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Husna Karimbocus Kholil : l’indignation comme moteur

Par Fateema Capery
Publié le: 22 mars 2026 à 16:30
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Husna Karimbocus Kholil, fondatrice de l’ONG Solidarité Fam Zenfan et mental coach, œuvre pour soutenir les familles vulnérables et promouvoir l’autonomisation des femmes.

Artiste, coach et mère, elle a fait de la lutte contre l’isolement social sa mission. À 31 ans, elle prouve que la solidarité commence par l’écoute et le respect de la dignité.

Elle aurait pu accepter l’un de ces emplois qu’on lui proposait. Plusieurs fois, l’occasion s’est présentée. Plusieurs fois, elle a décliné… faute de solution pour la garde de ses enfants après l’école. On pourrait voir dans ce renoncement une forme de résignation. Husna Karimbocus Kholil, elle, y lit autre chose : la confirmation d’une conviction qui allait bientôt déborder le cadre de sa propre vie. 

« Je voulais prioriser ma famille tout en poursuivant ma passion d’aider les autres. » À 31 ans, fondatrice de l’ONG Solidarité Fam Zenfan et mental coach, elle a fini par trouver comment tenir les deux ensemble.

Pourtant, si on lui demande comment elle se définit, elle écarte d’emblée les titres. « Une personne animée par l’envie d’aider et de soutenir les autres », dit-elle simplement. Derrière cette modestie apparente se dessine une philosophie de fond. « Chaque individu mérite d’être écouté et accompagné pour surmonter les obstacles de la vie. » Tout ce qu’elle a construit depuis part de là.

Son parcours, lui, résiste aux cases. Études en pédagogie des enfants, puis en food processing, puis en développement durable. Artiste professionnelle – peinture, sculpture en argile – officiellement enregistrée dans ce domaine. Autodidacte en mental coaching. Entrepreneuse, un temps. Mère de trois enfants, en permanence. Il y a chez elle quelque chose qui refuse de se laisser définir par une seule trajectoire, comme si chaque expérience avait été une façon d’élargir le champ de ce qu’elle pourrait, un jour, offrir aux autres.

Ce jour est venu par la force d’un constat. Autour d’elle, des familles en difficulté, des enfants pris dans des situations que personne ne voyait vraiment, ou ne voulait voir. « J’ai vu le nombre de familles et d’enfants confrontés à la précarité et à des situations difficiles, souvent invisibles aux yeux de la société. » 

L’invisibilité : c’est contre elle, autant que contre la misère elle-même, qu’Husna Karimbocus Kholil a décidé de se battre. Solidarité Fam Zenfan est née de là. Non pas d’un plan, mais d’une indignation transfigurée en projet.

L’ONG s’adresse aux familles vulnérables de Maurice, particulièrement touchées par la précarité alimentaire, le manque d’accès aux ressources éducatives, l’isolement social. Mais ce qui distingue l’approche d’Husna de celle d’une assistance classique, c’est ce qu’elle perçoit là où d’autres ne regardent pas : la charge invisible. Le stress qui s’accumule. L’anxiété qui ronge. Le sentiment d’impuissance qui finit par paralyser. « Les besoins émotionnels sont souvent invisibles mais tout aussi cruciaux », dit-elle. Une famille écoutée, soutenue mentalement, est, selon elle, mieux équipée pour surmonter ses défis et pour construire, pas seulement survivre.

C’est là qu’intervient le mental coaching, qu’elle a intégré au cœur du travail social comme d’autres y ajouteraient une aide alimentaire ou un soutien scolaire. Les séances commencent par une écoute, longue, attentive, sans jugement. « Nous travaillons ensuite sur des techniques simples pour gérer le stress, améliorer la communication familiale et renforcer la confiance et la résilience », explique-t-elle. 

Le mot compte : simples. Pas de jargon, pas de protocole inaccessible. Une approche qui part de là où en sont les gens. Chez les parents, elle observe souvent la frustration, l’anxiété, parfois la dépression. Chez les enfants, l’insécurité, le manque d’estime de soi. Dans un pays où la santé mentale reste encore largement taboue, le simple fait de nommer ces réalités constitue déjà un acte.

Les valeurs qui structurent l’ONG – solidarité, compassion, intégrité, respect de la dignité humaine, empowerment – ne sont pas de simples mots affichés sur un document fondateur. Husna y revient avec une insistance qui dit quelque chose de sa conception du travail social : l’aide ne doit jamais ressembler à de la charité. « Chaque action que nous menons est pensée pour respecter et préserver la dignité des bénéficiaires. » La transparence financière fait partie de ce même engagement : comptes tenus, actions partagées avec les donateurs, ressources tracées avec soin.

Parmi les chantiers qui l’occupent le plus, l’autonomisation des femmes occupe une place centrale. Des ateliers sont en préparation : gestion du stress, renforcement de l’estime de soi, développement personnel, mais aussi acquisition de compétences professionnelles et financières. Derrière ces intitulés, il y a une idée simple et radicale à la fois : une femme soutenue et confiante peut transformer non seulement sa propre vie, mais celle de sa famille et, par ricochet, de sa communauté tout entière. « Les enfants sont l’avenir, et une famille stable et soutenue est le socle de la société », dit-elle. Agir sur l’une, c’est agir sur l’autre.

Dans cinq ans, Husna Karimbocus Kholil espère voir Solidarité Fam Zenfan toucher davantage de familles, avec des programmes de soutien mental et éducatif solidement ancrés dans le paysage social mauricien. Des partenariats avec des institutions et des entreprises sont dans les tuyaux. « Les partenariats permettent d’amplifier notre impact et de créer des programmes durables pour les familles », dit-elle. 

Mais ce qui transparaît derrière les projets, c’est quelque chose de plus fondamental : la conviction que la solidarité ne se décrète pas, elle se cultive. 

« Chacun doit se sentir responsable du bien-être des autres. » Une phrase qui pourrait sonner comme un slogan. Dans sa bouche, elle ressemble davantage à une façon d’être, une ligne de conduite.

Ramadan : un mois de solidarité active

Parmi les actions concrètes menées par Solidarité Fam Zenfan figurent les distributions de packs alimentaires, notamment durant le mois sacré du Ramadan. Chaque jour, l’ONG a distribué le sehri et l’iftar aux personnes qui jeûnaient. « Nous nous sommes assurés que chaque personne observant le jeûne puisse recevoir un repas complet et digne, afin de rendre ce mois sacré plus facile et chaleureux pour tous », affirme Husna.

Mais au-delà de l’aide alimentaire, l’impact a aussi été émotionnel. « Nous avons constaté un soulagement émotionnel et une amélioration du bien-être familial. L’aide crée un sentiment de sécurité et montre aux familles qu’elles ne sont pas seules. » Elle se souvient particulièrement d’une mère célibataire qui lui a confié que cette aide avait permis à ses enfants de retrouver le sourire pendant le Ramadan. « Ce moment m’a rappelé que chaque petit geste peut avoir un impact immense. »

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