Mise à jour: 23 janvier 2026 à 09:50

Nécrologie : Jean-Claude Dedans, la plume qui savait raconter l’humain

Par Sharone Samy
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Jean Claude Dedans s’est éteint à l’âge de 64 ans.

Le groupe Défi Media est en deuil. Notre collègue Jean-Claude Dedans s’est éteint à l’âge de 64 ans, laissant derrière lui une empreinte profonde dans le paysage médiatique mauricien et dans le cœur de ceux qui ont croisé sa route. Sa disparition n’est pas seulement celle d’un journaliste chevronné, mais celle d’un homme de mots, de terrain et d’humanité.

Pour beaucoup au sein de la rédaction, son départ laisse un silence lourd, difficile à combler. Jean-Claude faisait partie de ces plumes discrètes mais essentielles, de celles qui observent avant d’écrire, qui écoutent avant de juger. Il avait cette capacité rare de raconter les autres sans jamais s’imposer, de donner une voix à ceux que l’on entend peu, avec pudeur et respect. Journaliste par vocation, Jean-Claude a consacré sa vie professionnelle à l’écriture et à l’information, convaincu que derrière chaque fait se cache une histoire humaine. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un homme passionné, généreux de son savoir, toujours prêt à partager son expérience, à conseiller sans jamais écraser. Son regard sur l’actualité était nourri par des années de terrain, mais aussi par une profonde sensibilité.Au fil des décennies, Jean-Claude Dedans a construit une carrière riche et exigeante dans le paysage médiatique local. Après des études menées en France, il fait ses premiers pas dans le journalisme en 1989 au défunt quotidien The Sun, où il débute comme correcteur avant de devenir journaliste. Très vite, son sens de l’écriture et son regard attentif sur l’humain s’imposent. Il poursuit ensuite son parcours à l’hebdomadaire 5-Plus, avant de rejoindre Le Défi, où il trouvera un terrain d’expression à la hauteur de sa passion.

Passionné par l’écriture et profondément attaché au travail de terrain, Jean-Claude Dedans développe une manière bien à lui de traiter les sujets, toujours avec une approche humaine et sensible. Sa grande expérience et sa connaissance fine des rouages politiques font de lui un interlocuteur apprécié et respecté par de nombreux acteurs de la scène publique, qu’il côtoie tout au long de sa carrière.

Au sein du groupe Défi Media, il évolue rapidement et occupe, pendant un temps, le poste de chef d’édition du journal. Son parcours le mène également à exercer comme attaché de presse auprès de l’ancien ministre Anil Gayan, au ministère de la Santé, une expérience qu’il aborde avec le même professionnalisme et la même rigueur que son travail journalistique.

Plus récemment, Jean-Claude avait fait son retour comme collaborateur au sein du Défi Media Group. Fidèle à son amour du terrain, il couvrait encore l’actualité ces dernières semaines. Parmi ses derniers travaux figurent la couverture d’un bureau politique du MMM, il y a une dizaine de jours, ainsi qu’un portrait d’un tailleur de pierres à Pointe-aux-Sables.Comme dans ce dernier sujet qu’il signe, Jean-Claude savait manier les mots comme d’autres manient le marteau. Avec une dextérité rare, il ciselait des portraits sensibles et intimistes, donnant à voir l’essentiel sans jamais forcer le trait. Son humanité, saluée par tous ceux qui ont travaillé avec lui, restera sa signature la plus précieuse.

Témoignages

Un passionné du journalisme

Jane Lutchmaya, rédactrice en chef adjointe au Défi Media Group, rend hommage à un collègue et un ami dont la disparition laisse un grand vide dans la profession. « La presse a perdu en Jean-Claude, une belle plume. Un journaliste animé d’une véritable passion pour le métier qu’il exerçait. Il faisait partie de ces journalistes capables de rédiger une conférence de presse en moins de 30 minutes, ou encore de longs entretiens en moins d’une heure. Une force qu’il a perdue avec ses soucis de santé, mais il est néanmoins resté un grand passionné. L’écriture était son refuge face aux épreuves de la vie. Nous avons eu l’occasion de travailler ensemble à plusieurs reprises et, à chaque fois, il restait déterminé à dire la vérité sans filtre. 

