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Comité interministériel sur les maisons en amiante - Joanna Bérenger : «Sans données actualisées, aucune politique ne pourra être efficace»

Par Sharone Samy
Publié le: 20 avril 2026 à 13:20
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Joanna berenger
Joanna Bérenger plaide pour un nouveau recensement national afin d’établir un état des lieux précis des maisons en amiante et guider les décisions du comité interministériel.

Face à la mise en place d’un comité interministériel sur les maisons en amiante, le débat sur l’efficacité des actions publiques refait surface. Entre données obsolètes, lenteur du démantèlement et enjeux sanitaires majeurs, Joanna Bérenger et Reaz Chuttoo appellent à une approche plus rigoureuse, fondée sur des chiffres actualisés et des décisions concrètes urgentes.

Réagissant à la décision du Conseil des ministres du vendredi 10 avril d’instituer un comité interministériel sur les maisons en amiante, la députée indépendante, Joanna Bérenger accueille favorablement cette initiative, tout en appelant à aller plus loin. Elle rappelle que ce dossier s’inscrit dans une problématique ancienne : dans les années 1960, 3 113 unités avaient été construites à travers 59 sites à Maurice, dont 1 560 étaient toujours occupées selon une étude réalisée en 2022. 

Dans ce contexte, elle souligne que le processus de démantèlement, amorcé depuis plusieurs années, progresse lentement. Depuis 2015, seulement 224 maisons ont été démolies sur une base volontaire, ce qui illustre les limites de l’approche actuelle. Pour elle, la mise en place de ce comité, présidé par le ministre du Logement et des Terres et regroupant plusieurs portefeuilles clés, constitue « un premier pas », mais ne saurait suffire sans une base de données actualisée et exhaustive. « La décision du Conseil des ministres montre qu’il y a une prise de conscience au plus haut niveau. Toutefois, pour que ce comité soit réellement efficace, il faut qu’il s’appuie sur des informations fiables et récentes », soutient-elle. Dans cette optique, elle insiste sur l’urgence de confier à Statistics Mauritius la réalisation d’un nouveau recensement national sur les maisons contenant de l’amiante.

Elle affirme : « Il est impératif qu’un nouveau recensement soit mené pour déterminer avec précision le nombre de maisons encore concernées, leur état réel, mais aussi la situation des familles qui y vivent ». Selon la députée, les données disponibles, issues notamment de l’étude de 2022, ne permettent plus d’avoir une lecture fidèle de la réalité actuelle. « Depuis, il y a eu des évolutions : certaines maisons ont été abandonnées, d’autres se sont davantage dégradées, et les conditions socio-économiques des occupants ont changé. On ne peut pas bâtir une politique publique sur des chiffres qui ne sont plus à jour », insiste-t-elle.

Au-delà du simple décompte, Joanna Bérenger estime que ce recensement doit intégrer une dimension sociale approfondie. « Il faut identifier les cas prioritaires : les familles avec enfants, les personnes âgées, les malades. Ce sont ces situations qui doivent guider les décisions du comité interministériel », explique-t-elle, rappelant que la question de l’amiante relève avant tout d’un enjeu de santé publique.

Si elle reconnaît l’importance d’une approche intersectorielle - impliquant les ministères du Logement, de l’Environnement, de la Santé, des Infrastructures et des Collectivités locales - , la députée met en garde contre une démarche qui resterait uniquement administrative. « Un comité, aussi bien composé soit-il, ne produira pas de résultats concrets sans une stratégie claire, des priorités définies et des moyens adaptés », fait-elle ressortir.

Joanna Bérenger réitère également ses réserves quant à l’approche actuelle basée sur le volontariat pour le démantèlement. « Le faible nombre de maisons démolies ces dernières années montre les limites de ce modèle. Tant que les familles n’auront pas de solutions de relogement crédibles, elles refuseront de quitter leur maison, même si elle présente un risque », souligne-t-elle.

Pour elle, la responsabilité de l’État est engagée et impose une réponse plus ambitieuse. « Ces maisons ont été construites dans un cadre public. Aujourd’hui, les risques sont connus. Il est temps de passer d’une logique d’intention à une logique d’action, en commençant par un recensement sérieux qui permettra enfin d’avoir une vision claire et complète de la situation », fait-elle ressortir.

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