Eid-ul-Fitr : entre rituels sacrés et joie partagée
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Ce samedi 21 mars, la communauté musulmane célèbre l’Eid-ul-Fitr dans la joie et la convivialité, marquant la fin de 30 jours de jeûne. Cette fête sacrée est une occasion de se réjouir et de partager avec autrui, alors que les fidèles se rassemblent dans les mosquées pour des prières spéciales suivies de festivités en famille.
« Le Ramadan culmine avec la fête de l’Eid-ul-Fitr. Pendant ce mois, nous avons consenti des sacrifices et accompli de bonnes actions. Nous devons continuer sur cette voie même après », souligne l’Imam Zayd Imamane. En ce jour de fête, tout commence dès le réveil par la prière quotidienne. Les fidèles se rendent ensuite à la mosquée pour la prière de l’aube, le « fajr », aux environs de 5 h 30. De retour chez eux, ils procèdent au bain rituel appelé Al-Ghusl avant de revêtir leurs plus beaux habits neufs.
Avant de repartir pour la grande prière de l’Eid, manger des dattes - un geste simple, mais chargé de sens - s’impose. « Manger des dattes est un acte symbolique fort. L’Eid-ul-Fitr est littéralement la fête de la rupture du jeûne. Manger ne serait-ce qu’une datte avant de sortir de chez soi est une manière d’affirmer que le mois de Ramadan est officiellement terminé. C’est un acte d’obéissance : après avoir passé un mois à ne pas manger durant la journée, on montre que l’on suit l’ordre divin de ne plus jeûner, surtout en ce jour de l’Eid », confie l’Imam.
La prière de l’Eid se tient entre 7 h et 8 h. À l’issue du sermon, l’atmosphère s’emplit de fraternité alors que les fidèles échangent des accolades et se souhaitent mutuellement « Eid Mubarak ». « En formulant ces vœux, vous souhaitez à votre prochain que sa fête soit remplie de grâce et de bénédictions divines », explique notre interlocuteur.
Après le partage de quelques douceurs à la sortie de la mosquée, chacun regagne son foyer pour célébrer l’événement en famille. Toutefois, l’Imam Zayd Imamane rappelle qu’un devoir essentiel repose sur les épaules des croyants : le « fitra ». Cette aumône obligatoire, destinée aux plus démunis, doit être effectuée pour valider le jeûne et permettre à tous de célébrer dignement.
La journée se poursuit par des échanges de cadeaux entre proches et le traditionnel partage de gâteaux avec les voisins et les amis de toutes confessions, renforçant ainsi les liens sociaux et l’harmonie au sein de l’île.
L’Eid-ul-Fitr est indissociable du briani. Ce pilier de la gastronomie locale, savant mélange de riz basmati, de viande marinée, de pommes de terre fondantes et d’un bouquet d’épices, demeure la pièce maîtresse des festivités. « Il est difficile de concevoir l’Eid sans ce plat incontournable de notre culture, qui est d’ailleurs très apprécié par toutes les communautés de l’île. La majorité des familles se réuniront autour d’un grand briani, particulièrement pour le dîner, moment fort de cette journée de fête », explique Zahra Rymankhan, spécialiste de la cuisine orientale.
Si le briani est surtout servi le soir, des mets plus variés, offrant une transition plus légère avant le dîner, sont privilégiés pour le déjeuner. « Pour le repas du midi, de nombreuses familles optent pour des plats servis avec du pain, comme le ‘naan’ ou le farata. On retrouve ainsi le célèbre ‘butter chicken’, le ‘kabsa’, le poulet ‘badam’ (aux amandes) ou encore l’original poulet aux pruneaux. Tout est une question de traditions familiales et de préférences personnelles », confie notre interlocutrice.
Traditionnellement, c’est le « sewai » (vermicelles) qui occupe une place d’honneur. Il est dégusté et partagé avec les voisins, les amis et les proches dès le matin. Ce dessert se décline en deux variantes : l’une lactée avec des amandes (« badam »), consommée au petit-déjeuner, et l’autre, plus sèche, idéale pour être offerte tout au long de la journée.
Si les classiques demeurent, Zahra Rymankhan observe l’émergence de nouvelles gourmandises très prisées actuellement. « Il y a un engouement particulier pour les pâtisseries maghrébines, telles que la ‘basboussa’ ou le ‘kunafa’, ainsi que les sablés marocains. On note aussi le succès du ‘rasmalai cake’, du massepin ‘barfi’ et d’autres créations à base de pistaches », souligne notre interlocutrice.
