Prof Khalil Elahee, président de l’EEMO : «La présente crise pétrolière est pire que la pandémie»

Par Eshan Dinally
Publié le: 14 mars 2026 à 13:00
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Les grands clients du CEB sont invités à adopter le virage de la transition énergétique, notamment solaire.
Une installation massive de panneaux photovoltaïques sur les toitures est une solution.

La guerre au Moyen-Orient ravive le spectre d’un choc pétrolier mondial, avec des répercussions potentiellement sévères pour Maurice. Pour le Prof Khalil Elahee, président de l’Energy Efficiency Management Office (EEMO), la situation actuelle est même « pire que la pandémie », car elle menace directement l’approvisionnement énergétique du pays. Entre flambée des prix, risque de rupture et pression sur l’économie, l’île est appelée à renforcer sans tarder sa résilience.

Le Prof Elahee fait ressortir que, dans le passé, les gens parlaient souvent de « crise énergétique » lorsque ce n’était pas le cas. « C’étaient plutôt des risques conjoncturels, comme celui de délestage que nous avons vu récemment. Dieu merci, il n’y en a pas eu grâce au système d’alerte et surtout à la participation citoyenne, comme celle du secteur privé, dans la sobriété énergétique », dit-il. Or, avec la guerre au Moyen-Orient, il prévient que nous sommes dans une situation comparable à 1973, avec le premier choc pétrolier. « C’est pire que la pandémie, car la fourniture peut être interrompue avec un bouleversement sans précédent sur toutes les sphères économiques, comme sur le quotidien », affirme-t-il.

À son avis, une installation massive de panneaux photovoltaïques sur les toitures, laissant les terres pour la sécurité alimentaire, est une solution. Cela, avec des batteries de stockage dont les prix ont baissé de plus de 90 % depuis 2010. « Les secteurs commerciaux et industriels ont intérêt à accélérer leur transition énergétique, pas uniquement à cause de la crise, mais parce que c’est dans leur intérêt financier pour l’avenir. Pour le secteur domestique, des subventions seront nécessaires, mais à long terme, ce sera dans l’intérêt du pays en termes de résilience », préconise-t-il.

Pour le Prof Elahee, il est insensé d’aller vers les photovoltaïques avec des batteries pour ensuite gaspiller et être inefficace dans l’usage de l’énergie. « C’est pourquoi le gouvernement a raison de prolonger la campagne nationale d’économie et d’efficacité énergétique, mais pas uniquement pour agir entre 6 heures et 21 heures », déclare-t-il.

L’Energy Efficiency Management Office (EEMO), poursuit-il, fait un re-design des messages et des mesures recommandées afin de réduire la demande en énergie partout, le soir comme le jour. « Cela n’empêche pas que, si la guerre se poursuit, il pourra y avoir ici, comme partout dans le monde, un rationnement non seulement d’énergie mais aussi de denrées.

Ce n’est pas une fatalité, même si c’est une ‘last resort action’. Nous n’en sommes pas là, et la ‘response’ de la population durant la campagne de sobriété énergétique nous laisse espérer que la solidarité dans les temps durs est une épreuve que nous saurons surmonter ensemble », soutient-il.

Le Prof Khalil Elahee fait ressortir que si le coût du fioul pour le CEB est deux ou trois fois plus cher à moyen et à long termes, il faudra voir si la supply chain des biocarburants pour La Réunion ne pourra pas être une solution envisageable. « Jusqu’ici, l'île sœur est plutôt épargnée par la crise énergétique, et nous devons chercher à apprendre d’elle, ou tout au moins mieux collaborer avec elle, car nous avons les mêmes contextes. Avec le prix du pétrole à un taux record, et surtout pas disponible, il faut explorer cette possibilité », lance-t-il.

Dans un monde de plus en plus instable, le message de Khalil Elahee est limpide : Maurice ne peut plus se contenter de gérer l’urgence. Il faut désormais penser résilience, sobriété et transition avant qu’une crise mondiale ne frappe de plein fouet l’île.

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