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Budget 2026-27 : des CEO prônent un pays innovant et tourné vers l’avenir

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 30 May 2026 à 14:00
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Jacques d’Unienville, Nishi Kichenin, Patrice Robert et Lawrence Wong.
Jacques d’Unienville, Nishi Kichenin, Patrice Robert et Lawrence Wong.

À l’approche du Budget 2026-27, plusieurs acteurs économiques affichent une vision résolument optimiste pour l’avenir de Maurice. Le pays est perçu comme capable de se réinventer grâce à son agilité, son ouverture au monde et sa capacité d’innovation.

Jacques d’Unienville, CEO Omnicane : « Mettre en place des mesures ambitieuses pour renforcer la résilience »

" Maurice se trouve à un moment charnière de son développement. Il est essentiel de mettre en place des mesures ambitieuses capables de renforcer la résilience et la compétitivité du pays.

Premièrement, le secteur de la canne demeure un pilier stratégique, non seulement sur le plan économique et social, mais également en matière de sécurité énergétique et de préservation de l’environnement. Aujourd’hui, cette industrie fait face à plusieurs chocs : hausse des coûts de production, volatilité des marchés internationaux et changement climatique. Dans ce contexte, une meilleure rémunération de la bagasse apparaît essentielle, car elle est une ressource énergétique stratégique contribuant directement à la stabilité du réseau électrique et à la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles importées. Soutenir davantage la filière cannière, c’est aussi préserver des milliers d’emplois, maintenir l’activité économique dans les régions rurales et protéger un paysage qui fait partie intégrante de l’identité mauricienne.

Deuxièmement, Maurice doit impérativement continuer à améliorer son environnement des affaires afin de renforcer son attractivité auprès des investisseurs locaux et étrangers. Dans un monde dans lequel les capitaux sont extrêmement mobiles, la rapidité des procédures administratives, la visibilité réglementaire et la stabilité des politiques publiques deviennent des facteurs déterminants. Maurice possède des atouts uniques : une position géographique stratégique entre l’Afrique et l’Asie, un cadre institutionnel reconnu et une ouverture internationale forte. Il nous faut tirer profit de ces atouts afin d’attirer des investissements de qualité, porteurs d’innovation, de transfert de compétences et de création d’emplois.

Troisièmement, en matière d’énergie renouvelable, beaucoup d’objectifs ont déjà été annoncés ces dernières années.

Le moment venu de passer à une phase d’accélération. La transition énergétique ne peut rester uniquement une ambition ; elle doit être accompagnée de mécanismes incitatifs clairs et efficaces. Ceux-ci doivent encourager les investissements dans le solaire, le stockage d’énergie, la biomasse et d’autres technologies vertes. La sécurité énergétique représente un enjeu critique pour une petite île comme Maurice, fortement dépendante des importations. Chaque projet renouvelable développé localement contribue non seulement à réduire notre exposition aux fluctuations internationales, mais également à construire une économie plus résiliente et durable.

Quatrièmement, de manière plus générale, il est fondamental de maintenir une dynamique forte de croissance économique. Une économie qui progresse crée de la richesse, stimule l’investissement, favorise l’innovation et génère des opportunités pour la population, notamment pour les jeunes. Le développement économique demeure le principal moteur de création d’emplois et d’amélioration du niveau de vie. Il est donc essentiel de soutenir les secteurs porteurs et d’encourager l’entrepreneuriat, l’investissement productif et l’innovation. Dans cette perspective, Maurice doit se positionner de manière beaucoup plus affirmée sur les secteurs de la fintech, de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Ces industries transforment actuellement l’économie mondiale et représentent une formidable opportunité pour les petits États agiles comme le nôtre. Nous devons créer un cadre réglementaire moderne et flexible, investir davantage dans les compétences numériques et promouvoir un environnement propice à l’innovation. Maurice a le potentiel de devenir une plateforme régionale de services technologiques reliant l’Afrique, l’Asie et l’Europe. Pour y parvenir, il faudra également attirer des talents internationaux, des startups innovantes et des entreprises technologiques capables de dynamiser cet écosystème.

