Le Défi Training School - Gouvernance : un tournant décisif pour la croissance de Maurice
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
À un moment charnière de son développement, Maurice voit la gouvernance devenir un levier essentiel de croissance. Pour Linda Ford, Chief Executive de The Chartered Governance Institute, au-delà des réformes, le pays doit désormais renforcer ses capacités, son leadership et la confiance des investisseurs pour consolider sa position dans un environnement mondial incertain et de plus en plus compétitif.
À moins d’une semaine d’une formation intitulée « Governance with Grit: Leading Through Ethical Compliance », qu’organise Le Défi Training School, Linda Ford, Chief Executive de The Chartered Governance Institute, souligne l’importance de la gouvernance dans les entreprises à Maurice. Animée par Erika Eliasson-Norris, CEO de Beyond Governance et auteure de The Secret Diary of a Company Secretary, le 3 avril prochain, la formation se tiendra au Ravenala Attitude Hotel, à Balaclava. Elle s’adresse principalement aux company secretaries, aux governance officers ainsi qu’aux professionnels appelés à soutenir les conseils d’administration et les équipes de direction. L’objectif est de dépasser la simple conformité réglementaire pour aborder la gouvernance comme un véritable levier de leadership.
Selon Linda Ford, Maurice a franchi une étape importante dans son développement en matière de gouvernance. Au cours de la dernière décennie, dit-elle, le pays a engagé des réformes structurantes visant à améliorer la transparence, renforcer ses cadres réglementaires et s’aligner sur les standards internationaux. « Ces efforts ont permis de consolider sa réputation en tant que centre financier international crédible et fiable », fait-elle ressortir. Pour Linda Ford, cette progression marque une transition majeure dans l’évolution du pays. « Maurice a atteint un moment charnière dans le développement de sa gouvernance. Les progrès réalisés ont renforcé sa position comme centre financier international de confiance », affirme-t-elle.
Mais aujourd’hui, le débat évolue. Il ne s’agit plus seulement de réformer ou de se conformer aux normes, mais de développer une véritable capacité en matière de gouvernance. « Nous passons de la réforme à la capacité, de la conformité au leadership et du respect des normes à leur définition », souligne-t-elle. Cette mutation, poursuit-elle, traduit une ambition plus large : faire de la gouvernance un moteur stratégique du développement économique.
Linda Ford avance que cette évolution ne concerne pas uniquement Maurice. « À l’échelle mondiale, la gouvernance connaît une transformation profonde. Les organisations doivent désormais évoluer dans un environnement marqué par l’incertitude géopolitique, les pressions économiques et des mutations technologiques rapides », dit-elle. Pour elle, les attentes en matière de transparence, d’éthique et de responsabilité n’ont jamais été aussi élevées.
Dans ce contexte, elle avance que la gouvernance devient un élément central de la prise de décision et de la gestion des risques. Linda Ford insiste sur ce changement de paradigme : « La gouvernance ne peut plus être considérée comme une fonction uniquement axée sur la conformité. Elle est désormais au cœur de la manière dont les organisations prennent des décisions et construisent leur résilience à long terme. » La CEO avance que Maurice s’inscrit progressivement dans cette dynamique. « Le pays ne se contente plus de mettre en place des cadres solides, mais cherche à renforcer les capacités humaines et institutionnelles nécessaires pour faire face à des environnements de plus en plus complexes », soutient-elle.
Maurice a posé des bases solides en matière de gouvernance. L’enjeu des prochaines années sera de consolider ces acquis et de les transformer en avantage compétitif durable. Pour Linda Ford, la voie est claire : « La prochaine étape consistera à investir dans les capacités autant que dans les cadres et à renforcer le rôle stratégique de la gouvernance au sein des organisations. » Pour elle, dans un monde de plus en plus complexe et interconnecté, la gouvernance jouera un rôle déterminant dans la performance économique, la confiance institutionnelle et les résultats sociétaux.
