Infirmiers : des postes vacants, mais aucun candidat
Par
Jean-Marie St Cyr
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Jean-Marie St Cyr
Malgré des critères d’éligibilité élargis, des incitations salariales et des centaines de postes ouverts, les jeunes ne se bousculent pas aux portes du secteur infirmier dans le service de santé public. Un désintérêt qui pousse le ministre de la Santé Anil Bachoo à envisager un recrutement à l’étranger.
Le constat est amer. En dépit des efforts déployés par le ministère de la Santé pour attirer des candidats vers la profession d’infirmier, l’intérêt des jeunes reste désespérément faible. « Je ne sais pas quelle est la mentalité de notre jeunesse de nos jours. Ils ne veulent pas s’orienter vers le secteur de la santé », a déploré le ministre Anil Bachoo au Parlement.
Ce désintérêt est d’autant plus frappant que le ministère a considérablement assoupli les conditions d’accès à la profession. Depuis novembre 2025, le « Scheme of service » pour le poste de « Nursing officer » a été amendé pour permettre aux candidats formés en dehors de la Central School of Nursing - notamment à Polytechnics Mauritius Ltd et dans d’autres universités - de postuler dans la fonction publique.
« Nous avons légèrement abaissé les critères afin que ceux qui suivent une formation universitaire, ceux qui ont un diplôme universitaire, et ceux qui sont titulaires d’un diplôme des universités et des Polytechnics, soient autorisés à participer aux épreuves de sélection », a expliqué le ministre. Mais cela n’a malgré tout pas eu les effets escomptés, car peu ont manifesté leur intérêt.
Les recommandations du Pay Research Bureau 2026 ont pourtant prévu des incitations substantielles, aussi bien pour retenir les infirmiers en poste que pour rendre la profession plus attractive pour les jeunes. Les infirmiers peuvent ainsi accumuler des congés au-delà du plafond habituel, travailler durant cette période excédentaire et être rémunérés en lieu et place à la retraite.
Une provision pour le remboursement des congés de maladie non utilisés est également prévue. Des avantages qui ne semblent pourtant pas suffire à convaincre. « Nombreux sont ceux qui ont déjà suivi une formation dans les Polytechnics et les universités. Malheureusement, ils ne souhaitent pas intégrer le service, bien que le rapport du PRB leur ait accordé de multiples avantages », a regretté le ministre Bachoo.
Face à cette réalité, le ministère a multiplié les dispositifs temporaires pour faire face à la pénurie : 67 nursing officers employés sur une base mensuelle renouvelable, 45 infirmiers retraités mobilisés dans le cadre du « bank scheme », et une approbation obtenue pour le recrutement de 126 infirmiers sur « on sessional basis » - bien que seulement 35 d’entre eux aient finalement pris leurs fonctions sur 41 candidats éligibles contactés. Le recrutement de 15 infirmiers sous contrat d’un an est, par ailleurs, en cours a affirmé le ministre Bachoo.
Le ministère prévoit également de recruter 700 infirmiers stagiaires sur les deux prochaines années dans le cadre des mesures budgétaires 2025-2026. Toutefois, le ministre lui-même ne se fait guère d’illusions sur les résultats, estimant que ce recrutement a peu de chances d’aboutir pleinement faute de candidats qualifiés localement.
C’est ce qui a conduit le ministère à se tourner vers l’étranger. « Une proposition visant à recruter 200 infirmiers à l’étranger est à l’étude au sein de mon ministère, sous réserve de l’obtention de toutes les approbations nécessaires », a annoncé le ministre Bachoo, précisant que cette mesure est destinée à compléter les initiatives locales à court terme.
L’idée d’instaurer un système de caution (« bond ») pour retenir les nouvelles recrues a en revanche été écartée. Le ministre juge qu’une telle contrainte serait contre-productive dans un contexte où les candidats se font déjà rares. « Notre problème, c’est que nous avons lancé des appels à candidatures, mais ils ne sont pas intéressés à venir. Dans ce cas, comment peut-on leur demander de signer un engagement ? » a fait comprendre le ministre Bachoo.
Il plaide davantage pour la création d’un environnement dans lequel ils auront envie de servir afin de faire naître un esprit de service n’est tout simplement pas là selon lui. Ce qui traduit en quelques mots toute la profondeur du défi auquel fait face le secteur de la santé à Maurice.