Pour Shabnize Khodabocus Koossa, passionné de cuisine, ce mois de Ramadan s’est déroulé sous le signe d’une profonde sérénité. Durant les dix dernières nuits, elle a observé une ferveur particulière, n’hésitant pas à réduire son temps de sommeil pour se consacrer à la prière. « Le Ramadan est passé très vite. Ce mois béni a été marqué par la piété, surtout pendant les dix derniers jours, où il a fallu dormir moins pour prier. Je suis très satisfaite de ce mois sacré », confie-t-elle.
En ce jour de l’Eid, son programme commence bien avant l’aube. Shabnize prévoit de se réveiller dès 3 heures du matin pour accomplir la prière du « tahajjud ». Ce moment de recueillement passé, elle se dirigera vers les fourneaux pour préparer les incontournables vermicelles au lait et une variété de gâteaux sucrés. « Je vais profiter de cette journée importante, mais il ne faut pas oublier les séances de prières en ce jour de fête. Il est essentiel de poursuivre les efforts spirituels entamés pendant le Ramadan et de ne pas se concentrer uniquement sur le divertissement », souligne Shabnize Khodabocus Koossa.
La journée sera rythmée par les visites familiales et le partage de cadeaux. Après avoir rendu visite à ses parents, elle rejoindra la famille de son époux pour le déjeuner. Le soir, c’est chez elle que les festivités se poursuivront pour un dîner réunissant ses proches. La décoration de la table ne sera pas en reste. « Nous serons en petit comité avec mon époux, mes parents et mon frère. Tandis que ma maman s’occupera du briani, je mettrai les petits plats dans les grands pour le dessert. Au menu : ‘rasmalai cake’, macarons et une multitude de douceurs. Je tiens aussi à ce que la table soit magnifiquement décorée pour l’occasion », confie-t-elle.
Le Ramadan de Muzzamil Pawtoo a été particulièrement intense. Entre ses responsabilités d’organisateur d’événements et ses engagements sociaux et bénévoles au sein des mosquées, concilier foi et vie professionnelle n’a pas été de tout repos. Pourtant, il a relevé le défi avec sérénité. « Je suis vraiment heureux, car malgré un emploi du temps très chargé, j’ai pu observer mon Ramadan dans de bonnes conditions. J’accueille désormais la fête de l’Eid avec beaucoup de joie », dit-il.
En ce jour de célébration, Muzzamil respectera les rituels traditionnels. Après la prière, il se rendra au cimetière pour rendre hommage à ses grands-parents, un moment de recueillement essentiel pour lui. La suite de la journée sera placée sous le signe de la famille : le déjeuner se fera chez sa grand-mère paternelle, tandis que le dîner se déroulera à son domicile.
Pour le jeune homme, « l’Eid est le ciment des liens familiaux », une occasion rare de réunir tout le monde : « Toute la famille du côté de ma maman viendra chez nous pour le dîner, avec un briani au menu. C’est un moment fort, car nous n’avons pas souvent l’occasion de nous retrouver tous ensemble », ajoute-t-il.
Pour Nushreen Ahmed, la première moitié du Ramadan a été marquée par des défis personnels. Les deux premières semaines n’ont pas été de tout repos pour la jeune femme, qui a dû jongler entre ses responsabilités et des préoccupations familiales.
« Mon papa est tombé malade, donc les choses n’étaient pas faciles au début. Mais heureusement, tout s’est bien passé par la suite. Il a fallu s’organiser pour préparer les gâteaux et les repas, entre autres, tout en mettant l’accent sur la prière », confie-t-elle.
En tant que Mehendi Artist (artiste de henné), Nushreen a eu du pain sur la planche dès cette semaine, sollicitée par de nombreuses clientes souhaitant s’embellir pour la fête. Mais aujourd’hui, le jour de l’Eid représente avant tout un moment de célébration personnelle. Les préparatifs ont débuté il y a déjà quelque temps, incluant le grand nettoyage de la maison et l’achat de vêtements neufs. « Avec mon époux, c’est une tout autre ambiance quand nous préparons la fête ensemble. Il y a une vraie complicité dans la préparation des gâteaux et l’organisation de la fête », ajoute Nushreen.
Le programme de la journée est déjà bien établi : elle se rendra chez son beau-frère pour le déjeuner, avant de rejoindre sa maman pour le dîner. Ce sera l’occasion pour toute la famille de se réunir et de célébrer la fin de ce mois sacré dans la convivialité.