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Budget 2026-2027 : entre espoir, prudence et interrogations, des acteurs économiques donnent leurs avis

Par Ajagen Koomalen Rungen 
Publié le: 22 June 2026 à 14:30
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Budget 2026-2027

Pension, IA, PME : le budget 2026-2027 bouscule Maurice. Entre audace technologique et craintes fiscales pour la classe moyenne, des dirigeants économiques oscillent entre optimisme et vigilance. Décryptage.

Yash Ramchurn, entrepreneur : « Un équilibre entre rigueur et ambition »
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Yash Ramchurn

«Dans un paysage mondial instable, marqué par les conflits et l'urgence climatique, le budget 2026-2027 concilie protection sociale, responsabilité budgétaire et relance économique, malgré de fortes contraintes financières.

La réforme de la pension en est la mesure phare. En ciblant les citoyens réellement dans le besoin dès 60 ans et les couples aux revenus inférieurs à 100 000 roupies (Rs), le nouveau système protègera près de 90 % des familles. Cette réorientation des ressources publiques vers les plus vulnérables instaure une justice sociale bienvenue, tout en supprimant les privilèges obsolètes de certains hauts responsables. Sur le plan économique, le budget mise résolument sur l’avenir. L’accent est mis sur l’intelligence artificielle et le numérique, avec l’ambition de former plus de 50 000 personnes aux technologies de demain. Pour dynamiser le tissu entrepreneurial, le soutien aux PME et start-ups est renforcé par des incitations fiscales et une simplification administrative visant à stimuler l’innovation.

Face à l’inflation, le pouvoir d'achat est préservé grâce à l'augmentation des subventions sur les produits de première nécessité et à un contrôle accru des prix. Enfin, des investissements massifs cibleront les infrastructures de base (eau, énergies renouvelables) et les secteurs stratégiques comme la sécurité alimentaire, le tourisme et l’économie bleue. Ce budget de réformes et de résilience jette les bases d'une croissance durable. Il protège les ménages tout en armant Maurice pour les défis de demain.» 


Manish Cushmagee, CEO d’Hermes Capital Ltd : « Un budget « éventail dans le désert » 
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Manish

«Ce budget 2026-2027 s’apparente à un « éventail dans le désert » : il procure un soulagement éphémère, mais échoue à dissiper la chaleur étouffante qui pèse sur les ménages, la classe moyenne et les PME depuis l’exercice précédent. Face à l’envolée continue du coût de la vie, les attentes en matière de pouvoir d’achat étaient fortes. Elles restent largement insatisfaites.

Le principal point de friction réside dans l’introduction d’un taux d’imposition de 20 % sur les revenus supérieurs à 1 million de roupies (Rs) par an. Ce seuil n’est plus l’apanage des grandes fortunes ; il frappe désormais de plein fouet les cadres, professionnels et entrepreneurs qualifiés. Cette pression fiscale accrue risque de brider la capacité d’investissement et d’accession à la propriété de la classe moyenne, pourtant moteur de la croissance.

Du côté des PME, si les avancées sociétales comme l’extension des congés de maternité et l’introduction du congé menstruel sont louables, leur financement reposera exclusivement sur les employeurs. Ces charges additionnelles fragilisent un tissu entrepreneurial déjà confronté à la hausse des coûts d’exploitation et à la lourdeur administrative. De même, la multiplication de taxes annexes, à l’instar de la redevance sur les plaques personnalisées, alourdit subrepticement la fiscalité globale. Enfin, l’absence d’incitations d’envergure pour attirer les jeunes vers l’agriculture compromet nos ambitions de sécurité alimentaire. En somme, ce budget offre des ajustements cosmétiques là où la trajectoire économique exigeait des réformes structurelles profondes.»


Ketan Gungah, directeur de MauVillas : « Modernisation et inclusion : le double pari de Maurice »
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Ketan Gungah

« Le budget 2026-2027 s’articule autour d’un impératif : restaurer une croissance durable tout en préservant les acquis sociaux des plus vulnérables. Maurice a atteint un seuil où son développement ne peut plus reposer sur ses piliers traditionnels. L’avenir exige de se tourner vers l’innovation, la compétitivité et les services à forte valeur ajoutée.

