Maurice Île Durable refait surface : Osman Mahomed exhume un ancien chantier pour nourrir la Vision 2050
Par
Eshan Dinally
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Eshan Dinally
Le dossier Maurice Île Durable, longtemps rangé dans les tiroirs de l’État, revient aujourd’hui par une porte politique inattendue. Celui qui était à la tête de ce projet à ses débuts, Osman Mahomed, aujourd’hui ministre, a demandé à sa collègue Jyoti Jeetun de puiser dans cette expérience pour alimenter son projet Maurice : Vision 2050.
Lors d’un événement officiel consacré à Maurice :Vision 2050, la semaine dernière, le ministre du Trasport terrestre Osman Mahomed ne s’est pas contenté d’une évocation symbolique : il a remis le projet Maurice Île Durable (MID) ainsi que son Progress Report à sa collègue Jyoti Jeetun qui pilote le projet Vision 2050.
Le Progress Report ne constitue pas un bilan global de MID, mais seulement un état d’avancement des 16 premiers mois de mise en œuvre, après l’approbation du programme par le Cabinet le 14 juin 2013. En clair, il s’agit d’une photographie de démarrage, pas d’un jugement définitif. Et cette photographie montre un projet déjà dense, actif, ambitieux, mais encore très largement en chantier : 11 % des actions seulement y sont présentées comme complétées, 61 % comme en cours, et 28 % comme non démarrées ou confrontées à des obstacles.
C’est précisément ce qui rend ce Progress Report intéressant aujourd’hui pour un exercice de projection nationale. Il montre ce qu’un grand programme d’État peut produire dans sa phase initiale : des idées structurantes, des mécanismes lancés, des réseaux activés, des projets pilotes, mais aussi des lenteurs, des résistances et une difficulté manifeste à transformer rapidement la vision en résultats tangibles.
MID n’était pas un simple slogan. Le rapport fait ressortir plusieurs chantiers effectivement enclenchés : une évaluation de l’économie verte, la préparation d’un Green Economy Action Plan, la mise en place d’indicateurs de développement durable, une réflexion juridique devant mener à un futur Sustainable Development Act, un exercice de Natural Capital Accounting, ainsi qu’un Biomass Scheme déclaré complété au niveau de sa conception.
Le Progress Report révèle aussi que l’un des volets les plus concrets fut celui des MID Clubs dans les écoles secondaires. À la date du rapport, 60 clubs étaient déjà opérationnels. Dans le même esprit, le programme avait donné lieu à une série d’actions de terrain : 45 audiences publiques pour la National Energy Commission, lancement du MID-PSAP, ateliers sur l’économie verte, sessions de renforcement des capacités, campagnes de sensibilisation et consultations multisectorielles. À cela s’ajoute un engagement financier non négligeable : le rapport indique que le MID Fund avait déjà été mobilisé pour des projets approuvés à hauteur de Rs 935 millions.
Mais ce Progress Report raconte autant les promesses d’un État stratège que les limites d’un État exécutant. Certains exercices ont été lancés sans aboutir pleinement. Le Vulnerability Resilience Profile, par exemple, a été amorcé, mais entravé par des problèmes liés au consultant choisi. D’autres volets, comme la comptabilité du capital naturel ou la future loi sur le développement durable, apparaissent à un stade intermédiaire : pensés, cadrés, initiés, mais pas encore achevés.
C’est donc là que le geste d’Osman Mahomed prend une portée politique particulière. En remettant à Jyoti Jeetun le projet et son rapport d’étape, il ne lui transmet pas seulement une archive administrative. Il lui remet aussi une leçon de gouvernance. En substance : Maurice a déjà produit des cadres, des plans, des consultations et des instruments de transformation. La vraie question n’est plus seulement de rêver une nouvelle vision nationale, mais de comprendre pourquoi tant de projets publics prometteurs peinent à franchir le cap entre lancement et aboutissement.
Autrement dit, MID peut servir de matrice, mais aussi d’avertissement, pour Maurice : Vision 2050. Le pays a déjà connu de grandes architectures stratégiques. Ce qui manque souvent, ce n’est pas la vision, mais l’endurance institutionnelle, la coordination ministérielle et la capacité à livrer.