Cinquièmement, l’économie bleue représente un immense potentiel encore sous-exploité pour Maurice. Notre vaste zone économique exclusive constitue une richesse stratégique qui peut contribuer durablement à la diversification de notre économie. Qu’il s’agisse des biotechnologies marines, d’aquaculture durable, des services maritimes, de l’économie portuaire ou encore des énergies océaniques, les opportunités sont nombreuses. Toutefois, le développement de l’économie bleue devra impérativement s’inscrire dans une logique durable et responsable afin de préserver les écosystèmes marins pour les générations futures.

Sixièmement, la recherche, l’innovation et le développement technologique doivent devenir des priorités stratégiques pour Maurice si nous voulons bâtir une économie plus compétitive et à forte valeur ajoutée. Dans un monde en transformation rapide, les pays qui investissent dans la connaissance, la technologie et l’innovation sont ceux qui créent les emplois de demain et attirent les investissements de qualité. Le Budget 2026/2027 pourrait ainsi jouer un rôle catalyseur en mettant en place davantage d’incitations fiscales et de mécanismes de financement pour encourager les entreprises à investir dans la recherche et développement (R&D), la numérisation, l’intelligence artificielle, les technologies vertes et l’innovation industrielle. Il est également important de renforcer les partenariats entre le secteur privé, les universités et les centres de recherche afin de favoriser l’émergence d’un écosystème d’innovation mauricien. Maurice dispose de nombreux talents. Il faut créer les conditions permettant à ces compétences de s’exprimer pleinement, tout en attirant des startups, des chercheurs et des professionnels internationaux capables de contribuer à cette dynamique. L’innovation doit être perçue non seulement comme un moteur de croissance économique, mais aussi comme un levier essentiel pour améliorer la productivité, renforcer notre résilience et préparer le pays à surmonter les défis qui se présentent.

Le Budget 2026/2027 est une opportunité de poser les bases d’une économie mauricienne plus résiliente, plus innovante et tournée vers l’avenir." 


Nishi Kichenin, Group CEO Juristax : « L’IA et la conformité sont devenues stratégiques »

" À l’approche du Budget 2026-2027, Maurice doit faire attention à une chose : ne pas croire que notre avenir économique pourra encore être protégé uniquement par des ajustements fiscaux ou de nouvelles taxes. Aujourd’hui, les capitaux, les entreprises et les talents se déplacent rapidement. Les investisseurs comparent les juridictions. Ils regardent où les décisions se prennent vite, où les règles sont stables et où l’environnement inspire confiance.

Nous devons aussi avoir le courage de reconnaître une réalité. Celle que Maurice n’est plus un pays à bas coût. Nous ne pouvons pas rivaliser avec les grandes économies sur la taille du marché ou les ressources naturelles. Notre avantage doit donc venir d’ailleurs : de notre stabilité, de notre rapidité d’exécution et surtout de notre capacité à offrir des services sophistiqués à forte valeur ajoutée.

La première priorité devrait être de renforcer sérieusement la crédibilité de notre secteur financier et de l’industrie de la conformité – « Compliance services ». Avec l’évaluation ESAAMLG qui approche et la pression constante des organismes internationaux, Maurice ne peut pas continuer à vouloir être un centre financier reconnu tout en tolérant certains niveaux de services de compliance. Aujourd’hui, pratiquement n’importe qui peut offrir des services de compliance à des sociétés licenciées ou supervisées. Certaines structures font un excellent travail. D’autres sont beaucoup moins encadrées. À terme, cela fragilise la réputation de tout l’écosystème.

Le moment est venu d’introduire un véritable « Compliance Services Accreditation Framework » pour les prestataires de services de compliance, avec des critères de compétence, d’expérience, de formation continue et de contrôle qualité.

Cette réflexion existe pourtant depuis plusieurs années dans le secteur. Le débat a déjà été soulevé à plusieurs reprises, notamment en raison des attentes croissantes des organismes internationaux et de l’évolution des standards de supervision. Pourtant, très peu d’avancées concrètes ont été réalisées jusqu’ici. Cette réforme se fait attendre depuis beaucoup trop longtemps. À mon avis, Maurice ne peut plus se permettre de retarder davantage ce type de réforme si nous voulons protéger durablement la crédibilité de notre centre financier. Dans un environnement international de plus en plus exigeant, l’absence de cadre clair finit toujours par devenir un risque pour l’ensemble du secteur.

