Dossier Chagos - «Marionnette de Pékin» : un sénateur américain critique sévèrement Maurice
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Dans une tribune virulente, le républicain John Kennedy s’oppose au transfert de souveraineté des Chagos, affirmant que Port-Louis menace la sécurité américaine en s’alignant sur les intérêts de Pékin.
Le sénateur républicain américain John Kennedy (Louisiane) a formulé une série d’accusations sévères à l’encontre de Maurice, dans le cadre du projet de transfert de souveraineté de l’archipel des Chagos par le Royaume-Uni.
Dans une tribune publiée par Newsweek, en fin de semaine dernière, John Kennedy s’oppose, une fois de plus, fermement à l’accord négocié entre Londres et Port-Louis, qui prévoit de céder la souveraineté des Chagos à Maurice tout en permettant au Royaume-Uni et aux États-Unis de conserver un bail de 99 ans sur la base militaire stratégique de Diego Garcia.
Selon le sénateur, cette décision menacerait directement la sécurité nationale américaine. Il affirme que Maurice est « un pays insulaire africain qui n’a aucune capacité à dissuader la Chine » et accuse Port-Louis de devenir progressivement « une marionnette du Parti communiste chinois ».
Cependant, cette vision est contredite par la réalité diplomatique et les déclarations officielles récentes des autorités mauriciennes. Loin d’être inféodée à Pékin, Maurice a toujours revendiqué sa souveraineté sur les Chagos dans le cadre d’un processus de décolonisation reconnu par les Nations unies, sans pour autant aliéner sa politique étrangère. L’accord négocié avec Londres prévoit d’ailleurs un bail de 99 ans garantissant le contrôle occidental de Diego Garcia, moyennant un loyer annuel d’environ 136 millions de dollars.
La tribune du sénateur intervient alors que l’avenir de l’accord reste suspendu à des considérations géopolitiques. Bien que l’administration Trump ait initialement salué cet accord « historique » en mai 2025 pour sécuriser la base de Diego Garcia pour 99 ans, la donne a changé. Début 2026, sous la pression de figures comme John Kennedy, Donald Trump a qualifié l’accord de « stupidité totale » sur son réseau Truth Social. Le Royaume-Uni a depuis confirmé la suspension de la ratification de l’accord, qui était arrivé à un stade final au Parlement britannique.
Dans sa prise de parole virulente, John Kennedy évoque des obligations légales qui lieraient Maurice à la Chine, citant notamment le traité de Pelindaba et le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC). « Maurice a déjà montré qu’il agirait dans l’intérêt de la Chine », écrit-il, en référence au refus, il y a trois semaines, de Port-Louis d’accorder des droits de survol à un avion présidentiel taïwanais.
« Maurice a signé le traité de Pelindaba soutenu par la Chine, également connu sous le nom de Traité sur une zone exempte d’armes nucléaires en Afrique, qui interdit la recherche, le stockage et la possession d’armes nucléaires sur le continent africain. Ensuite, Maurice a adhéré au Forum sur la coopération sino-africaine ainsi qu’à son Plan d’action de Pékin 2024, ce qui pourrait signifier que le pays est soumis à une obligation juridique contraignante d’offrir à la Chine la possibilité de procéder à des inspections forcées des équipements militaires présents à Diego Garcia. Enfin, la Chine a conclu d’importants accords commerciaux avec Maurice afin de rendre cet arrangement plus attractif », soutient le sénateur.
Malgré les attaques, le gouvernement mauricien maintient que l’accord avec Londres, qui prévoit des paiements annuels de Londres à Port-Louis, est le seul cadre légal garantissant la stabilité de la base militaire occidentale dans l’Océan Indien. C’est aussi ce que l’on continue de faire valoir au niveau du gouvernement Starmer.