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Newsletter : la National Human Rights Commission met en garde contre les humiliations numériques

Par Patrick Hilbert
Publié le: 11 février 2026 à 14:20
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Alors que les photos de détenus circulent librement sur les réseaux, Satyajit Boolell, président de la National Human Rights Commission (NHRC) rappelle que la dignité n’est pas négociable, même pour les suspects. Dans sa newsletter, publiée lundi, la NHRC met en lumière plusieurs enjeux relatifs aux droits humains. Parmi les contributions, celles de Satyajit Boolell SC, chairperson de la NHRC, de Touria Prayag et de Vijay Ramanjooloo. Ils abordent respectivement la dignité humaine liée au droit à l’image, le traitement des travailleurs immigrants et la xénophobie. Ces textes soulignent des principes légaux et moraux ancrés dans la Constitution mauricienne et les normes internationales.

Dans son message, Satyajit Boolell examine le droit à l’image comme un élément fondamental de la dignité humaine dans l’ère numérique. Il note que la technologie capture indifféremment des moments joyeux et douloureux, posant des questions sur le respect de la dignité. À Maurice, le droit à la vie privée est protégé par les sections 9 et 12 de la Constitution, limitant la liberté d’expression pour protéger les réputations et la vie privée, à condition que ces limitations soient « raisonnablement justifiables dans une société démocratique ». 

Il cite la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), où l’image est vue comme un attribut essentiel de la personnalité. Par exemple, dans l’affaire Sciacca c. Italie, la CEDH a jugé que la diffusion de photos de détenus violait l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, faute de base légale.

Droit à l’image

Satyajit Boolell critique la publication d’images de suspects en état de détresse, comme dans un cas local impliquant un jeune adulte à l’aéroport, soulignant l’impact durable sur les familles et la société. La NHRC condamne ces publications sauf si elles servent un intérêt public clair et légal, et étend ce principe aux victimes, exigeant le consentement familial pour les images de scènes de crime.

Touria Prayag, de la NHRC, analyse le rôle des travailleurs immigrants dans l’économie mauricienne. Elle note que Maurice se présente comme un modèle de cohésion sociale, mais que des milliers de travailleurs étrangers, principalement du Bangladesh, de l’Inde, du Népal, de Madagascar et d’Afrique, soutiennent des secteurs clés comme le textile, la construction et l’hôtellerie. Elle décrit des conditions de vie surpeuplées, avec une mobilité restreinte et une dépendance aux employeurs. Les abus sont sous-rapportés par peur de représailles ou de déportation, aggravés par des barrières linguistiques et un manque d’assistance légale. « Comment un pays traite ses travailleurs les plus vulnérables offre un aperçu discret, mais révélateur de la force de sa démocratie. » Elle appelle à une reconnaissance des immigrants non seulement pour leur contribution économique, mais comme des personnes méritant une dignité égale.

Vijay Ramanjooloo aborde la xénophobie à la suite du meurtre d’une jeune Mauricienne par un suspect camerounais au début de 2026. Il décrit une vague de propos racistes sur les réseaux sociaux, transformant l’espace virtuel en tribunal populaire, piétinant la présomption d’innocence. Selon lui, l’émotion légitime ne justifie pas l’intolérance. Il critique le « victim-blaming » insinuant que la victime était fautive pour avoir aimé un Camerounais. Il rappelle la présence incontournable des travailleurs étrangers dans la société mauricienne et ils tissent des liens affectifs naturels. Vijay Ramanjooloo fait observer que Maurice est issu de l’immigration, et que l’Afrique est le berceau de l’humanité, rendant la xénophobie contradictoire. Il invite à réfléchir avant de juger, à laisser la justice aux institutions.

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