Démocratie et liberté d’expression : le PM annonce un recours à des organisations internationales pour combler les «failles»
Par
Patrick Hilbert
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Patrick Hilbert
Le Premier ministre Navin Ramgoolam affirme que le gouvernement entend franchir une nouvelle étape dans le processus de consolidation démocratique, en sollicitant un regard extérieur sur les failles du système mauricien. « Nous allons inviter des organisations internationales à réexaminer les failles de notre système », indique-t-il, dans une réponse détaillée portant sur la reclassification de Maurice comme démocratie électorale dans le rapport 2026 du Varieties of Democracy (V-Dem) Institute.
Dans sa réponse écrite, déposée en fin de semaine dernière au Parlement, qui s’inscrit à la suite d’une question du député Khushal Lobine, leader des Nouveaux Démocrates, le chef du gouvernement revient sur l’évolution récente des indicateurs démocratiques du pays. À noter que le Premier ministre n’aborde pas la question de la Freedom of Information Act, pourtant évoquée parmi les promesses électorales du gouvernement.
Navin Ramgoolam souligne que le rapport publié le 17 mars 2026 « fournit une évaluation complète de la démocratie à travers les pays du monde », reposant sur cinq indices : démocratie électorale, libérale, participative, délibérative et égalitaire.
Le Premier ministre affirme que « les informations présentées dans les différents rapports V-Dem au cours des dernières années, y compris les facteurs et indicateurs utilisés, ont été soigneusement prises en considération ». Il dresse ensuite un historique des classements successifs de Maurice, marqués par une dégradation continue entre 2021 et 2024.
Ainsi, en 2021, Maurice figurait « parmi les dix pays en voie d’autocratisation », en raison notamment d’un recul de la qualité des élections de 2019, d’allégations de fraude, de la diffusion de fausses informations et de mesures jugées antidémocratiques, telles que la suspension du Parlement en 2020 et la dispersion de manifestations pacifiques. En 2022, le pays restait dans cette catégorie, avec « une censure accrue des médias » relevée dans le rapport.
La situation s’aggrave en 2023, lorsque Maurice est classé comme « autocratisateur majeur ». Le rapport note alors que la démocratie est en « fort déclin » et va jusqu’à affirmer que « la démocratie semble tenir à un fil ». En 2024, le pays est rétrogradé au statut « d’autocratie électorale en zone grise », perdant son statut de démocratie libérale acquis auparavant. Le rapport souligne également que Maurice figurait parmi les pires contrevenants en matière de censure médiatique et évoque un processus d’autocratisation amorcé dès 2018.
En 2025, une inflexion est toutefois anticipée, le rapport évoquant la possibilité d’une mauvaise classification après les élections générales de 2024, susceptibles d’inverser la tendance. Cette dynamique se confirme en 2026. « Les élections générales de 2024 ont entraîné un changement de gouvernement et mis fin aux dérives autoritaires », cite le Premier ministre, qui insiste sur le fait que Maurice « figure désormais en tête de la liste des retournements en termes d’ampleur de l’amélioration » et a « retrouvé son statut de démocratie électorale ».
Navin Ramgoolam attribue ce redressement à la rupture avec les pratiques de l’ancien gouvernement. Il évoque une période durant laquelle « l’ancien gouvernement a censuré les médias, a harcelé des journalistes et a été pris en flagrant délit d’écoutes téléphoniques ». À l’inverse, il affirme que depuis les dernières élections, « ces libertés fondamentales ont désormais été rétablies », en référence à la liberté d’expression et aux droits liés aux médias.
Le Premier ministre reconnaît toutefois que certaines voix continuent de contester l’ampleur des changements. « Certains pensent encore qu’il n’y a eu aucun changement. Il n’y a pas de plus grand changement que d’être à nouveau libre », déclare-t-il. Les progrès enregistrés ont été « constatés et reconnus » dans le rapport 2026 du V-Dem, selon lui.