Nouvel An Chinois : la ferveur au rendez-vous de l’année du Cheval de Feu
Par
Le Défi Quotidien
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Les Mauriciens d’origine chinoise célèbrent ce mardi l’entrée dans l’année du Cheval de Feu. Entre rituels ancestraux, dîners familiaux et ferveur spirituelle, les festivités marquent un renouveau placé sous le signe de la liberté.
Ce mardi 17 février, la communauté chinoise est en fête pour célébrer le passage à la nouvelle année, placée sous l’égide du « Cheval de Feu ». Les festivités liées à la « Fête du Printemps » ont été lancées dès hier, le 16 février, avec le traditionnel « dîner du réveillon », et elles battent leur plein tout au long de cette journée de mardi.
L’astrologie chinoise place cette nouvelle année sous l’égide du « Cheval de Feu ». Véritable incarnation de la « liberté », de « l’enthousiasme » et de « l’indépendance », le Cheval est un signe qui privilégie la vitesse et les grands espaces, fuyant la stagnation. Afin de célébrer ce cycle nouveau, les festivités de la Fête du Printemps ont été lancées il y a déjà plusieurs semaines.
D’après Ah Kwet Li Kwong Ken, ex-président de la Chambre de Commerce Chinoise, le cycle des célébrations a été lancé le 21 décembre dernier avec le Dongzhi.
À cette occasion, les fidèles se sont rendus à la pagode pour un temps de recueillement et de gratitude. Par le biais d’offrandes rituelles, chacun a tenu à témoigner sa reconnaissance envers la divinité pour les vœux exaucés durant l’année écoulée.
« La tradition veut qu’en ce jour on mange une soupe de boulettes de riz », précise Ah Kwet Li Kwong Ken. L’effervescence commence bien avant le jour J. Quelques semaines avant le Nouvel An, les familles s’attellent au grand nettoyage de la maison, à la confection des gâteaux traditionnels et à l’achat de vêtements neufs. Puis, le 16 février, veille de la fête, les rituels s’intensifient dès l’aube.
« La veille de la fête revêt une grande importance », explique Ah Kwet Li Kwong Ken. « Dès le matin, on se rend à la pagode pour remercier le Bon Dieu et rendre hommage aux ancêtres avec des offrandes, qu’elles soient végétariennes ou non. Poulet, fruits, biscuits, viande, gâteaux... tout cela varie d’une personne à l’autre. Ensuite, on fait sonner les pétards ».
Le point d’orgue de cette journée reste le grand dîner du réveillon, moment sacré qui rassemble toute la famille. La table est alors couverte de mets symboliques : poulet à la vapeur, abalone, concombre de mer, ou encore porc agrémenté de « teokon » et de graines de riz rouge. On y déguste également du brède fricassé, du chopsuey et la traditionnelle soupe d’aileron de requin. Pour clore ce festin, les convives savourent en dessert les incontournables « gâteaux la cire » et le Thu Chong Gao et partagent le « fung pao ».
Ce dîner est bien plus qu’un repas, c’est un véritable lien social. « C’est un grand festin que nous préparons nous-mêmes, et toute la famille se réunit ce jour-là », confie Ah Kwet Li Kwong Ken. « Nous travaillons toute l’année et n’avons pas souvent l’occasion de rencontrer nos proches. C’est vraiment le moment fort des retrouvailles. »
Il nuance toutefois en précisant qu’aujourd’hui, de nombreuses familles cèdent à la modernité et préfèrent se retrouver au restaurant pour ce réveillon.
Ensuite, traditionnellement, selon l’horoscope de la personne, on demande à la pagode l’heure idéale pour faire éclater les pétards. « Mais de nos jours, les choses ont évolué. Les gens choisissent eux-mêmes l’heure qui leur convient le mieux. Cependant, beaucoup respectent encore la tradition. »
Selon la tradition, le matin du Nouvel an, une bougie est allumée accompagnée de rituels religieux et de prières. Ensuite, nos compatriotes de foi chinoise se rendent dans les pagodes pour des prières. Ce premier jour du Nouvel an est placé sous le signe de la pureté : aucune viande n’est consommée et le végétarisme est de rigueur. Dès le réveil, la tradition conseille de débuter la journée par un petit-déjeuner sucré.
Au déjeuner, les plats végétaux sont à l’honneur, avec en pièce maîtresse le « Lon Hon Choy », un mets délicat élaboré à partir de vermicelles de riz transparents et de champignons. Pour conclure ce repas, on sert le « Lian Zi », un dessert symbolique composé de graines de lotus, de pétales de lys et de jujubes rouges.
Les mœurs évoluent également avec le temps. Si, autrefois, les familles restaient strictement chez elles en ce jour sacré, Ah Kwet Li Kwong Ken souligne qu’aujourd’hui, les habitudes ont changé : les gens sortent volontiers et profitent de l’occasion pour se rendre à l’hôtel ou participer à diverses activités.