La deuxième priorité doit être l’automatisation et l’intelligence artificielle. Beaucoup d’entreprises mauriciennes fonctionnent encore avec des processus très manuels, une forte dépendance humaine et des outils parfois dépassés. Pendant ce temps, Singapour, les Émirats arabes unis et plusieurs juridictions asiatiques investissent massivement dans l’automatisation, l’IA, la cybersécurité et les technologies digitales pour gagner en productivité et résoudre leurs problèmes de main-d’œuvre.

Maurice devrait mettre en place un véritable « National AI and Automation Tax Credit » permettant aux entreprises de déduire jusqu’à 150 % des investissements réalisés dans l’automatisation, les logiciels, la cybersécurité, les solutions RegTech et les infrastructures digitales. Une entreprise qui investit dans ces domaines ne modernise pas seulement ses opérations. Elle aide aussi le pays à devenir plus compétitif.

La troisième priorité est la cybersécurité et la protection des données. Une juridiction qui veut attirer des banques, des fintechs, des fonds, des Family Offices ou des sièges régionaux doit être capable de protéger ses données et ses infrastructures sensibles. Aujourd’hui, une cyberattaque majeure contre une institution financière mauricienne aurait un impact extrêmement lourd sur l’image du pays. Nous devons arrêter de voir la cybersécurité comme un simple sujet informatique. C’est devenu un enjeu économique national.

Enfin, Maurice doit revoir sa manière d’attirer les investissements étrangers. À force de vouloir compenser chaque difficulté budgétaire par davantage de taxation, nous risquons surtout d’envoyer un signal d’instabilité. Or, dans une économie mondialisée, le capital devient extrêmement mobile. Lorsqu’un pays devient imprévisible, lent ou fiscalement agressif, les investisseurs déplacent simplement leurs projets ailleurs.

Les pays qui réussissent aujourd’hui ne sont pas ceux qui taxent le plus. Ce sont ceux qui créent un environnement stable, rapide et attractif pour les entreprises et les investisseurs. Maurice devrait mettre en place un corridor accéléré pour les projets stratégiques dans la technologie, l’intelligence artificielle, la fintech, la cybersécurité et la gestion de fonds, avec un traitement rapide, une stabilité fiscale et un accès facilité aux talents internationaux.

Maurice possède encore des atouts considérables. Mais les petites juridictions ne survivent plus simplement grâce à leur réputation historique. Elles survivent lorsqu’elles deviennent plus intelligentes, plus rapides et plus crédibles que des économies beaucoup plus grandes qu’elles. C’est là que se jouera désormais la vraie compétitivité de Maurice." 


Patrice Robert, Deputy Group CEO, IBL Ltd : « Le Budget doit soutenir la compétitivité du pays »

" Il est important de créer de nouvelles opportunités, mais je pense qu’il est critique de continuer à renforcer les fondamentaux qui font fonctionner notre économie. 

« Back to basics ». Ce n’est pas regarder en arrière, ni un manque d’ambition. C’est une approche pragmatique. Maurice a toujours su avancer en s’ouvrant au monde, en s’adaptant et en construisant avec d’autres. Mais chaque nouvelle étape demande une base solide. Ce Budget pourrait aider à poser cette base. 

Les attentes sont concrètes. Le Budget doit soutenir la compétitivité du pays, tout en tenant compte du pouvoir d’achat, de l’emploi et des perspectives pour les jeunes. Une économie en bonne santé ne se mesure pas seulement à sa croissance. Elle se mesure aussi à sa capacité à créer de la confiance et à permettre au plus grand nombre de se projeter. 

La priorité concerne nos infrastructures stratégiques et notre connectivité. Pour une île, être bien connectée au monde est essentiel. Le port, l’aéroport, la logistique, les potentialités de stockage et les services liés aux échanges influencent directement le coût des importations, la fluidité des exportations, le tourisme, les affaires et l’attractivité du pays.   

Ce lien entre infrastructure et vie quotidienne est souvent sous-estimé. Quand les échanges sont plus efficaces, c’est toute l’économie qui respire mieux - et ce sont les ménages qui en bénéficient en premier. Investir dans ces leviers, c’est investir dans la compétitivité du pays et dans le pouvoir d’achat de chaque Mauricien. 

