Consultations prébudgétaires : des syndicats boudent la rencontre de ce jour
Par
Le Défi Quotidien
Par
Le Défi Quotidien
À la veille de la fête du Travail, le climat social se tend. Plusieurs fédérations syndicales ont décidé de boycotter les consultations prébudgétaires prévues ce jeudi 30 avril, dénonçant un manque de considération dans l’organisation de cet exercice.
Le front syndical affiche une position ferme. À l’issue d’échanges tenus dans l’après-midi du mercredi 29 avril avec le ministère du Travail, plusieurs organisations ont annoncé qu’elles ne participeront pas aux consultations prébudgétaires prévues le lendemain avec le ministère des Finances. Une décision prise en réaction au format retenu pour ces discussions, jugé inapproprié par les représentants syndicaux.
Selon eux, ils ont été informés par courriel, dans la matinée du mercredi, de la tenue d’une rencontre en vue des consultations prébudgétaires. Toutefois, le point de friction concerne le niveau de représentation. Les syndicats affirment avoir appris que les échanges seraient conduits par un Junior Minister, et non par le Premier ministre, également ministre des Finances.
Pour le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, cette situation constitue un signal négatif. « Nous avons reçu un mail dans la matinée pour nous informer de cette rencontre. Le problème, c’est que ces consultations auront lieu avec un Junior Minister et non le Premier ministre. C’est impératif que Navin Ramgoolam nous reçoive. Nous avons donc fait front commun et nous ne serons pas présents ce jeudi », déclare-t-il.
Ce boycott est soutenu par plusieurs organisations, notamment la General Workers Federation (GWF), le MLC, la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), ainsi que le mouvement Liberasyon Moris et d’autres fédérations. Cette prise de position commune traduit un malaise persistant dans les relations entre les syndicats et les autorités, dans un contexte économique jugé difficile.
Le président de la GWF, Clency Bibi, évoque, pour sa part, un manque de respect à l’égard du mouvement syndical. « C’est inélégant. Il n’y a aucune coordination. Nous sommes des représentants des fédérations syndicales. Comment peut-on nous demander de rencontrer un Junior Minister alors que le pays est confronté à une situation difficile ? » s’interroge-t-il. L’inflation et la hausse du coût de la vie continuent de peser lourdement sur les travailleurs, poursuit le syndicaliste.
Clency Bibi fait aussi référence aux décisions prises l’année précédente, notamment la réforme de la pension de vieillesse, qui avait suscité de vives réactions. Selon lui, ces précédents ont contribué à fragiliser la confiance entre les syndicats et le gouvernement.
Du côté de la CTSP, le négociateur Reaz Chuttoo s’inscrit dans la même logique. Il estime que la décision de boycott repose sur une réflexion collective nourrie par les expériences passées. « Sat bwar dile so enn sel fwa. Nou pa pou al enn konsiltasion avek enn Junior Minister. Bizin sov manze travayer ek zot bizin arete denigre nou », affirme-t-il.
Pour Narendranath Gopee, les consultations prébudgétaires constituent un exercice important qui nécessite rigueur et respect. Il déplore une approche « inadaptée » face aux enjeux actuels. « Ce n’est pas possible de travailler à l’amateurisme alors que le pays traverse des difficultés économiques et sociales. Pa vinn pled larogans », lance-t-il, tout en appelant à un engagement plus direct du chef du gouvernement.
Ce boycott intervient à un moment symbolique, à la veille du 1ᵉr mai, traditionnellement consacré aux revendications des travailleurs. Il met en lumière des tensions persistantes entre les partenaires sociaux et les autorités, sur fond de préoccupations liées au pouvoir d’achat, à l’inflation et aux orientations économiques. La question reste désormais de savoir si cette absence des syndicats aux consultations prébudgétaires aura un impact sur la suite du processus, et si un dialogue pourra être rétabli dans les prochains jours. Affaire à suivre...