Mise à jour: 12 janvier 2026 à 10:54

Olivier Bancoult : «Une véritable trahison envers le peuple chagossien et l’État»

Par Sharone Samy
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Olivier Bancoult, figure historique de la lutte chagossienne et Gavin Glover, Attorney General.
Olivier Bancoult, figure historique de la lutte chagossienne et Gavin Glover, Attorney General.

L’initiative de Misley Mandarin, appelant le président américain Donald Trump à bloquer l’accord entre le Royaume-Uni et Maurice sur la rétrocession des Chagos, continue de provoquer de vives réactions. Relayée par la presse britannique, cette démarche marque un nouveau tournant dans un dossier déjà sensible, ravivant au passage de profondes divisions au sein de la lutte chagossienne.

Figure historique de ce combat, Olivier Bancoult n’a pas hésité à qualifier cette initiative de « véritable trahison », non seulement envers le peuple chagossien, mais aussi envers l’État mauricien. Il a pris connaissance de cette affaire par la presse britannique et estime que cette action montre un manque de respect pour une lutte qu’il qualifie de « noble », menée pendant des décennies pour dénoncer une injustice historique.

« Misley Mandarin se proclame first minister du peuple chagossien, mais sous quelle instance ? », s’interroge Olivier Bancoult. « Pour moi, c’est une trahison envers le peuple chagossien et leurs droits. » Il rappelle que le Groupe Réfugiés Chagos a conduit une lutte de longue haleine afin d’obtenir réparation pour l’exil forcé des Chagossiens, conséquence directe de la décision britannique de permettre l’installation de la base militaire de Diego Garcia. « Le monde sait que pendant de nombreuses années, le Groupe Réfugiés Chagos a mené une lutte de longue haleine pour réparer l’injustice qui a été commise par les Anglais envers notre peuple », souligne-t-il.

Action désespérée

Olivier Bancoult met également en avant les avancées obtenues sur le plan international. Il rappelle que la Cour internationale de justice a reconnu le caractère illégal du démantèlement de l’archipel et de sa séparation de Maurice. « La Cour internationale de justice a même reconnu cette maldonne et pourtant aujourd’hui nous voyons certains prêts à vendre cette lutte. C’est une action désespérée », déplore-t-il. Il se dit inquiet des conséquences de telles démarches, estimant qu’elles portent préjudice à la crédibilité de la cause chagossienne. « J’espère que ceux autour de lui verront à quel point ses actions portent préjudice au peuple chagossien », ajoute-t-il.

Du côté des autorités mauriciennes, la réaction est tout aussi ferme. L’Attorney General, Gavin Glover, s’est montré particulièrement critique face à cette initiative. « J’ai lu l’article et je ne suis évidemment pas surpris par ce que certains Chagossiens basés à Londres sont prêts à faire pour que Maurice perde sa souveraineté sur les Chagos. Ce sont des personnes qui ne sont clairement pas des patriotes », a-t-il déclaré.

Gavin Glover a également exprimé son scepticisme quant à l’impact réel d’un tel appel auprès des autorités américaines. « Je ne sais pas comment la Maison-Blanche réagira à une telle demande, qui me paraît pour le moins farfelue », a-t-il ajouté. L’Attorney General s’est toutefois voulu rassurant sur l’avenir de l’accord conclu avec Londres. « Nous restons confiants que l’accord que nous avons avec la Grande-Bretagne, et qui a également été accepté par les États-Unis, restera en place. Nous attendons la ratification du traité dans les mois à venir », a-t-il affirmé.

Fracture persistante

Cet épisode met en lumière une fracture persistante au sein de la lutte chagossienne, entre une approche institutionnelle axée sur la souveraineté et la reconnaissance internationale, et des initiatives individuelles jugées contre-productives par une partie des acteurs historiques et par l’État mauricien. À l’approche de la ratification du traité, la sortie de Misley Mandarin ravive ainsi les tensions et pose une question centrale : comment préserver l’unité d’un combat historique au moment même où celui-ci semble toucher à une étape décisive ?

Pour Olivier Bancoult, la réponse est sans ambiguïté : la lutte chagossienne ne peut se permettre d’être fragilisée de l’intérieur. À ses yeux, toute tentative de remise en cause du processus de rétrocession revient à compromettre des décennies de combat et à affaiblir la quête de justice du peuple chagossien.
 

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