À cet égard, le virage vers l’intelligence artificielle (IA) et la transformation numérique est crucial. L'IA s’affirme comme le futur moteur économique de la prochaine décennie. En stimulant l'entrepreneuriat technologique et les compétences numériques, le gouvernement pave la voie à de nouveaux investissements et à des emplois qualifiés, indispensables pour diversifier une économie encore très dépendante du tourisme, de la finance et de l’immobilier. Pour la jeunesse, ce signal trace une feuille de route claire vers les métiers de la donnée et de l'innovation. L'autre volet majeur réside dans le ciblage de la pension de vieillesse, désormais accessible dès 60 ans pour les citoyens percevant moins de 50 000 roupies (Rs) par mois. Face à la vie chère, cette mesure de justice sociale soutient directement le pouvoir d’achat là où il est le plus nécessaire, injectant des liquidités dans la consommation locale et les commerces de proximité. En évitant le piège d'une aide universelle, l'État concilie ici responsabilité sociale et soutenabilité budgétaire. En somme, ce budget réussit l'arbitrage entre modernité technologique et cohésion nationale. Sa réussite dépendra de l'efficacité de sa mise en œuvre.»


Yaseen Nosimohomed, Medical representative a FTM co ltd : « Le secteur privé rassuré, la classe moyenne s’inquiète »
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Yaseen Nosimohomed

L’opinion générale des Mauriciens après la présentation du Budget 2026-2027 par le Premier ministre Navin Ramgoolam est partagée entre rigueur macroéconomique et attentes sociales.

Le monde des affaires et les économistes saluent un budget responsable, axé sur la discipline financière et la stabilité à long terme. La volonté de stimuler l’investissement, de créer des emplois et de soutenir l’innovation numérique ou le développement durable renforce la confiance des investisseurs. Les observateurs s’accordent à dire que la réussite de ces réformes structurelles dépendra de leur mise en œuvre. En revanche, une grande partie de la population exprime des réserves face à l’absence de solutions immédiates contre la hausse du coût de la vie. La classe moyenne déplore le manque de mesures de soutien directes au pouvoir d’achat et d’allégements fiscaux. De plus, les réformes des pensions continuent d’inquiéter les retraités, tandis que certains entrepreneurs redoutent une augmentation de leurs coûts d’exploitation. En résumé, si les efforts de redressement économique sont reconnus, les citoyens attendent des retombées concrètes sur leur quotidien.


Melvyn Klein Adaken, Head of Business Development chez GlobalRise Capital Ltd - « IA et transition énergétique : des ambitions suspendues au piège de l’exécution »
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Melvin

«Le budget 2026-2027 esquisse un Maurice pivot régional de l'intelligence artificielle (IA), tout en recalibrant prudemment ses ambitions énergétiques. Deux piliers stratégiques qui, au-delà des effets d'annonce, se heurtent à une faible intensité capitalistique.

Sur le front de l'IA, l'approche privilégie la formation de masse (50 000 Mauriciens, investissements éducatifs, partenariat avec l'Inde) au détriment des infrastructures lourdes. Si le secteur financier salue la digitalisation annoncée des régulateurs (FSC), l'absence d'engagements fermes pour des centres de données ou des capacités de calcul interroge. Le raccordement au câble de Google reste une condition nécessaire, mais non suffisante, pour transformer le pays en hub technologique de confiance.

Côté transition énergétique, l'objectif de 60 % de renouvelable d'ici 2035 n'offre aucun saut quantique. Les incitations (hausse du tarif de rachat du CEB, subventions solaires résidentielles) s'apparentent à des prolongements de l'existant.

Face à la dépendance aux fossiles et à l'urgence climatique — illustrée par les Rs 4 milliards allouées à l'érosion côtière —, l'enveloppe verte paraît sous-dimensionnée. Il manque un plan massif pour le stockage à grande échelle et la modernisation d'un réseau électrique vieillissant.

Contraint par une dette publique à 87,8 % du PIB, l'exécutif a choisi la prudence budgétaire. Ce réalisme macroéconomique expose toutefois le budget à un fort risque d'exécution : former le capital humain et multiplier les projets pilotes est politiquement plus aisé que de financer les infrastructures lourdes indispensables pour rendre Maurice véritablement compétitive.»


Sarvesh Dosooye, Consulting Psychologist : « Ce budget est progressiste »
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Sarvesh Dussoye

«Ce budget est, à première vue, assez équilibré. C’est un bon mélange entre passé, présent et futur, combinant des corrections rétroactives et des mesures d’avenir. Certaines initiatives sont ambitieuses. 

