Mise à jour: 21 janvier 2026 à 06:43

Les marchés mondiaux en alerte alors que l’Europe s’apprête à suspendre l’approbation de l’accord commercial avec les États-Unis

Par Defimedia.info
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Les marchés mondiaux en alerte alors que l’Europe s’apprête à suspendre l’approbation de l’accord commercial avec les États-Unis

 

Les marchés mondiaux sont en état d’alerte alors que le Parlement européen s’apprête à suspendre l’approbation de l’accord commercial conclu avec les États-Unis en juillet, selon des sources proches de sa commission du commerce international.

Cette suspension devrait être annoncée mercredi à Strasbourg, en France, rapporte la BBC sur son site Web ce jeudi matin.

Cette décision marquerait une nouvelle escalade des tensions entre Washington et l’Europe, sur fond d’intensification des pressions de Donald Trump pour l’acquisition du Groenland. Le président américain a, durant le week-end, menacé d’imposer de nouveaux droits de douane sur cette question.

Cette confrontation a secoué les marchés financiers, ravivant les craintes d’une guerre commerciale et d’éventuelles mesures de rétorsion européennes contre les États-Unis.

Mardi, les marchés boursiers ont reculé des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, les places financières ont enregistré une deuxième séance consécutive de baisse. Aux États-Unis, le Dow Jones a chuté de plus de 1,7 %, le S&P 500 de plus de 2 %, tandis que le Nasdaq a terminé en recul d’environ 2,4 %.

En Asie-Pacifique, les marchés évoluaient de manière contrastée mercredi : les principaux indices au Japon et en Australie étaient légèrement en baisse, tandis que les actions progressaient en Chine continentale.

Dans le même temps, l’or a poursuivi sa hausse, franchissant pour la première fois le seuil des 4 800 dollars (3 570 livres sterling) l’once. L’argent, en revanche, a reculé après avoir atteint un record au-delà de 94 dollars l’once.

Considérés comme des valeurs refuges en période d’incertitude, les métaux précieux ont vu leurs prix s’envoler au cours de l’année écoulée.

Sur le marché des changes, le dollar américain est resté stable face aux principales devises, après avoir enregistré une baisse de 0,5 % durant la nuit - sa plus forte chute quotidienne depuis début décembre.

Les tensions commerciales entre les États-Unis et l’Europe s’étaient pourtant apaisées après la conclusion d’un accord en juillet dernier, au golf de Turnberry, en Écosse, propriété de Donald Trump.

Cet accord fixait les droits de douane américains sur la majorité des produits européens à 15 %, contre les 30 % initialement brandis par Trump lors de sa vague tarifaire baptisée « Liberation Day » en avril. En contrepartie, l’Europe s’était engagée à investir aux États-Unis et à mettre en œuvre des réformes sur le continent afin de stimuler les exportations américaines.

Toutefois, l’accord doit encore être approuvé par le Parlement européen pour entrer en vigueur.
Samedi, quelques heures après les menaces américaines liées au Groenland, Manfred Weber, influent eurodéputé allemand, a estimé que « l’approbation n’est pas possible à ce stade ».

De son côté, Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, a déclaré qu’il n’y avait « pas d’alternative » à la suspension de l’accord en raison des menaces américaines.

« En menaçant l’intégrité territoriale et la souveraineté d’un État membre de l’Union européenne, et en utilisant les droits de douane comme instrument de coercition, les États-Unis sapent la stabilité et la prévisibilité des relations commerciales entre l’UE et les États-Unis », a déclaré Bernd Lange, dont la commission doit valider l’accord avant son examen final en plénière.

« Il n’y a pas d’autre choix que de suspendre les travaux sur les deux propositions législatives de Turnberry jusqu’à ce que les États-Unis décident de renouer avec une logique de coopération plutôt que de confrontation », a-t-il ajouté.

Cette décision relance la question d’éventuelles représailles européennes. L’Union avait déjà annoncé l’an dernier une liste de produits américains - pour un montant pouvant atteindre 93 milliards d’euros (109 milliards de dollars, 81 milliards de livres sterling) - susceptibles d’être taxés en réponse aux droits de douane de Trump, avant de suspendre ces mesures le temps de finaliser l’accord.

Ce sursis expire le 6 février, ce qui signifie que les droits de douane européens entreront en vigueur le 7 février, sauf prolongation ou approbation du nouvel accord.

Le président français Emmanuel Macron figure parmi les dirigeants appelant l’Union européenne à envisager des mesures de rétorsion, notamment le mécanisme anti-coercition, surnommé le « bazooka commercial ».

« L’accumulation sans fin de nouveaux droits de douane est fondamentalement inacceptable, a fortiori lorsqu’ils sont utilisés comme levier contre la souveraineté territoriale », a-t-il déclaré lors du Forum économique mondial de Davos.

Réaction américaine

Également présent à Davos, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a réitéré sa mise en garde aux dirigeants européens contre toute riposte, les appelant à « garder l’esprit ouvert ».
« Je dis à tout le monde : prenez du recul, respirez profondément et ne ripostez pas. Le président sera ici demain et il fera passer son message », a-t-il affirmé.

Le secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, et le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, ont averti que les États-Unis ne laisseraient pas une riposte européenne sans réponse.

« Mon expérience montre que lorsque les pays suivent mes conseils, tout se passe plutôt bien. Quand ce n’est pas le cas, des choses folles se produisent », a déclaré Jamieson Greer, cité par l’Agence France-Presse.

Washington a par le passé exprimé son impatience face à la lenteur européenne dans l’approbation de l’accord, notamment en raison de désaccords persistants sur les droits de douane dans les secteurs technologique et métallurgique.

Les États-Unis et l’Union européenne, qui compte vingt-sept États membres, sont leurs premiers partenaires commerciaux respectifs. En 2024, plus de 1 600 milliards d’euros de biens et services ont été échangés entre les deux blocs, selon des chiffres européens - soit près d’un tiers du commerce mondial.

Lorsque Donald Trump a commencé à annoncer des droits de douane l’an dernier, de nombreux dirigeants politiques, notamment en Europe, avaient brandi la menace de représailles. Mais la plupart ont finalement privilégié la négociation.

Seuls la Chine et le Canada ont maintenu leurs menaces de surtaxer les produits américains. Le Canada a toutefois discrètement levé la majorité de ces mesures en septembre, craignant un impact négatif sur son économie.

Mardi, lors d’un discours à Davos, le Premier ministre canadien Mark Carney a appelé les « puissances intermédiaires » à s’unir pour faire face à un monde où « la loi du plus fort » semble s’imposer.

« Lorsque nous négocions uniquement de manière bilatérale avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Ce n’est pas la souveraineté, c’est sa mise en scène, tout en acceptant la subordination », a-t-il averti.

En toile de fond de ces tensions commerciales se profile enfin une décision imminente de la Cour suprême américaine, appelée à statuer sur la légalité de nombreux droits de douane annoncés par Donald Trump l’an dernier.

Source : BBC

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