Mise à jour: 25 janvier 2026 à 10:00

Chagos : Gavin Glover évoque un gel diplomatique de deux mois

Par Sharone Samy
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120126- Diego
La base militaire de Diego Garcia est au centre de préoccupations sécuritaires.

Le gouvernement britannique aurait suspendu le processus de rétrocession pour clarifier des obstacles juridiques et sécuritaires. Port-Louis reste serein malgré les pressions médiatiques et les incertitudes liées à la géopolitique internationale.

Le dossier des Chagos connaît un nouveau rebondissement qui vient ajouter à la confusion et aux tensions déjà palpables autour de ce dossier hautement sensible. Ces derniers jours, plusieurs médias britanniques, notamment issus de la presse conservatrice, ont affirmé que le premier ministre britannique Sir Keir Starmer aurait décidé de tirer un trait sur le projet de loi portant sur la rétrocession de l’archipel à Maurice. Une information qui, si elle était avérée, constituerait un tournant majeur dans un processus présenté jusqu’ici comme juridiquement balisé.

À Port-Louis, ces informations sont toutefois accueillies avec une grande prudence. Joint au téléphone, le Deputy Prime Minister Paul Bérenger affirme prendre cette annonce « avec des pincettes », estimant qu’une certaine frange de la presse britannique dite de droite multiplie les tentatives pour torpiller l’accord conclu entre Londres et Port-Louis. Selon lui, il ne faut pas confondre agitation médiatique et réalité politique, d’autant que le dossier est devenu un enjeu de politique intérieure au Royaume-Uni.

Dans la matinée du samedi 24 janvier, l’Attorney General Gavin Glover est également monté au créneau pour clarifier la situation, lors de l’émission La Voix Moris sur Radio Plus, animée par Nawaz Noorbux. D’entrée de jeu, il a tenu à corriger ce qu’il qualifie de mauvaise interprétation des faits. « I remain cautiously optimistic », a-t-il déclaré, soulignant que le projet de loi n’a pas été annulé, contrairement à ce que laissent entendre certains titres de presse.

« Je note que des informa-tions ont été mal relayées. Le gouvernement britannique a décidé de geler le texte de loi et non de l’annuler comme veulent le faire croire certaines presses », a précisé Gavin Glover. Selon lui, il s’agit d’un gel temporaire du processus législatif, décidé dans un contexte diplomatique délicat. Et ce, pour une période d’environ deux mois.

Logique géopolitique

L’Attorney General explique que cette pause vise à permettre aux autorités britanniques et américaines de mener des discussions approfondies, notamment sur les implications sécuritaires liées à la base militaire de Diego Garcia. « Nous laissons aux Britanniques et aux Américains le soin d’entamer leurs discussions. Nous allons laisser les consultations se faire », a-t-il ajouté, rappelant que le dossier dépasse désormais le strict cadre bilatéral pour s’inscrire dans une logique géopolitique plus large.

Gavin Glover a toutefois insisté sur un point fondamental : la reconnaissance de la souveraineté de Maurice sur les Chagos n’est pas remise en question. « Les Britanniques ont reconnu la souveraineté de Maurice. Pour le moment, c’est un gel pour le processus législatif, et cela pour deux mois. Nous sommes souverains et nous le resterons », a-t-il martelé, se voulant rassurant malgré les incertitudes actuelles.

Ce gel intervient dans un climat international particulièrement tendu. La sortie virulente du président américain Donald Trump qualifiant l’accord de « stupide », les mises en garde de généraux américains sur les implications sécuritaires du transfert de souveraineté, ainsi que les tensions autour du Groenland et la menace d’une guerre tarifaire entre les États-Unis et l’Europe, ont contribué à repositionner le dossier des Chagos dans une logique de rapports de force où la sécurité stratégique semble désormais primer sur les considérations juridiques.

Dans ce contexte, une lettre, récemment évoquée dans certains cercles politiques et médiatiques britanniques, aurait freiné le processus législatif en accentuant les réticences au sein de l’appareil politique et militaire. Elle renforce l’idée que le dossier des Chagos est désormais abordé avant tout sous l’angle de la sécurité nationale et des alliances stratégiques. Datée du 23 janvier 2026, et adressée à la ministre britannique des Affaires étrangères Jennyfer Chapman, la lettre, signée par Lord Callanan, soulève une contradiction juridique majeure entre des traités existants liant le Royaume-Uni aux États-Unis et le nouvel accord conclu avec Maurice.

Traité de 1966

Dans sa lettre, Lord Callanan rappelle l’existence du traité n°8737, signé le 30 décembre 1966 entre Londres et Washington, relatif à la mise à disposition du British Indian Ocean Territory (BIOT) à des fins de défense. L’article 1 de ce traité stipule explicitement que « le territoire demeure sous souveraineté britannique ». Or, selon lui, cette disposition entrerait en contradiction directe avec l’accord signé le 22 mai 2025 entre Londres et Port-Louis, qui reconnaît la souveraineté de Maurice sur l’ensemble de l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia.

Lord Callanan souligne également une incompatibilité avec le projet de loi britannique sur la base militaire de Diego Garcia et le BIOT, qui prévoit la fin de la souveraineté britannique sur le territoire, à l’exception de Diego Garcia. En l’absence d’un amendement formel au traité de 1966, il interroge la ministre sur un point central : le Parlement britannique risquerait-il de se placer en violation du droit international en adoptant le texte actuel ?

Cette correspondance, à forte portée juridique, expliquerait en grande partie pourquoi le gouvernement britannique a opté pour un gel temporaire du processus législatif, le temps de clarifier la hiérarchie des engagements internationaux. Plus qu’un simple échange épistolaire, cette lettre relève le nœud juridique qui complique désormais un dossier déjà lourdement politisé.

Alors que Maurice tente de maintenir le cap, entre fermeté diplomatique et prudence stratégique, une chose est claire : le dossier des Chagos est entré dans une phase critique, où chaque signal, chaque déclaration et chaque document peuvent peser lourdement sur l’issue finale du processus.

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