautions nécessaires, cet accident n’aurait jamais eu lieu », affirme-t-il. Autre élément soulevé est que le mur et la porte, selon lui, n’auraient pas été construits dans le respect des normes. « Si les normes avaient été respectées, le mur ne se serait pas effondré sur ma mère », insiste-t-il.

Une mère aimante, une vie brutalement fauchée

Sossil Ramduth laisse derrière elle quatre enfants, dont deux fils âgés de 40 et 41 ans et deux filles, 48 et 44 ans respectivement. Décrite comme une femme courageuse, travailleuse et aimante, elle était appréciée de tous. « Tout le monde l’aimait. On se voyait souvent. Parfois, je dormais chez elle, car elle vivait seule », confie Satish Ramduth, le benjamin de la famille.

Peu avant le drame, elle avait exprimé son désir de prendre sa retraite. Au lieu de goûter à une vie paisible, elle a trouvé la mort dans des circonstances que la famille qualifie d’« atroces ».

Une négligence à tous les niveaux

Pour les Ramduth, les responsabilités sont partagées, notamment l’entreprise Princess Tuna Fishing (Mauritius) Ltd, le chauffeur et son aide-chauffeur auraient tous failli à leurs obligations. Aujourd’hui encore, la famille peine à faire son deuil. La perte brutale de leur matriarche, qui était également leur principale source de soutien, combinée à un verdict jugé trop léger, rend la blessure encore plus profonde. 

« Ce que nous voulons, c’est une vraie justice pour notre mère. C’est seulement ainsi que nous pourrons enfin faire notre deuil », conclut Satish Ramduth.


Ce qui ressort du verdict

Le 20 mars 2023, le DPP a instruit un procès formel contre le chauffeur de camion, Raj Kamal Dawooky, devant la Cour intermédiaire pour homicide involontaire par imprudence, pour des faits survenus le 4 mars 2020 à l’usine Princess Tuna (Mauritius) Ltd, à Riche-Terre. Le 30 septembre 2025, la Cour a rendu un verdict de culpabilité après avoir entendu plusieurs témoins. Selon le médecin légiste de la police, Dr Prem Chamane, Sossil Ramduth est décédée d’un « shock due to multiple injuries ».

Le 12 décembre 2025, le chauffeur, habitant de Terre-Rouge, a été condamné à une amende de Rs 100 000 et à une disqualification de son permis de conduire pour tout type de véhicule pendant dix mois.


Ce que dit la Cour

La Cour affirme avoir pris en compte les circonstances aggravantes et la gravité de l’infraction. Elle souligne également la recrudescence des accidents mortels et le danger que représentent ces délits pour la population. Selon l’instance, l’intérêt public exige un signal fort, notamment que les conducteurs doivent faire preuve d’une responsabilité accrue et ne peuvent s’attendre à la clémence de la justice.

 


 

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