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Rama Poonoosamy : «Les responsabilités dans cette crise sont partagées»

Par Le Dimanche /L' Hebdo
Publié le: 22 mars 2026 à 11:00
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Rama Poonoosamy

Ancien militant du MMM, Rama Poonoosamy revient sur une crise qu’il juge distincte des précédentes. Entre divergences internes, leadership contesté et choix de rester au gouvernement, il évoque des responsabilités partagées et une possible fin de cycle politique.

Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui au MMM, Rama Poonoosamy remonte au commencement. Le 12 septembre 1969, au rond-point de Saint-Jean à Quatre-Bornes, une manifestation anti-princesse Alexandra marque la naissance d’un mouvement. Des jeunes marxistes, des chômeurs, des travailleurs, des intellectuels — tous portés, dit-il, par un élan « anti-capitaliste et anti-néocolonialiste » qui allait transformer durablement le paysage politique mauricien.

Depuis, le parti a traversé plusieurs crises. « Les plus marquantes ont occasionné des cassures », rappelle-t-il. « En 1973, scission du MMM-SP, en 1983, scission du MSM, 1993, scission du RMM. C’était souvent des choix politiques irréconciliables, doublés parfois de problèmes d’ego. » Il note également qu’en 1997, lors de la rupture de l’alliance PTr-MMM, « il n’y avait qu’un député, Dr Rashid Beebeejaun, qui était resté avec le Parti travailliste dans le gouvernement. »

Pour autant, Rama Poonoosamy refuse de réduire la crise à une simple rupture. « En politique, comme en toute chose, les divergences existent et le débat est un signe de bonne santé démocratique », dit-il. Il rappelle que durant la riche histoire du MMM, « des contestations ont parfois mené au rejet de propositions de la direction du parti et même au renversement de décisions prises ».

Aujourd’hui, la configuration est différente. Seize élus sur dix-huit ont choisi de rester au gouvernement. Paul Bérenger a démissionné de son poste de Deputy Prime Minister. « Dans le cas présent, une majorité s’est exprimée pour dire qu’ils vont rester au gouvernement et que l’alliance du Changement ne soit pas rompue », constate Rama Poonoosamy. « Il y a une seule députée qui est de son côté, Joanna Bérenger. »

Sur les réseaux sociaux, le mot « trahison » circule. Les références à Brutus et à César ont fleuri. Rama Poonoosamy refuse ce registre. Il commence par rappeler le poids historique de Paul Bérenger — « l’un des fondateurs du MMM et le seul qui soit toujours à la direction » — qui a « beaucoup fait pour le MMM, la GWF et le pays et l’océan Indien ». 

Il évoque sa contribution à tous les manifestes électoraux depuis 1970, son rôle dans la construction des alliances successives : dès 1974, il proposait Anerood Jugnauth comme éventuel leader de l’opposition et « shadow Prime minister » ; en 1993, il proposa l’alliance avec le PTr et Navin Ramgoolam « comme leader de l’opposition et éventuel PM ».

Mais il ajoute aussitôt : « Comme tout être humain, il a aussi ses défauts et ses faiblesses ». Il évoque cette habitude, rapportée par des proches du parti, « d’encenser des personnes qu’il n’hésitera pas ensuite à insulter, dont des membres du BP ou des ministres ». 

Et d’observer : « Certains militants et obser-vateurs politiques s’étonnent du manque d’élégance ou de l’attitude assez hostile de certains ministres du MMM vis-à-vis de leur ex-leader. » Rama Poonoosamy cite Saint-Exupéry : « Il n’y a de luxe que les relations humaines. » 

Puis, il tranche : « Il ne sert à rien d’être excessif. Dire, par exemple, que Rajesh Bhagwan et les autres sont des traîtres, ou que Paul a vendu le peuple après le 60-zéro, n’est pas correct. Je constate que chacun a ses raisons et que la majorité au sein des instances du MMM opte pour la continuité au sein du gouvernement. »

« Rester constructif »

Pour ceux qui ont fait ce choix, une exigence demeure, selon lui : « Même quand on reste au gouvernement, il faut garder l’esprit critique et constructif, tenir compte de certaines choses que Bérenger dénonçait et essayer d’améliorer la situation ». Une situation rendue « encore plus difficile avec ce qui se passe au niveau international, particulièrement la guerre au Moyen-Orient ».

Sur la question des responsabilités, Rama Poonoosamy ne désigne personne. « Les responsabilités dans la crise actuelle sont certainement partagées entre Bérenger et les autres dirigeants du MMM », afffirme-t-il. 

Il pose deux questions qu’il laisse en suspens : « Navin Ramgoolam a-t-il joué un rôle dans tout cela ? Ou alors certains cachent-ils bien leurs intérêts ? »

Fin d’un cycle biologique et politique naturel ? À cette question, il répond : « L’avenir nous le dira. »

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