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[Blog] La parole du Premier ministre

Par Guest .
Publié le: 18 June 2026 à 09:22
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Hurry

« Nou Bizin Realist. Nou Bizin Redres Sitiasion Pou Nou, Pou Ou Et Pou Zeneration Future ».

« La parole qui vous échappe ne peut être rattrapée ». Horace. 65 av. J.-C. – 8 av. J.-C.

Lors de la cérémonie de prière au Temple Amma Tookay, marquant le début de la récolte sucrière 2026, le Premier ministre et ministre des Finances a énoncé les grandes lignes qui orienteraient ses options lors de la présentation du deuxième budget de son mandat le vendredi 19 juin prochain.

Étant dans les affaires depuis déjà dix-huit mois, il dispose de toutes les données économiques et financières qui lui permettent d’esquisser les cinq grands socles sur lesquels il souhaite exprimer les mesures budgétaires pour la prochaine année financière.

Le chantier est énorme. Comment relancer la croissance, qui était déjà à 3,2 % en 2025 et qui devrait connaître un fléchissement encore plus prononcé en 2026 ?

L’exercice fiscal n’est pas exclusivement un exercice comptable à court terme, mais aussi la formulation de la politique de promotion de l’investissement, de l’entrepreneuriat et de l’emploi pour le futur.

Le conflit au Moyen-Orient est venu acérer le panier des consommateurs. 
L’ascension des prix des produits de base les appauvrit davantage.

Avec une dette publique proche de 90 % du produit national brut, les manœuvres du Premier ministre/ministre des Finances sont très restreintes.
La solution aisée aurait été d’augmenter la TVA. Les conséquences de cette décision empireraient la situation des ménagères qui arrivent difficilement à joindre les deux bouts.

Quelle stratégie de communication adopter dans une telle situation, sinon de faire appel au sens du patriotisme et de solliciter les sacrifices des Mauriciens, tout en leur promettant une qualité de vie améliorée dans un avenir pas lointain ?

En bon stratège, il a énoncé à Camp-Diable ces cinq fondements qui guideront ses propositions budgétaires à la nation mauricienne le 19 juin prochain, nommément : Responsabilité, Solidarité, Efficacité économique, Justice sociale et Protection des plus vulnérables.

1.    RESPONSABILITÉ

La responsabilité se définit comme l’obligation de répondre de ses actions, de ses décisions et d’en subir les conséquences. Le terme responsabilité regroupe les principes moraux, juridiques et organisationnels/professionnels.

Le constat actuel, sur ce chapitre, est que ceux en position d’autorité et qui ont failli à leurs devoirs en sortent souvent indemnes.

D’une part, Afrobarometer 2024 nous révèle que « la confiance des Mauriciens envers les tribunaux a chuté de 23 points depuis 2012, passant de 79 % à 56 % ».

D’autre part, certaines organisations gouvernementales opèrent dans une position d’impunité et font fi des observations de mauvaise gouvernance et du gaspillage signalés tous les ans par le Public Accounts Committee.

Nous attendons toujours la Freedom of Information Act, promise par l’Alliance du Changement.

Que la formule Responsabilité = Pouvoir + Devoir + Conséquence doive être le leitmotiv de toute action.

2.    SOLIDARITÉ

C’est le concept selon lequel, dans une société, on partage les risques et on s’entraide afin que personne ne soit privé des nécessités de base.

La solidarité tient compte des aspects :

(i) Du cadre juridique et institutionnel, c’est-à-dire que l’État met en place les structures ;
(ii) Du professionnalisme, que ce soit au niveau de l’État ou de l’entreprise ;
(iii) Du sens humain et citoyen par le biais du ministère de l’Intégration sociale, de la Sécurité sociale et de la Solidarité nationale, à travers une politique de ciblage.
Les objectifs sont de protéger les plus vulnérables.

3.    EFFICACITÉ ÉCONOMIQUE

C’est le principe de produire le maximum avec le minimum de moyens en termes de quantité et de qualité. C’est optimiser la production de biens et de services.

L’indice de productivité est passé de 106 points en 2023 à 108 en 2024, alors que le taux de l’inflation a fluctué entre 2 % et 12 % au cours des cinq dernières années, avec une prévision de 4,3 % pour 2026. La productivité, malheureusement, piétine.

Nous constatons que des concepts tels que le leadership économique visionnaire et audacieux sont quasiment absents. Les différents gouvernements nous ont gargarisés de la suffisance alimentaire, de l’économie circulaire, du port moderne et de l’économie bleue depuis belle lurette, alors qu’à ce jour rien n’a abouti.

Est-ce que le prochain Budget préconiserait un cadre structurel à la fois innovant et motivant afin que les employés de l’État puissent être à la hauteur des attentes du ministre des Finances ? Les fonctionnaires possèdent les compétences et l’expérience requises pour accomplir leurs missions. Pour citer Alexandre Dumas : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, donc ils l’ont réalisé. »

Quelques années auparavant, le PRB avait recommandé que les services publics recrutent un pourcentage de leurs hauts fonctionnaires dans le secteur privé.

Le but était de permettre le transfert de la culture de travail du privé vers le public.

Au cas où cette proposition aurait été retenue, notre service civil aurait probablement été le grand catalyseur de notre bond économique et social.

4.    JUSTICE SOCIALE

La justice sociale ne signifie pas que tout le monde doit disposer exactement des mêmes moyens. Elle exprime l’idée que chacun doit pouvoir partir de la même ligne de départ et avoir une chance réelle de réussir selon ses aptitudes et son ardeur.

Les apports sine qua non sont :

(i) L’accès aux nécessités et aux services de base ;
(ii) L’équité : un salaire de survie adéquat et des chances égales ;
(iii) Le fait de se sentir en sécurité, de jouir de la dignité et du respect ;
(iv) Des opportunités égales de réussir, fondées sur la méritocratie.
Malheureusement, le népotisme et le communautarisme continuent à faire des victimes.

5.    PROTECTION DES PLUS VULNÉRABLES

Une politique de protection sociale nécessite des règles, des structures et des moyens afin que les personnes ayant moins de force, moins de revenus ou jouissant d’une santé précaire ne soient pas broyées par le système économique.

Cela exige la mise en place de dispositifs de repérage des personnes vulnérables, qui sont actuellement insuffisants.

Le Premier ministre et ministre des Finances n’a certes pas le bâton d’Aladin. Il a néanmoins identifié les pistes de son intervention, qui sont fort louables.

Comme toute bonne mère et tout bon père de famille qui se serrent la ceinture en premier dans les moments durs et réduisent leur train de vie, le gouvernement a également le devoir de reconsidérer les postes de dépenses superflues.

Simultanément, il va falloir que les grands groupes, qui bénéficient de la bienveillance du gouvernement pour la croissance de leurs affaires, participent à cet élan de solidarité en collaborant à renflouer les recettes fiscales du budget 2026-2027.

Alors, la pilule serait moins dure à avaler pour tous.

Jay K. HURRY
CIVIQUE
15.06.2026
 

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