Mise à jour: 21 janvier 2026 à 17:14

Parvez Dookhy : «Le temps perdu sur les Chagos profite toujours au plus puissant»

Par Sharone Samy
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Parvez Dookhy est d’avis que le retard sur le dossier des Chagos affaiblit la position de Maurice.

Pour Parvez Dookhy, la sortie de Donald Trump sur Diego Garcia, aussi brutale soit-elle dans sa forme, ne relève ni de l’imprévu ni d’un accident diplomatique. Elle s’inscrit, selon lui, dans une trajectoire parfaitement lisible pour quiconque observe avec sérieux les rapports de force internationaux. « Cette réaction était annoncée », affirme-t-il, rappelant qu’il avait, dès octobre 2024, alerté sur le fait que le retour de Donald Trump sur la scène présidentielle américaine constituerait un verrou politique majeur, voire déterminant, à toute dynamique de rétrocession effective des Chagos.

Dans ce contexte, Parvez Dookhy avocat en droit constitutionnel, se montre particulièrement critique à l’égard de la gestion du dossier par le nouveau gouvernement mauricien. Selon lui, le trio formé par Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et l’Attorney General Gavin Glover a fait preuve d’une légèreté stratégique préoccupante. « Au lieu d’agir avec célérité et lucidité, un temps stratégique irremplaçable a été laissé s’écouler, sans que l’opportunité ne soit saisie lorsqu’elle se présentait », fait-il ressortir. Il rappelle qu’en matière de souveraineté et de diplomatie internationale, le facteur temps n’est jamais neutre. « Le temps est une arme, et il profite toujours au plus puissant », fait-il ressortir.

Parvez Dookhy considère que, par calculs politiciens, le gouvernement a cherché à construire un récit interne, laissant croire à l’opinion publique qu’une « nouvelle négociation » serait menée sous son autorité. Une stratégie qu’il juge coûteuse. Ce délai aurait permis, selon lui, à l’opposition britannique de se structurer et de durcir son discours, tout en offrant à Donald Trump l’espace politique nécessaire pour s’opposer frontalement au processus.

L’observateur rappelle qu’en octobre 2024, le gouvernement britannique dirigé par Keir Starmer bénéficiait encore d’un état de grâce politique certain. « Les conditions étaient alors réunies pour faire accepter, y compris à l’opinion britannique, une décision sensible sur les Chagos », souligne-t-il. Or, cette fenêtre d’opportunité n’a pas été exploitée. Il parle d’un manque de vision d’État et d’un amateurisme stratégique qui auraient conduit à laisser passer ce moment décisif.

Aujourd’hui, la donne a changé. Le gouvernement Starmer est fragilisé, contesté sur le plan interne et, selon Parvez Dookhy, privé de l’autorité politique nécessaire pour imposer une décision aussi lourde que la rétrocession des Chagos face aux résistances internes et aux pressions internationales. « L’Histoire est implacable en matière de souveraineté. Elle ne pardonne ni l’hésitation ni la confusion entre communication politique et stratégie internationale », conclut-il, estimant que cette occasion manquée pourrait ne jamais se représenter.

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