Au-delà du journaliste qui s’est distingué à un moment de sa carrière, c’était un ami au grand cœur, toujours prêt à donner. Le bon cuisinier qu’il était ne manquait jamais de m’apporter ses bons petits plats au bureau : entre ses potages d’asperges et ses curry andan, c’était toujours un délice. Il me ramenait aussi toujours des cadeaux pour ma fille Grace, pour qui il avait une attention particulière, comme lors de ses dernières vacances à Maurice l’an dernier, quand il l’avait invitée à déjeuner. 

Bon vent, cher ami. »

Une plume unique

Sanjana Bhagmal-Cadervaloo, ancienne journaliste, garde le souvenir d’un Jean-Claude Dedans à la plume unique, animé d’une passion profonde pour la politique.

« Jean-Claude, c’était la plume. Un journaliste aiguisé, avec un véritable raffinement dans l’écriture. Il avait ce talent rare de transformer une petite chose en une situation incontournable. La politique était sa passion, et il savait donner une autre dimension aux événements à travers ses mots. Il avait aussi un sens inné de la formule, du parler, qui rendait ses textes vivants.

Je me souviens encore de notre première rencontre, lorsque j’étais au défunt quotidien The Sun. C’était en 1988. À l’époque, il était correcteur, si je ne me trompe pas, avant d’intégrer la rédaction. Déjà, il se démarquait par sa rigueur et sa curiosité. Jean-Claude était une personne extraordinaire, et aujourd'hui, voir partir une figure de cette ancienne garde de journalistes est profondément chagrinant.

C’est un frère qui s’en va. J’ose espérer que, de là-haut, il continuera à écrire pour nous. À l’époque, il n’y avait que la plume et le carnet. Pas d’Internet, pas de facilité. Je l’ai connu ainsi, dans un journalisme de labeur et de passion.
Jean-Claude a aussi beaucoup donné aux plus jeunes, à travers des sessions de coaching et des conseils précieux. Même s’il pouvait parfois y avoir des désaccords, on ne pouvait jamais rester fâché avec lui. Il avait cette humanité, cette bonté naturelle qui désarmait.

Aujourd'hui, perdre un frère du monde journalistique me fend le cœur. Bon vent, cher ami. De là-haut, continue d’écrire pour nous. »

Merci JCD

Rajmeela Seetamonee, ancienne journaliste du Défi Media Group, évoque avec émotion ses derniers souvenirs partagés avec Jean-Claude Dedans.

« Ce sont mes anciens collègues qui m’ont annoncé la triste nouvelle. Le lundi 12 janvier, nous étions à la rue Ambrose. Il m’a dit bonjour avec un large sourire. Ses yeux brillaient de fierté lorsqu’il m’a annoncé que son aîné s’était marié. Je me suis alors souvenue de la fois où il nous racontait que son fils avait réussi ses examens du HSC, puis de son admission à l’université. Il était tout aussi fier de sa fille. Le temps passe vite et, à cet instant, j’ai réalisé que je n’étais plus si jeune.
Mais Jean-Claude m’a toujours dit de garder ma plume. Je ne lui ai jamais dit à quel point j’appréciais la sienne.

Frêle silhouette, mais plume solide. Sur le terrain, il était calme, observait autour de lui, et tout cela se retrouvait sans effort apparent dans ses textes. Je sais pourtant l’énergie et la réflexion nécessaires pour parvenir à un tel résultat. La lecture est fluide, mais accoucher d’un tel récit demande beaucoup de soi.

Jean-Claude faisait partie de ces journalistes dont la plume permettait aux lecteurs de visualiser un récit. Chaque fois que je voyais un article signé JCD ou Jean-Claude Dedans, je le lisais. J’adorais ses entretiens politiques et ses reportages vivants, notamment celui où il décrivait une baguette dépassant d’un sac, dans un reportage sur des familles à la plage. Même ses comptes-rendus étaient un plaisir à lire.

Je l’ai connu comme chef d’édition au Défi Media Group, ma deuxième maison, puis comme collègue sur le terrain, et enfin comme confrère.

Merci pour tout ce que j’ai appris de toi, JCD. Merci de m’avoir toujours encouragée à écrire et d’avoir pensé à ma plume lorsque tu avais des sujets en tête. Mes sincères condoléances à ses proches. »

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