Recettes fiscales : le pari de Rs 235,5 Md pour réduire le déficit
Par
Fabrice Laretif
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Fabrice Laretif
L’augmentation des recettes de l’État constitue l’un des principaux leviers sur lesquels repose la stratégie budgétaire du gouvernement pour l’exercice 2026-27. Dans un contexte marqué par la nécessité de réduire les déficits et de contenir l’endettement public, les autorités misent sur une progression significative des revenus fiscaux afin de rétablir l’équilibre des finances publiques.
Cette orientation trouve un écho dans les conclusions préliminaires du Fonds monétaire international (FMI) au titre de l’Article IV consacré à Maurice. L’institution prévoit une amélioration des finances publiques au cours de l’exercice 2025-26. Le déficit budgétaire primaire, hors subventions, devrait ainsi reculer à 3,5 % du PIB, contre 6,5 % l’année précédente. Selon le FMI, cette évolution s’explique notamment par une hausse des recettes publiques, soutenue entre autres par la contribution équitable. Toutefois, les dernières estimations des revenus de l’État demeurent inférieures d’environ Rs 20 milliards aux projections initiales, soulignant les défis qui persistent en matière de mobilisation des ressources fiscales.
Lors de la présentation du Budget 2026-27, le Premier ministre et ministre des Finances, le Dr Navin Ramgoolam, a rappelé la nécessité de renforcer les recettes tout en maîtrisant les dépenses. « Lorsque les dépenses dépassent les recettes, les déficits s’aggravent, les emprunts augmentent et la dette s’alourdit », a-t-il déclaré.
Pour l’exercice 2025-26, les recettes totales devraient atteindre Rs 203,6 milliards, contre des dépenses estimées à Rs 250,1 milliards. Le déficit budgétaire s’établirait ainsi à Rs 46,5 milliards, soit 6 % du PIB. Pour 2026-27, le gouvernement table sur des recettes de Rs 235,5 milliards, incluant les revenus liés aux îles Chagos, tandis que les dépenses atteindraient Rs 266,7 milliards. Le déficit budgétaire serait alors ramené à 3,7 % du PIB.
Les chiffres des revenus récurrents illustrent cette trajectoire. Les estimations révisées pour 2025-26 s’élèvent à Rs 203 milliards. Elles devraient progresser à Rs 234 milliards en 2026-27 avant d’atteindre Rs 237 milliards en 2027-28. Cette hausse attendue repose notamment sur plusieurs mesures fiscales annoncées dans le budget.
Qu’en disent les analystes ? Dans leur « budget debrief », certains arguent que l’effort de consolidation budgétaire se traduit également par une réforme des dépenses publiques. Anthony Leung Shing, Deputy Regional Senior Partner et Country Senior Partner chez PwC Mauritius, souligne que le budget comporte des mesures importantes en faveur de l’assainissement des finances publiques. Il cite en particulier la réforme des retraites et l’introduction du nouveau régime de retraite d’État. Selon lui, les dépenses liées aux retraites devraient diminuer de près de 12 % pour atteindre Rs 68,1 milliards d’ici 2028 par rapport à l’ancien système, contribuant ainsi à la viabilité budgétaire.
Du côté fiscal, certains observateurs notent que l’augmentation des recettes repose principalement sur une contribution accrue des contribuables et des entreprises. Fazeel Soyfoo, Senior Partner Tax chez Andersen, estime que le budget traduit les effets de l’assainissement budgétaire engagé par le gouvernement. Il observe cependant que les nouvelles mesures se traduisent par une hausse de la pression fiscale et des coûts, particulièrement pour les employeurs et le secteur des entreprises internationales. Selon lui, les conséquences de ces choix pourraient se manifester à travers les décisions d’investissement, de recrutement ou d’implantation des entreprises.
Même constat chez Dheerend Puholoo, Partner and Tax Leader chez PwC Mauritius. Il relève que le gouvernement a choisi de préserver ses recettes sans augmenter la TVA. Si cette approche sollicite davantage les contribuables disposant d’une plus grande capacité contributive, il s’interroge sur la capacité de l’économie à absorber ces nouvelles mesures tout en maintenant la confiance des investisseurs.