Eid-ul-Fitr entre parfum de briyani et douceur des retrouvailles
Par
Rajenee Panchoo
Par
Rajenee Panchoo
Après 30 jours de piété, les ruelles de la capitale ont vibré au rythme de l’Eid-ul-Fitr. Immersion chez les Ozeer, où traditions culinaires et solidarité célèbrent la fin du Ramadan.
Il est encore tôt. Le soleil n’a pas fini de se lever sur Port-Louis que déjà les hommes marchent, en tenue blanche immaculée, vers la mosquée. Leurs pas sont rapides, leurs voix basses. Il y a dans l’air, ce matin-là, quelque chose de particulier, une légèreté, presque physique, après 30 jours de jeûne, de prière et de recueillement. Le Ramadan s’achève. L’Eid commence.
À l’intérieur de la mosquée, les rangs se forment. Épaule contre épaule, genou contre genou. Des hommes de tous âges – le grand-père, le père, le fils – côte à côte dans le même mouvement, la même prosternation, la même louange.
Quand la prière se termine et que les portes s’ouvrent, les embrassades commencent. « Eid Mubarak. » Les mots passent de bouche en bouche, les bras s’ouvrent, les visages s’illuminent. C’est la même scène partout dans le monde et pourtant, ici, elle a la saveur particulière de Port-Louis, de ses ruelles, de ses familles qui se connaissent depuis des générations.
Dans la maison de la famille Ozeer, la fête a commencé bien avant l’aube. Les gâteaux marocains – ceux dont la recette se transmet de mère en fille, de génération en génération – ont été préparés avec une patience que le Ramadan seul enseigne vraiment. La pâte travaillée à la main, le miel versé lentement, les amandes disposées une à une. Ce n’est pas de la cuisine. C’est un rituel.
Quand les invités arrivent – les Rojieedawah, les Cadoo, les Nunhuck, et leur ami Maulgué – l’odeur du briyani a déjà envahi toutes les pièces. Un briyani avec ses épices particulières, sa viande qui s’effiloche, son riz gorgé de safran. Chaque famille a sa version. Chaque version raconte une histoire.
On s’installe. On se sert. On parle fort, on rit, on se coupe la parole. Les enfants courent entre les adultes. Les anciens observent, souriants.
Mais avant les repas, avant les gâteaux et les embrassades, il y a eu un autre geste, moins visible, moins bruyant. La Zakat el-Fitr, l’aumône de fin de Ramadan, versée pour que ceux qui n’ont pas les moyens de fêter puissent eux aussi célébrer. Une façon de dire que la joie n’a de sens que partagée, y compris avec ceux qu’on ne connaît pas, qu’on ne reverra jamais.
Les cadeaux s’échangent. Les enfants tendent des mains impatientes. Les adultes glissent des enveloppes, sourient, promettent de se revoir bientôt. Avant de partir, on embrasse encore une fois. On répète « Eid Mubarak » comme si les mots avaient encore plus de poids à la fin qu’au début.
Dehors, Port-Louis reprend doucement son souffle. Les rues qui étaient vides ce matin s’animent à nouveau. Les odeurs de cuisine flottent encore par les fenêtres ouvertes. Quelque part, un enfant court encore en robe neuve.