« Maurice dispose de tous les atouts pour se positionner comme un leader dans ce domaine. L’opportunité consiste désormais à dépasser la simple conformité pour faire de la gouvernance un moteur d’innovation, de compétitivité et de résilience à long terme », conclut-elle.
Linda Ford explique qu’une gouvernance efficace permet aux conseils d’administration de mieux comprendre les enjeux auxquels ils sont confrontés. Elle les aide à identifier les risques émergents, à anticiper les évolutions et à saisir les opportunités. Elle offre également un cadre structuré pour la prise de décision, garantissant cohérence et vision à long terme. Comme elle le souligne : « La gouvernance ne consiste pas seulement à respecter des règles, mais à permettre une meilleure prise de décision. »
Ainsi, ajoute-t-elle, les professionnels de la gouvernance voient leur rôle évoluer de manière significative. Ils deviennent des partenaires stratégiques, capables d’accompagner les dirigeants dans des environnements complexes et incertains.
« À Maurice, cette évolution est particulièrement marquée. Les professionnels doivent faire face à une complexité réglementaire croissante, à des risques cyber en constante évolution et à l’essor rapide de technologies comme l’intelligence artificielle. Leur rôle dépasse désormais le cadre technique pour intégrer des dimensions stratégiques et décisionnelles », insiste-t-elle.
La gouvernance est aujourd’hui reconnue comme un facteur déterminant de performance économique. Linda Ford explique que les organisations dotées de structures solides sont généralement plus résilientes, plus attractives pour les investisseurs et mieux préparées à faire face aux chocs économiques.
« Dans le cas de Maurice, cet enjeu est particulièrement important. Alors que la croissance économique devrait se stabiliser autour de 3,4 % dans les années à venir, le pays doit relever des défis liés à la productivité, à l’innovation et à la compétitivité », dit-elle.
Dans ce contexte, la gouvernance joue un rôle clé pour renforcer la confiance des investisseurs et des marchés. Linda Ford le rappelle clairement : « La gouvernance n’est pas un frein à la croissance ; elle est un facteur essentiel de confiance et d’assurance pour les investisseurs et les marchés. » À l’échelle nationale, elle est d’avis que des cadres de gouvernance robustes contribuent à renforcer la stabilité et la crédibilité du pays.
En tant que centre financier international aspirant à devenir une économie numérique, Maurice doit concilier les exigences des standards internationaux avec ses propres réalités. C’est ce qu’affirme notre interlocutrice. « Cette transition vers une économie digitale offre de nombreuses opportunités, mais elle renforce également les exigences en matière de gouvernance. Les questions liées à la gestion des données, à la cybersécurité et à l’éthique technologique deviennent centrales », dit-elle.
Par ailleurs, elle avance que l’intelligence artificielle s’impose notamment comme un enjeu majeur. « L’intelligence artificielle est devenue une question de gouvernance fondamentale, comparable aux contrôles financiers ou aux risques cyber », souligne Linda Ford. Cela, poursuit-elle, implique une implication accrue des conseils d’administration, qui doivent intégrer ces enjeux dans leurs processus décisionnels.
L’engagement de The Chartered Governance Institute à Maurice entre dans une nouvelle phase, marquée par une volonté de renforcer les collaborations avec les acteurs locaux. L’objectif est de soutenir le développement de la profession, de promouvoir les meilleures pratiques et de contribuer à l’évolution du cadre de gouvernance.
Dans un environnement de plus en plus complexe, la coopération entre institutions, entreprises et régulateurs devient essentielle. « Les défis de gouvernance deviennent de plus en plus complexes et interconnectés. Ils nécessitent une collaboration étroite entre les institutions et les secteurs », souligne Linda Ford.
Sa visite à Maurice s’inscrit dans cette dynamique, avec l’objectif de renforcer les échanges et d’identifier des pistes d’action concrètes.