La proactivité arrive enfin au pays ! Les volets sur la prévention se démarquent, que ce soit pour la santé physique, la technologie, l’environnement, le tourisme ou l’agriculture. Susciter un changement de comportement et de mentalité est courageux. Ces mesures exigent la coopération de la population : le gouvernement fait sa part, les citoyens doivent faire le reste.

Il est naturel d’individualiser un budget, mais celui-ci est progressiste. Certains résultats ne se verront que sur les années futures. Le gouvernement semble avoir appris de ses leçons. Si l’on exige que tous les objectifs soient atteints dès l’année prochaine, on se condamne à la frustration. Comme pour tout édifice, nos attentes doivent rester proportionnelles aux réalités humaines, économiques et internationales.Par contre, la santé non physique (mentale et émotionnelle) reste le parent pauvre, alors qu’elle constitue un fléau en entreprise comme en société. Les idées initiales manquent d’envergure. L’éducation — distincte de la scolarité —, la formation et l’accompagnement psychologique devraient être bien plus présents.

Pour transformer les mentalités, un travail ardu sur la santé émotionnelle est crucial.»


Yasdev Japsy, Senior Unit Manager au NIC : Une feuille de route équilibrée face aux mutations structurelles
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Yas

«Le budget 2026-2027 pose les jalons d’une économie mauricienne plus résiliente et inclusive. Conçu dans une conjoncture internationale incertaine, il arbitre habilement entre urgences immédiates et viabilité à long terme, à travers un triptyque mêlant réformes structurelles, amortisseurs sociaux et investissements d’avenir.

Le premier levier de cette stratégie repose sur la relance de la productivité. En ciblant les PME et le secteur manufacturier, l’État stimule l’entrepreneuriat local et l’innovation, indispensables pour réduire notre dépendance aux importations. Parallèlement, la consolidation des piliers traditionnels — comme le tourisme — s’accompagne d’une diversification bienvenue vers l’économie bleue et les industries durables, créatrices de nouveaux relais de croissance.

Sur le front social, le budget s’inscrit dans la modernité. L’extension des congés de maternité et de paternité favorise un meilleur équilibre entre vies professionnelle et privée. Surtout, la refonte du système de pensions aborde de front le défi du vieillissement démographique. Bien qu’elle impose une période d’adaptation, cette réforme cruciale garantit la pérennité du modèle social et protège les plus vulnérables sans hypothéquer les finances publiques.

Enfin, l’accent mis sur la transition énergétique et la résilience climatique confirme la volonté d’orienter Maurice vers une croissance verte. En somme, ce budget réussit à conjuguer pragmatisme économique et progrès sociétal, traçant une trajectoire durable pour l’ensemble des citoyens.»


Umarfarooq Omarjee, Executive Director d’Omarjee Aviation : « Aviation et tourisme : la synergie des flux pour ancrer la croissance »
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Umarfarooq Omarjee

«Le budget 2026-2027 s’inscrit sous le signe de la continuité et de la stabilité macroéconomique. Face aux turbulences internationales, l’exécutif a su arbitrer entre impératifs sociaux et exigences de compétitivité, posant ainsi des fondations solides pour stimuler l'investissement privé et dynamiser l’environnement des affaires.Pour l’industrie aéronautique, l’attention portée au tourisme — pilier historique de l'économie mauricienne — est particulièrement stratégique. Les dotations accrues en faveur de la promotion internationale de la « destination Maurice » vont dans le bon sens. 

Dans un marché régional ultra-concurrentiel, maintenir notre visibilité est une condition sine qua non pour capter une clientèle à forte valeur ajoutée.L'injection de nouveaux flux de voyageurs ne profite pas uniquement aux compagnies aériennes et aux plateformes aéroportuaires ; elle irrigue, par un effet multiplicateur classique, toute une chaîne de valeur allant de l'hôtellerie aux transports locaux, en passant par le commerce de détail et la restauration.Néanmoins, l'attractivité à long terme de l'île dépendra de notre capacité à moderniser en continu nos infrastructures de connectivité. Si ce budget trace une trajectoire sectorielle favorable, le véritable marqueur de son succès résidera, là encore, dans la célérité et l’efficacité de sa mise en œuvre sur le terrain.» 






 



 

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