Disparition d’une travailleuse bangladaise : le syndicaliste Faizal Ally Beegun réclame une enquête approfondie
Par
Sharone Samy
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Sharone Samy
L’affaire aurait pu passer inaperçue. Une travailleuse étrangère qui quitte son lieu de travail, un dossier administratif classé sans suite, une enquête de routine. Mais Monowara Begum n’est pas employée chez n’importe qui. Cette aide-soignante bangladaise, recrutée en 2023 pour s’occuper de la mère âgée du ministre du Travail Reza Uteem, a quitté le domicile familial en avril 2026 sans y revenir. Sa disparition a depuis franchi les portes de l’Assemblée nationale, où elle a provoqué, cette semaine, de vifs échanges entre le ministre et la députée Joanna Bérenger (voir aussi en page 7).
Devant le Parlement, Reza Uteem s’est attaché à dissiper tout soupçon de traitement de faveur. Le permis de travail de Monowara Begum, a-t-il précisé, avait été obtenu puis renouvelé selon les procédures administratives ordinaires, sans intervention de sa part. La Special Migrant Workers Unit, chargée d’enquêter sur le cas, n’aurait relevé ni plainte déposée ni situation d’exploitation caractérisée. La police, elle, poursuit ses recherches. Selon nos informations, la jeune femme serait saine et sauve.
Mais pour Faizal Ally Beegun, président de la Textile Manufacturing and Allied Workers, cette affaire individuelle ne saurait occulter une réalité systémique. « Maurice compte un nombre important de travailleurs étrangers en situation irrégulière. Et plus de 4 000 Bangladais sont portés disparus », rappelle-t-il, réclamant une enquête approfondie pour « mieux comprendre ce qui a pu se passer ».
Le syndicaliste balaie d’un revers de main l’hypothèse d’une fuite volontaire et sans motif. L’argument est économique autant que moral : « Une personne ne dépense pas plus de Rs 300 000 pour venir travailler à Maurice, quitter son pays natal et sa famille, pour ensuite fuir son lieu de travail. Il faut qu’il y ait une raison. »
Faizal Ally Ally Beegun s’en prend également à la gestion diplomatique du dossier de Monowara Begum, dénonçant la circulation sur les réseaux sociaux d’une vidéo devenue virale dans laquelle la communauté bangladaise était appelée à aider aux recherches. « Comment peut-on agir de la sorte ? » interroge-t-il, visant directement l’ambassade du Bangladesh.
L’affaire Monowara Begum s’inscrit dans un contexte que le ministre lui-même a rappelé devant le Parlement : celui d’une main-d’œuvre migrante pléthorique, dont les conditions d’accueil font l’objet de critiques récurrentes. Les autorités avaient d’ailleurs imposé, à un moment, une restriction temporaire sur le recrutement de travailleurs bangladais, avant d’autoriser une reprise encadrée.
Reza Uteem a conclu ses échanges avec la députée Bérenger en rappelant que les travailleurs migrants disposent, en droit mauricien, des mêmes protections que les salariés locaux.