Rajen Valayden, journaliste et observateur : «Le ‘koltar’ sera très chaud pour ceux qui ont trahi»
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Le Dimanche /L' Hebdo
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Face aux tensions internes qui secouent le MMM, Rajen Valayden, journaliste et observateur, analyse une rupture inédite entre leader et élus. Il évoque une transformation du fonctionnement politique, marquée par des intérêts divergents et une perte de repères idéologiques.
Historiquement, au MMM, c’est la minorité qui partait. Aujourd’hui, c’est le leader qui se retrouve seul face à son groupe parlementaire. Sommes-nous face à une scission classique ou à un changement de paradigme total ?
La notion de leader au sein des partis politiques favorise l’autorité d’un individu à qui les partisans ont confié une vision, ainsi que sa réalisation. Ce pouvoir dépasse largement la simple gestion hiérarchique et il est souvent pérennisé par le charisme, ainsi que par des manœuvres parfois rocambolesques.
Je me souviens du magazine L’histoire d’un combat 1969 - 1983, avec en couverture un Paul Bérenger en blouson de cuir, le visage ensanglanté, marchant au milieu de ses partisans. C’est un « branding » qui a quand même tenu plus de 40 ans, surtout avec cette phrase mythique dans l’avant-propos : « Le passé est le phare qui éclaire l’avenir. » Une phrase devenue un refrain à chaque cassure ou départ.
L’histoire du MMM n’est pas composée uniquement de « combats », mais c’est aussi une histoire de multiples trahisons. Les dissidents ont tous appris de leur maître et chaque trahison confirme ma pensée que la politique est d’abord un sport très violent.
Que Bérenger parle ou décide de se taire, les révélations vont pleuvoir»
On a longtemps parlé du centralisme démocratique au MMM. La virulence des élus, cette semaine, est-elle le signe d’une libération de la parole ou d’une perte de contrôle définitive de la direction ?
Il ne faut surtout pas croire que cela s’applique uniquement au MMM. Depuis les années 90, il y a eu un accaparement des partis politiques, où l’on a favorisé une adulation excessive des leaders, voire un culte de la personnalité dont les partis sont devenus prisonniers.
Ceci dit, il existe une strate invisible : celle des bailleurs de fonds. Ce sont eux qui dictent très souvent la posture adoptée par les dirigeants des partis.
Les élus invoquent la stabilité du pays pour rester en poste. Dans la culture politique mauve, peut-on vraiment dissocier la loyauté envers le gouvernement de la loyauté envers le leader ?
D’abord, accordons-nous sur le fait que ce qui se passe en interne dans les partis politiques ne regarde que leurs membres. Mais, vu que cela impacte la gestion de l’État et les prises de décision, on a quand même le droit de se poser des questions.
C’est connu que je n’ai jamais été tendre envers Paul Bérenger et j’avoue ne lui avoir jamais accordé mon vote. Mais cela ne m’empêche pas d’être juste envers lui. Les justificatifs des dissidents sont absolument burlesques ! Il n’y a aucun intérêt national qui tienne. Ce sont uniquement des intérêts pécuniaires de mercenaires.
En janvier de cette année, dans un restaurant à Quatre-Bornes, un ministre me parlait de cette mafia qui ronge le gouvernement. Le samedi 7 mars 2026, j’ai croisé un autre élu mauve à Ébène et il m’a fait part de son amertume. Il disait ne plus pouvoir continuer au sein de ce gouvernement. Pire, il a tenu des propos acerbes à l’encontre de deux ministres MMM en ajoutant : « Fer pitie se ki MMM inn devini. »
Cette soudaine imposture assombrit davantage toute lueur d’une politique saine et cette pestilence donne malheureusement raison aux jeunes qui se tiennent à l’écart de la chose politique.
L’histoire du MMM n’est pas composée uniquement de ‘combats’, mais aussi de multiples trahisons»
Qu’est-ce qui va se jouer réellement au bureau politique (BP) mauve de lundi ?
Avec un peu de lucidité, on se rend compte que les 16 élus du MMM ont eu tort de condamner Paul Bérenger pour le non-respect de la décision du Comité central. Dans un État de droit et souverain, cette instance peut uniquement se prononcer sur la direction du parti et non sur des individus.
Paul Bérenger est libre de sa personne et son choix de démissionner comme adjoint au Premier ministre ne revient qu’à lui seul. Cet empressement à le condamner a entraîné une vague de sympathie en sa faveur.
Les militants, les vrais, ont quitté le MMM depuis belle lurette et ce n’est pas avec Jeetun et Meea qu’ils vont se rallier. Déjà, je peux vous dire que le « koltar » sera très chaud pour ceux qui ont trahi.
Quoi que fasse le BP du MMM, l’association avec cette fameuse « bande des cinq » (qui est en réalité plus d’une douzaine) est un arrêt de mort certain. Que Bérenger parle ou décide de se taire, les révélations vont pleuvoir.