La deuxième priorité est l’énergie. Il faut poursuivre ce qui est déjà engagé, pour assurer au pays une énergie fiable, disponible, compétitive et plus durable. Ce n’est pas seulement une question environnementale. C’est une question de compétitivité industrielle, de transformation numérique et de résilience face aux chocs extérieurs. 

Pour une entreprise, la maîtrise du coût de l’énergie est un facteur d’investissement. Pour un ménage, c’est une pression directe sur le budget. Les deux réalités sont liées. 

Ces fondamentaux sont directement liés à la troisième priorité : l’ouverture intelligente et structurée de notre économie. Maurice ne peut pas construire sa prochaine étape seul. Nous avons besoin d’attirer davantage de capitaux, de compétences, d’entrepreneurs. Il faut des partenaires qui choisissent notre territoire pour investir, employer, créer de l’activité et contribuer à l’économie. 

Cette ouverture se construit collectivement en offrant des conditions d’accueil claires, une fiscalité lisible et une qualité de vie qui justifie le choix de Maurice face à d’autres destinations. C’est ce travail commun qui transforme une intention en un flux d’investissement. 

La quatrième priorité - et peut-être la plus structurante - est la cohérence dans l’exécution et la capacité à créer une impulsion dans un environnement incertain qui nous oblige à être agiles. Les infrastructures, l’énergie, la fiscalité, l’investissement, l’immigration, la formation et les besoins des entreprises doivent être pensés ensemble. C’est lorsque ces politiques avancent de manière coordonnée que leur impact est démultiplié.  

Cette démarche suppose de renforcer le partenariat entre le secteur public et le secteur privé. Ce partenariat a toujours été au cœur du modèle mauricien. C’est précisément ce qui a permis à Maurice de se réinventer à chaque tournant. Et c’est ce qui nous permettra de le faire encore.  

Maurice a prouvé par le passé qu’elle savait avancer rapidement quand l’ensemble des acteurs œuvrait dans la même direction. Ce Budget est l’occasion de réaffirmer cette capacité collective."


Lawrence Wong, CEO, Aryze Ltd : « Maurice doit produire davantage localement »

" À l’approche du Budget 2026-2027, Maurice doit, selon moi, se concentrer sur quatre grandes priorités afin de sécuriser son avenir économique dans un monde de plus en plus instable et compétitif.

La première priorité doit être le renforcement de notre base productive locale. Chaque crise internationale nous rappelle à quel point il est essentiel pour Maurice de pouvoir produire davantage localement. Nous devons encourager l’investissement dans le secteur manufacturier, l’agro-industrie, la transformation locale et les industries innovantes. Une économie qui produit est une économie plus résiliente, créatrice d’emplois durables et génératrice de valeur ajoutée.

La deuxième priorité concerne la compétitivité et la productivité de nos entreprises. Aujourd’hui, nos industriels font face à une hausse des coûts de l’énergie, du transport et de la main-d’œuvre, dans un environnement mondial très concurrentiel. Il devient urgent d’accélérer la modernisation industrielle à travers l’automatisation, la digitalisation, l’intelligence artificielle et l’innovation. Maurice doit créer un environnement qui encourage les entreprises à investir dans la technologie et la montée en gamme.

La troisième priorité doit être l’exportation et le positionnement régional de Maurice. Notre marché local reste limité. Pour assurer une croissance durable, nous devons aider davantage d’entreprises mauriciennes à exporter vers l’Afrique, l’océan Indien et d’autres marchés internationaux. Cela passe par une meilleure logistique, une réforme portuaire ambitieuse, des accords commerciaux efficaces et une diplomatie économique plus proactive.

Enfin, la quatrième priorité est la transition énergétique et la durabilité. Maurice ne peut continuer à dépendre fortement des importations énergétiques. Il faut accélérer les investissements dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et l’économie circulaire. Cette transition est à la fois une nécessité économique, environnementale et stratégique.

Je pense profondément que Maurice possède les talents, la créativité et l’agilité nécessaires pour réussir cette transformation. Mais cela demandera une vision claire, de la cohérence dans les politiques publiques et surtout une véritable ambition collective pour construire une économie plus forte, plus souveraine et tournée vers l’avenir." 

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