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Meurtre de Bryan Alifoykooye : le destin brisé d’un joueur de foot talentueux

Par Le Défi Quotidien
Publié le: 30 avril 2026 à 11:40
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Laura Beatrice Travady était de retour sur le lieu du drame. Bryan Alifoykooye était féru de football, redoutable en attaque.
  • Laura Beatrice Travady, 29 ans, de retour sur le lieu du drame

Jean Richard Bryan Alifoykooye, 35 ans, était très apprécié de son entourage. Simple, drôle et toujours souriant, l’habitant de La Brasserie se distinguait par son respect envers autrui. Mais il était aussi un jeune homme talentueux. Passionné de football, il avait évolué en première division nationale, reconnu pour son sens inné du but. Une blessure, puis sa rencontre avec Laura Beatrice Travady, 29 ans, ont bouleversé le cours de sa vie.

Bryan a été retrouvé égorgé à son domicile le 11 avril 2026. Sa compagne a été la première suspecte. C’est à Rodrigues que Laura Beatrice Travady a été arrêtée. Mercredi, la meurtrière présumée a été reconduite sur les lieux du drame sous forte escorte policière pour une reconstitution des faits. Sangara Gengan, arrêté dans cette affaire, a également participé à l’exercice.

Dans le quartier, la disparition de Bryan laisse un vide. « Li ti enn Yamal » (en référence au footballeur Lamine Yamal), confie un ami et ancien coéquipier de celui que beaucoup surnommaient « Pioux ».

« Nous jouons tous au foot dans la famille. J’y jouais aussi et je lui ai passé le relais », raconte Steven, son frère. Bryan était un passionné. « Il aimait tant jouer qu’il pouvait passer des heures sur un terrain, qu’il pleuve ou qu’il fasse beau », poursuit-il. « Mo konn li depi lontan. Nounn bien zwe football ansam. Li ti kontan riye, badine », ajoute un ancien coéquipier de l’équipe de La Brasserie.

Sur le terrain, Bryan était redouté. « Il pouvait évoluer comme attaquant ou ailier droit ». Son talent lui a permis d’atteindre la première division nationale. « Il a ensuite joué pour le Curepipe Starlight. Il a fait une ou deux saisons », précise son ancien coéquipier.

Steven se souvient que son cadet avait même été approché par la Mauritius Football Association. « Je me rappelle qu’il avait été sélectionné pour le Club M. La MFA souhaitait qu’il rejoigne l’équipe première. Cela s’est passé sous mes yeux, mais à l’époque, mon frère avait refusé. Je lui avais fait remarquer qu’une telle opportunité était incroyable. Je l’avais encouragé à accepter cette offre. Il répondait que jouer pour son club lui suffisait. Il était si talentueux que tous voulaient l’avoir. Je ne compte plus ses trophées et ses titres de meilleur joueur », confie-t-il avec fierté.

Accident, dérive et drame

Un accident de travail a cependant tout fait basculer. « Li ti pe travay dan depotwar. Enn zour linn sapp lor kamion benn li’nn tonbe, enn gran oter mem sa, linn kass so tibia », explique son frère. Cette blessure l’a éloigné définitivement des terrains. « Après cela, il n’est plus jamais revenu sur un terrain », se désole un ami. Selon ses proches, Bryan aurait peu à peu sombré dans la drogue. Sa relation avec Laura Travady battait de l’aile. « C’était une femme autoritaire et conflictuelle. Ils se sont connus en travaillant au dépotoir », confie un proche. À La Brasserie, personne ne s’attendait à une fin aussi violente.
Priscille, commerçante du quartier, garde le souvenir d’un jeune homme respectueux. « Quand il passait, il était souvent avec sa compagne. Il achetait régulièrement à manger. Il était toujours gentil, jamais un mot déplacé. Apprendre qu’il a été tué ainsi… il ne méritait pas un tel sort », dit-elle.

Reconstitution sous tension

La reconstitution des faits s’est tenue mercredi, à partir de 10 heures, sous un important dispositif policier. Afin d’éviter tout incident, une zone de sécurité a été mise en place autour de la maison. Les habitants, venus en nombre, ont été maintenus à distance.

Casquée et vêtue d’un t-shirt rouge à manches longues, Laura Travady est descendue du véhicule de la Major Crimes Investigation Team. Plusieurs unités étaient mobilisées, dont la CID de la Central Division, la DCIU et la Dog Unit. Face aux enquêteurs, elle a relaté sa version des faits à l’intérieur de la maison. À l’origine du drame, selon elle, une dispute liée à leur consommation de drogue. Elle allègue qu’ils se seraient battus armés de cutters et affirme avoir profité du fait que son compagnon se soit retrouvé à terre pour commettre l’irréparable.

À sa sortie, une proche de la victime a laissé éclater sa colère, obligeant les habitants à intervenir. « Zot in get mwa lor TikTok, mo mem to pwazon ! » a-t-elle lancé à la suspecte. Les policiers ont alors abrégé la reconstitution et escorté la femme hors des lieux. Sangara Gengan a également participé à l’exercice. Il a indiqué l’endroit où il affirme avoir déposé la suspecte le mercredi 8 avril, devant la maison de la victime, avant de repartir. Il nie toute implication dans le meurtre.

Précision

Contrairement à ce que nous avons indiqué dans nos précédentes publications, Steven Rungen, habitant de Roche-Bois, n’a pas été arrêté dans le cadre de l’enquête sur le meurtre de Jean Richard Alifoykooye. Son nom avait initialement été avancé comme suspect par des sources policières et recoupé auprès de plusieurs interlocuteurs. Toutefois, l’évolution de l’enquête a établi que la personne finalement arrêtée est Sangara Gengan.

Nous présentons nos sincères excuses à Steven Rungen pour cette confusion, résultant d’informations inexactes qui nous ont été communiquées.

Allégations d’un deuxième cas de foul play

Le nom de Laura Travady cité

La Major Crimes Investigation Team a procédé à des vérifications d’informations à la suite de déclarations laissant entendre que Laura Beatrice Travady pourrait être mêlée au décès d’un habitant de Curepipe, âgé de 47 ans. Son corps avait été retrouvé sur un terrain en friche à Riche-Terre, le mercredi 26 février 2025. Deux jours plus tôt, sa fille avait signalé sa disparition à la police de Curepipe. L’autopsie avait attribué le décès à un œdème pulmonaire provoqué par une overdose. À l’époque, les proches du défunt avaient évoqué une tentative de retrait d’argent sur le compte bancaire du quadragénaire, après sa mort. La police de Terre-Rouge avait été alertée. Dans un message publié sur les réseaux sociaux en mars 2025, Jonathan, le frère du défunt, avait évoqué une agression dont celui-ci aurait été victime. Toutefois, jusqu’ici, l’enquête policière n’a pu confirmer un quelconque acte criminel lié au décès de cet habitant de Curepipe.
 

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