Les célébrations de la Fête du Printemps se prolongeront ainsi pendant 15 jours, pour s’achever en apothéose avec la célèbre Fête des Lanternes.
Pour Jeffrey Ip, la Fête du Printemps est bien plus qu’une simple date sur le calendrier : c’est un rendez-vous sacré placé sous le signe de la transmission. Au cœur de ces célébrations, le dîner du réveillon demeure l’événement incontournable, une parenthèse de générosité après des mois de travail acharné.
« C’est le moment où l’on se rassemble pour partager un festin d’exception. Nous accordons une importance capitale à ce grand dîner, où les mets les plus raffinés sont à l’honneur. Nous tenons à respecter nos traditions aussi fidèlement que possible », confie-t-il.
Ce mardi 17 février, l’ambiance change mais l’esprit reste le même. C’est dans un campement que toute la famille a choisi de se réunir pour vivre cette première journée du Nouvel An. Bien que le menu soit marqué par le jeûne rituel, l’essentiel est ailleurs.
« En ce jour de fête, nous pratiquons le jeûne, mais l’important est de se retrouver. Cette célébration est avant tout celle des liens du sang. La Fête du Printemps, c’est l’essence même de la famille », conclut Jeffrey Ip.
Christianne Y fait partie de ceux pour qui la tradition est un héritage précieux qu’il convient de préserver avec soin. Fidèle à ses coutumes, elle s’est rendue à la pagode dès hier matin pour accomplir ses rituels de gratitude.
« Comme chaque année, j’ai procédé hier matin aux rituels pour remercier le Ciel et la Terre. Mes offrandes sont orientées vers le soleil levant », explique-t-elle. Pour l’occasion, elle avait dressé une table richement décorée : fruits, douceurs sucrées, mais aussi poulet, porc et poisson. « C’est un moment pour remercier pour l’année écoulée, tout en demandant protection et bénédiction pour l’année à venir », souligne-t-elle.
Après cette matinée solennelle, place aux réjouissances : la soirée a été consacrée au grand dîner du réveillon, un moment de partage intense autour d’un repas fastueux avec toute sa famille.
Ce mardi 17 février, le cycle spirituel se poursuit. Christianne Y commence les prières chez elle le matin et retourne à la pagode pour prier pour les ancêtres, avant de se retrouver à nouveau avec les siens pour le traditionnel déjeuner végétarien, marquant ainsi le premier jour de l’année lunaire.
En ce jour de fête, les gâteaux chinois seront légion ! Sans oublier qu’ils ont été dégustés depuis hier soir, lors du grand réveillon. Le « Nian Gao », plus connu comme le « gata lasir », est le gâteau par excellence de cette fête.
« Nian veut dire année et Gao plus haut. Selon la tradition en consommant le Nian Gao, cela nous portera plus et nous rendra meilleur. Chaque personne doit au moins manger une bouchée. Il y a aussi la pistache qui est tout aussi importante lors du réveillon », confie Bernard Chu, propriétaire de Mister Chu, une boutique de pâtisserie chinoise qui existe depuis plus de 80 ans à Chinatown.
Outre le Nian Gao, d’autres gourmandises sont à l’honneur, telles que le gâteau cravate, le gâteau gingeli fourré à la pâte de haricots noirs, ou encore le poutou rouge, qui font partie des douceurs incontournables consommées durant les festivités. Cette année, pour la Fête du Printemps, une nouvelle tendance s’invite à la table : le « fortune cookie ».
« Ce petit biscuit croquant devient l’ambassadeur d’une tradition qui se modernise. En brisant sa fine gaufrette, les familles ne cherchent pas seulement une friandise, mais un message d’espoir pour l’année du Cheval de Feu. Découvrir sa ‘prédiction’ après le repas végétarien apporte une touche de légèreté et de mystère. C’est le mariage parfait entre l’héritage de nos ancêtres et l’envie de s’amuser, prouvant que la tradition sait toujours se réinventer. Nous avons eu beaucoup de demandes pour le ‘fortune cookie’ cette année », dit Bernard Chu.
Mister Chu propose ainsi une vaste gamme de gâteaux chinois dans sa boutique située à l’angle des rues Venpin et Emmanuel Anquetil, ainsi que dans les différents centres commerciaux de l’île.
Ce riche héritage culinaire de la famille Chu Fung Leung a été transmis par le grand-père qui s’est installé à Maurice en 1936. Ce dernier, qui travaillait dans une grande pâtisserie en Chine, dans la province de Meizhou, a dû fuir son pays natal après que la guerre a éclaté et que la famine se faisait sentir. C’est en 1942 qu’il a ouvert sa boutique spécialisée dans les délices chinois à la rue Royale. Cependant, en 2013, un incendie à la rue Royale a ravagé le magasin et la pâtisserie. Le commerce a repris vie dans le local où il se trouve actuellement.