Kresh Goomany, CEO sortant d’Emtel : «Avec l’IA, les cybermenaces deviennent plus fréquentes»
Par
Leena Gooraya-Poligadoo
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Leena Gooraya-Poligadoo
Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, la hausse des coûts logistiques et la rareté des devises, le secteur des télécommunications reste sous pression. Pour son dernier exercice à la tête d’Emtel, Kresh Goomany revient sur les performances, mais surtout sur les défis majeurs qui attendent l’opérateur.
Emtel a franchi la barre des Rs 4 milliards de revenus. Quels sont les principaux leviers de cette performance ?
La croissance d’Emtel repose avant tout sur des choix stratégiques faits depuis plusieurs années. Dès 2017-2018, nous avons pris la décision d’investir massivement dans les infrastructures pour accompagner l’explosion de la demande en data. Cela s’est traduit par le déploiement de la 4G, puis de la 5G dès 2020, avec aujourd’hui une couverture atteignant 90 % de la population.
En parallèle, nous avons investi dans la fibre optique et dans le câble sous-marin METISS, qui a renforcé la connectivité internationale de Maurice. Sans cette infrastructure, notamment pendant la pandémie, il aurait été difficile de soutenir la forte demande en data. Tous ces investissements nous ont permis d’améliorer significativement la qualité de service, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.
Après 11 ans à la tête d’Emtel, quels sont, selon vous, les accomplissements les plus marquants ?
Je parlerais d’abord de la démocratisation de l’accès à l’internet mobile. L’introduction de l’internet illimité a changé les usages à Maurice, en rendant la connectivité accessible au plus grand nombre. Ensuite, il y a le développement de l’internet à domicile avec Airbox. Aujourd’hui, environ 60 000 foyers utilisent cette solution, ce qui montre l’évolution des besoins des consommateurs.
Enfin, le déploiement de la 5G à grande échelle reste une étape clé. Emtel a été parmi les premiers en Afrique à le faire, avec une couverture très étendue. À cela s’ajoute notre montée en puissance dans les services aux entreprises, notamment à travers le data center, le cloud souverain et les solutions de cybersécurité.
Justement, Emtel ne se limite plus au mobile. Comment s’est opérée cette transformation vers les services aux entreprises ?
Historiquement, Emtel était un opérateur mobile. Mais à partir de 2012-2014, nous avons progressivement élargi notre offre vers les entreprises. Aujourd’hui, nous proposons bien plus que de la connectivité : du cloud, de l’hébergement de données, et des solutions de cybersécurité. Notre data center, opérationnel depuis plus d’une décennie, affiche un taux de disponibilité de 100 %, ce qui renforce la confiance des entreprises. Nous avons également développé un cloud souverain, permettant aux données d’être hébergées localement.
Plus récemment, nous avons investi dans l’intelligence artificielle avec des plateformes dédiées, notamment des solutions de type « GPU as a service », pour réduire les coûts d’adoption de ces technologies pour les entreprises mauriciennes.
Quels sont aujourd’hui les principaux risques qui pèsent sur le secteur des télécommunications à Maurice ?
Le premier risque est lié à notre dépendance aux importations. Tous les équipements technologiques doivent être achetés à l’étranger. Avec les tensions géopolitiques, cela peut entraîner des retards de livraison ou une hausse des coûts de transport, notamment avec l’augmentation du prix du pétrole.
Le deuxième enjeu concerne la disponibilité des devises. Depuis la période post-COVID, la situation est déjà tendue, et une baisse des arrivées touristiques pourrait aggraver la situation. Cela a un impact direct sur notre capacité à investir et à maintenir nos services.
Enfin, il y a le risque croissant de cyberattaques. Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les cybermenaces deviennent plus sophistiquées et plus fréquentes.
Face à ces défis, comment Emtel se prépare-t-elle pour l’avenir ?
Sur le plan de la cybersécurité, nous avons renforcé notre dispositif pour qu’il soit aligné sur les standards des autorités locales, notamment l’ICTA et la Banque de Maurice. Mais il faut être clair : la question n’est pas de savoir si une attaque surviendra, mais quand.
Concernant les autres risques, comme les coûts logistiques ou les devises, les marges de manoeuvre sont plus limitées. Nous essayons d’anticiper et d’optimiser nos opérations, mais ces facteurs dépendent largement de l’environnement international. C’est dans ce contexte que la continuité stratégique sera essentielle. Les bases sont solides, mais les défis à venir nécessiteront agilité et adaptation constante.