Publicité

Rétrocession des Chagos : Maurice confiant en un développement «très favorable bientôt»

Par Patrick Hilbert
Publié le: 4 June 2026 à 11:00
Image
Le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill retourne devant la House of Lords,
Le traité de rétrocession a été signé officiellement en mai 2025.

Maurice minimise le nouveau projet de loi britannique hostile à la rétrocession des Chagos et anticipe un développement « très favorable bientôt ».

Le gouvernement mauricien affiche sa confiance malgré l’introduction, au Parlement britannique, du British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill, dont la première lecture est prévue ce vendredi 5 juin 2026. Ce projet de loi est porté par des opposants à la rétrocession des Chagos à Maurice.

L’Attorney General, Gavin Glover, estime que cette initiative parlementaire a peu de chances d’aboutir avant la fin de la session britannique et y voit avant tout une manœuvre politique dirigée contre le gouvernement travailliste de sir Keir Starmer. « Le gouvernement mauricien reste confiant qu’il y aura prochainement un développement très favorable concernant le dossier des Chagos », a-t-il affirmé.

« Dans l’immédiat, le British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill a été inscrit à l’ordre du jour de la Chambre des Lords à la suite d’un tirage au sort et présenté par Lord Weir. Le projet de loi occupe la dixième position sur la liste, et sa première lecture est prévue ce vendredi. Il devra franchir plusieurs étapes parlementaires avant d’atteindre la phase finale du Royal Assent, nécessaire à son entrée en vigueur », a déclaré Gavin Glover.

Le texte, introduit à la Chambre des Lords par Lord Weir of Ballyholme, membre du Democratic Unionist Party (DUP), constitue une offensive parlementaire contre l’accord signé en mai 2025 entre Maurice et le Royaume‑Uni sur la rétrocession de l’archipel des Chagos. Le projet de loi vise notamment à réaffirmer la souveraineté britannique sur le British Indian Ocean Territory (BIOT), à « empêcher toute cession sans approbation explicite du Parlement britannique et du peuple chagossien », ainsi qu’à limiter tout transfert de fonds publics à Maurice sans validation parlementaire.

Mais pour le gouvernement mauricien, ce texte devra franchir un processus législatif complexe et potentiellement long. « Déjà, la Chambre des Lords doit procéder au vote après une troisième lecture. Ensuite, une fois cette étape franchie, le projet est transmis à la Chambre des communes, où les procédures reprennent », a expliqué Gavin Glover.

L’Attorney General rappelle que le précédent projet de loi en faveur de la souveraineté mauricienne avait lui aussi été ralenti au Parlement britannique, malgré un vote positif à la Chambre des communes.

« Il ne faut pas oublier que lorsque la Chambre des communes avait voté majoritairement en faveur du Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill, soutenant ainsi la souveraineté de Maurice sur les Chagos — par 330 voix contre 179 —, le texte, une fois transmis à la Chambre des Lords, avait fait l’objet d’un véritable ‘ping‑pong’ parlementaire, jusqu’à la fin de la session, sans pouvoir être adopté durant celle‑ci », a-t-il déclaré.

Manœuvre  politique

Selon Gavin Glover, le nouveau projet de loi pourrait connaître le même sort. « Le British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill, qui soutient la souveraineté britannique, doit suivre les mêmes procédures et il existe une forte probabilité qu’il n’aboutisse pas avant la fin de la session parlementaire », a affirmé l’Attorney General.

Au-delà de l’aspect procédural, Port-Louis considère également cette initiative comme une manœuvre politique des opposants au traité sur les Chagos conclu entre Londres et Maurice. « Il semble que ce Bill constitue une nouvelle tentative des adversaires de cet accord d’embarrasser le gouvernement travailliste de Starmer », a affirmé Gavin Glover.

Malgré les résistances rencontrées au Royaume-Uni, le gouvernement mauricien maintient publiquement son optimisme. L’introduction du British Sovereignty Protection (Chagos Islands) Bill intervient dans un contexte politique particulièrement sensible autour du dossier des Chagos. Bien que le traité de rétrocession ait été signé officiellement en mai 2025 entre Maurice et le Royaume-Uni, le processus de ratification britannique a ralenti en raison des oppositions internes au Royaume-Uni et des préoccupations stratégiques exprimées par certains responsables américains concernant Diego Garcia.

Le texte déposé à la Chambre des Lords est une proposition de loi d’initiative parlementaire (Private Member’s Bill). Ce type de projet de loi émane d’un parlementaire et non du gouvernement britannique lui-même. Les opposants à la rétrocession espèrent utiliser ce véhicule législatif afin d’accroître la pression politique sur le gouvernement Starmer.

Le projet insiste particulièrement sur la protection de la base militaire de Diego Garcia, utilisée conjointement par le Royaume-Uni et les États-Unis, ainsi que sur le principe d’autodétermination des Chagossiens.

Bancoult mène campagne pour Maurice à Londres

Parallèlement à cette bataille parlementaire, les tensions persistent également au sein de la communauté chagossienne. Depuis Londres, Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, a publié un communiqué détaillant la mission de sa délégation au Royaume-Uni. Il affirme que plusieurs parlementaires britanniques ont exprimé leur soutien à leur démarche diplomatique.

Dans cette déclaration intitulée « Diplomatic Success and Compassion vs. Parliamentary Intimidation : The Truth of Our London Mission », le Groupe Réfugiés Chagos évoque aussi des incidents survenus à Westminster impliquant des opposants à Olivier Bancoult.

Le communiqué affirme qu’un groupe mené notamment par Adam Holloway, ancien député britannique affilié à Reform UK, aurait tenté d’intimider la délégation chagossienne à l’intérieur même du Parlement britannique.

Selon le texte publié par le Groupe Réfugiés Chagos, les membres de la délégation auraient été suivis, filmés et confrontés dans un couloir après une réunion avec des parlementaires britanniques. Le communiqué rapporte également qu’Adam Holloway aurait déclaré à Olivier Bancoult : « If you want to return to Chagos, I can help you get there. »
Le Groupe Réfugiés Chagos affirme enfin qu’une campagne sur les réseaux sociaux cherche à discréditer sa mission diplomatique et à semer la division au sein de la communauté chagossienne.

Dans ce contexte, le dossier Chagos continue de se jouer autant sur le terrain diplomatique que dans les institutions parlementaires britanniques, alors que Maurice affirme rester confiante quant à l’issue finale des négociations engagées avec Londres.

Quelle est votre réaction ?
0
0
Publicité
À LA UNE