Dr Avinash Munohur : « Paul Bérenger doit démissionner »
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Defimedia.info
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Pris entre procédures internes et pression politique, Paul Bérenger temporise au sein du MMM. En minorité dans les instances du parti, il joue la montre, tandis que la question de son leadership et de l’avenir du MMM au gouvernement reste entière. Le point avec le Dr Avinaash Munohur, politologue et consultant en stratégies politiques.
Tout le monde attendait le départ de Paul Bérenger et/ou du MMM du gouvernement. Mais le leader du parti semble être revenu sur ses propos de privilégier le pays pour s’en remettre à la décision du comité central et ainsi jouer les prolongations. Il faut désormais attendre une nouvelle réunion du bureau politique pour connaître sa décision. Vos commentaires ?
Il faut comprendre une chose ici : Paul Bérenger est en train de naviguer dans les procédures du MMM. Le mode de fonctionnement de la Constitution et des instances du parti est assez précis. Il est calqué sur un modèle de type marxiste-léniniste et opère de manière assez similaire à une structure étatique. L’idée est d’ailleurs de calquer ce mode de fonctionnement sur celui d’un gouvernement afin qu’une transition vers le pouvoir puisse se faire de manière naturelle.
Pour faire simple, le bureau politique (BP) est une forme de cabinet ministériel, le comité central (CC) agit comme une instance comparable à une majorité gouvernementale, et l’Assemblée des délégués s’apparente à un Parlement.
De ce fait, Paul Bérenger suit la procédure interne du parti. Cela peut sembler un peu désuet pour un observateur extérieur, mais il a ses raisons, que la raison ne comprend parfois pas.
Ce qui est clair, au regard des événements récents, c’est qu’il est en minorité au BP et au CC. Il n’a pas réussi à construire le consensus nécessaire dans ces instances pour acter une démission du parti du gouvernement. Politiquement parlant, il se trouve actuellement en situation de défaite au sein de son propre parti. S’il y avait aujourd’hui une élection interne au BP ou au CC, il devrait démissionner comme leader du MMM.
Que fait-il donc ? Il temporise. Il accepte sa situation minoritaire et gagne du temps. En d’autres termes, au lieu de mettre à exécution ses menaces de démission – qui impliqueraient également celle du MMM –, il temporise en espérant sans doute jouer sur le levier de l’Assemblée des délégués, où il aurait une réelle chance d’être en position de force.
Vous dites qu’il attendra la réunion du BP de lundi pour prendre une décision. C’est possible. Mais je pense plutôt qu’il convoquera une réunion d’urgence de l’Assemblée des délégués. Ce serait, selon moi, le seul moyen pour lui de reprendre la main sur le MMM actuellement.
l Le MMM se dit un parti structuré qui s’appuie beaucoup sur ses instances. Ne se retrouve-t-il pas, dans la conjoncture actuelle, prisonnier de ces mêmes instances ?
Vous posez une question extrêmement pertinente. Comme je viens de l’expliquer, la structure du MMM est calquée sur un modèle marxiste-léniniste, où les instances fonctionnent comme des organes proches de l’exécutif d’un gouvernement. Ce type de structure présente des avantages certains et l’histoire a montré que, dans un système à parti unique – comme celui du Parti communiste chinois –, cela peut fonctionner.
Jacques Chirac disait d’ailleurs souvent qu’il ne faut pas croire qu’il n’y a pas de démocratie en Chine. Selon lui, cette démocratie ne se situe pas dans le gouvernement, mais au sein du parti. D’une certaine manière, il n’avait pas tort, même si cela relève d’une autre conception de la démocratie. En Chine, la structure du parti est totalement imbriquée dans celle des organes décisionnels de l’État.
À Maurice, nous avons un système différent – et heureusement –, de type westminstérien, avec une pluralité de partis politiques. Dès lors, toute la structure du MMM devient, selon moi, un système parasitaire lorsque le parti est au pouvoir.
Dans notre système, c’est le Conseil des ministres qui décide des politiques du pays, pas le BP. C’est la majorité gouvernementale qui fixe les orientations politiques, pas le CC. C’est le Parlement qui vote les lois et tranche sur les grands enjeux, pas l’Assemblée des délégués.
Le drame du MMM, c’est qu’il n’a jamais pleinement intégré cette réalité. La scission de 1983 découle aussi du fait que Paul Bérenger souhaitait faire du BP du MMM l’organe décisionnel du gouvernement – ce qui est totalement incompatible avec notre système.
Pour répondre directement à votre question, je considère que cette structure est aujourd’hui inutile, désuète et obsolète. Elle ne répond plus aux impératifs actuels.
Je vais même être clair : je trouve problématique que ce soient les membres de l’Assemblée des délégués – essentiellement des militants de longue date, des Bérengistes convaincus – qui puissent décider du maintien ou non du MMM au gouvernement. C’est le peuple, dans l’expression de sa souveraineté, qui a placé le MMM au pouvoir, pas l’Assemblée des délégués.
Et c’est Paul Bérenger, par sa parole, qui a défendu cette alliance avec Navin Ramgoolam comme étant dans l’intérêt du pays. Il lui revient donc d’en assumer pleinement la responsabilité.
l La grande majorité des militants a souhaité que le MMM reste au gouvernement, contre l’avis de son leader. Paul Bérenger peut-il rester à la tête du parti ou doit-il céder sa place ?
Paul Bérenger est en situation de défaite au sein de son parti. Dans n’importe quelle démocratie moderne, un leader dans cette position doit démissionner. C’est ce qui se fait généralement. Margaret Thatcher, par exemple, l’a fait alors qu’elle était encore au sommet de son pouvoir.
S’il estime ne plus pouvoir continuer dans les conditions actuelles, il doit passer le relais à un élu du MMM afin d’assurer la continuité du travail gouvernemental. Aujourd’hui, trois personnalités me semblent en mesure de reprendre le leadership : Rajesh Bhagwan, Ajay Gunness et Reza Uteem.
Cela fait longtemps que Paul Bérenger aurait dû démissionner. Au moins 19 ans. Le MMM a perdu une grande partie de ses talents parce qu’il a conservé ce leadership trop longtemps.
Mais nous sommes à Maurice, et les choses ne fonctionnent pas toujours comme dans d’autres démocraties modernes. Certes, nous sommes une démocratie, mais nous conservons aussi certaines formes d’archaïsme dans nos modes de pensée. C’est là, selon moi, toute la difficulté.