Déchets solides et entretien des plages : Rs 711 M investis et une efficacité absente
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Maurice consacre des ressources importantes à la protection de l’environnement. Pourtant, le dernier rapport du National Audit Office met en évidence un décalage préoccupant entre les ambitions affichées et les résultats obtenus.
Sur le plan climatique, le pays vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2035. Pour l’exercice financier 2024-2025, une réduction de 1 200 Gg de CO2 était attendue. En réalité, la réduction effective n’a été que de 184 Gg soit environ 15 % de l’objectif fixé. Ce résultat traduit une performance largement insuffisante. Le rapport de l’audit souligne l’absence de suivi rigoureux et de mesures correctives en temps opportun, malgré la mise en place d’un comité chargé du changement climatique.
La gestion des déchets plastiques illustre également ces difficultés. Une division dédiée à la gestion du plastique a été créée en 2021 afin de lutter contre la pollution. Toutefois, un instrument réglementaire clé, notamment les règlements sur la responsabilité élargie des producteurs, n’était toujours pas finalisé en novembre 2025. En l’absence de ce cadre, les mécanismes visant à améliorer le recyclage et à responsabiliser les producteurs restent inopérants.
Sur le plan financier, les montants engagés sont significatifs. Le rapport de l’audit fait état de dépenses de Rs 711 millions consacrées à la gestion des déchets solides et dangereux ainsi qu’à l’entretien des plages. Toutefois, ces investissements ne se traduisent pas par une efficacité opérationnelle satisfaisante. Des lacunes ont été relevées dans la gestion des contrats de nettoyage, dans l’exploitation des stations de transfert et dans l’entretien des infrastructures de traitement des déchets.
Le site d’enfouissement de Mare Chicose constitue un exemple révélateur. Il ne disposait pas de certificat de sécurité incendie valide et a été affecté par un incendie ayant interrompu ses opérations. Ce site était exploité dans le cadre d’un contrat d’un montant total de Rs 181,2 millions. Cette situation met en évidence des faiblesses importantes en matière de conformité réglementaire et de gestion des risques.
D’autres dysfonctionnements concernent les capacités de suivi environnemental. Le National Environmental Laboratory (Mauritius) a connu des défaillances opérationnelles, ce qui limite la fiabilité des données nécessaires à la prise de décision. Par ailleurs, des retards ont été constatés dans la mise en œuvre de projets de protection côtière, pourtant essentielle face aux effets du changement climatique.
Dans l’ensemble, le rapport de l’audit ne remet pas en cause les objectifs environnementaux du pays, mais il met en lumière des insuffisances structurelles dans leur mise en œuvre. Il révèle que les responsabilités sont fragmentées entre plusieurs acteurs, les mécanismes de suivi restent insuffisants et les résultats obtenus ne reflètent pas les ressources mobilisées. Le constat : Maurice dispose de politiques et de financements pour l’environnement, mais les résultats restent en deçà des attentes.