Incidents à l'Assemblée nationale - Dev Ramano : «Les excuses ne font pas taire les inquiétudes»
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
Les excuses publiques du ministre du Travail, Reza Uteem, après ses propos controversés tenus à l’encontre de la députée de l’opposition Joanna Bérenger à l’Assemblée nationale, continuent de susciter de nombreuses réactions. Si certains saluent le geste du ministre, plusieurs observateurs estiment toutefois que la controverse dépasse désormais largement le cadre d’un simple dérapage verbal.
Dans une publication diffusée mercredi sur Facebook, Reza Uteem a reconnu avoir dépassé les bornes après avoir utilisé le terme « colon » lors d’un vif échange parlementaire avec Joanna Bérenger. « Two wrongs don’t make a right », a-t-il écrit, affirmant regretter sincèrement ses propos tout en expliquant avoir été choqué par les accusations visant sa mère concernant une employée bangladaise travaillant comme « carer » à son domicile.
Cette affaire trouve son origine dans une question parlementaire de Joanna Bérenger sur une employée étrangère présumée disparue. La députée avait évoqué des informations de presse laissant entendre que cette dernière aurait été retenue enfermée, provoquant une réaction immédiate et virulente du ministre dans l’hémicycle.
Pour Dev Ramano, les excuses du ministre ne suffisent pas à effacer la gravité de l’incident. L’homme de loi estime que cette affaire révèle surtout un problème plus profond touchant à la situation des travailleurs étrangers à Maurice. « Nous avons vu des propos sectaires, comme à une certaine époque dans notre Parlement, et cela a touché des cordes sensibles », affirme-t-il. Selon lui, au-delà de la polémique politique, cette affaire met en lumière « le calvaire des travailleurs étrangers », évoquant des cas de confiscation de passeports, d’exploitation et même de prostitution.
L’avocat se dit également préoccupé par la disparition de cette employée bangladaise qui aurait fait l’objet d’un avis de recherche assorti d’une récompense de Rs 100 000. « Cette situation soulève plusieurs interrogations. Pourquoi elle ? Pourquoi l’ambassade a-t-elle activé les grands moyens pour la retrouver ? Est-ce parce qu’elle travaillait chez un ministre ? Ou veut-on la faire taire ? » questionne-t-il. Pour Dev Ramano, cette affaire ne doit pas être minimisée. « Fode pa balie problem-la ek met li anba payason. Il s’agit d’une vie humaine et la vérité doit primer », insiste-t-il. Même son de cloche du côté de Rama Valayden. Dans une lettre ouverte adressée au ministre du Travail, l’ancien Attorney General dit avoir été choqué par l’agressivité affichée par Reza Uteem lors des échanges parlementaires. Il estime que les propos tenus ont porté atteinte à l’image de l’Assemblée nationale.
Mais au-delà de l’incident verbal, Rama Valayden recentre également le débat sur les conditions des travailleurs étrangers à Maurice. Dans sa lettre, il interpelle directement le ministre sur plusieurs aspects liés à l’exploitation des travailleurs migrants : nombre de travailleurs expulsés, cas de disparitions, confiscations de passeports ou encore inspections des dortoirs. « Comment pouvons-nous, en tant que pays ayant connu l’engagisme, cautionner de telles pratiques ? » écrit-il notamment, tout en appelant le ministre à agir avec davantage d’urgence face aux possibles violations du Combating of Trafficking in Persons Act 2023.
Pour l’observateur politique et historien Jocelyn Chan Low, cette affaire dépasse largement le débat autour d’un mot ou d’un échange houleux au Parlement. Selon lui, la controverse intervient dans un contexte où Maurice dépend de plus en plus de la main-d’œuvre étrangère pour soutenir son économie.« Oui, il y a eu des mots utilisés, mais le débat se recentre surtout autour du sort des travailleurs étrangers et de leurs conditions de vie à Maurice », explique-t-il. Jocelyn Chan Low estime que la disparition présumée de cette employée bangladaise vient raviver des inquiétudes déjà présentes concernant la surexploitation de certains travailleurs migrants. « Ces personnes quittent leurs pays et leurs familles pour contribuer à l’économie mauricienne. Voir la tournure des événements démontre clairement que nous sommes dans une situation alarmante », soutient-il.
Au lendemain du vif échange l’ayant opposé à la députée de l’opposition Joanna Bérenger à l’Assemblée nationale, le ministre du Travail, Reza Uteem, a présenté ses excuses publiques concernant l’utilisation du terme « colon » lors des débats parlementaires.
Dans une publication diffusée le mercredi 27 mai sur Facebook, le ministre a reconnu avoir dépassé les limites. « Two wrongs don’t make a right », a-t-il écrit en préambule, tout en expliquant avoir été profondément affecté par les accusations visant sa mère durant la séance parlementaire. « However, despicable Joanna Bérenger may have been when she attacked my mother in Parliament falsely accusing her of sequestrating her employee, I should not have used the term ’colon’ and I sincerely regret having used that term », a déclaré le ministre.
Reza Uteem a également affirmé que « les mots ont dépassé ma pensée », ajoutant que son intention n’était pas de blesser qui que ce soit. « If my using the term ’colon’ has hurt or offended anyone then I apologise to the ones that I may have hurt », a-t-il encore écrit.
Cette polémique fait suite à une question parlementaire de Joanna Bérenger le mardi 26 mai concernant une employée bangladaise travaillant comme « carer » au domicile de la mère du ministre. La députée souhaitait obtenir des explications sur des allégations selon lesquelles cette employée aurait été retenue enfermée, ce qui avait rapidement provoqué une montée de tension dans l’hémicycle.